Collectif des Rapatriés Internautes                                                                                     CARQUEBUT, le 12/03/2 003

Le président :

Jacques TORRES,

52, LE PORT,

50480 CARQUEBUT.

 

Lettre ouverte à Monsieur Luc FERRY,

Ministre de l’Education Nationale,

110, Rue de GRENELLE,

75007 PARIS.

 

 

 

Notre Collectif des Rapatriés Internautes a pour objectif principal de préserver les intérêts moraux de notre communauté.

Nous vous faisons part de notre inquiétude.

En effet, depuis le début de cette Année, dans le cadre de "L'année de l'Algérie" se multiplient, dans l'ensemble des médias, des opérations de dénigrement systématique de l'œuvre de la France en Algérie. ARTE est le fer de lance essentiel de ces attaques, qui enchaîne les reportages et pseudo-documentaires historiques, faisant intervenir toujours les mêmes protagonistes soucieux d'accumuler injures, contrevérités flagrantes et accusations les plus ignobles.

Mais il y a plus grave car ces agressions touchent également l'éducation de nos jeunes, domaine qui vous est attribué. Les lycéens et collégiens de France sont conviés, toujours dans le cadre de la réconciliation entre les peuples algérien et français, à visionner ce même genre de documents qui font les choux gras d'ARTE.

Un exemple précis, une classe de BEP en lycée professionnel sera invitée à visionner un documentaire sur la "bataille d'Alger". La manipulation est ici flagrante. Traiter une information concernant une période dramatique de la guerre d'Algérie par un document dont la partialité ne peut être mise en doute constitue une désinformation abusive. L'accent est bien entendu mis sur la torture pratiquée par l'armée française, aucun mot sur le vrai visage de la rébellion algérienne. L'œuvre de la France qui ne saurait être contestée par aucun esprit, fut-il le plus défavorable à la présence de la France en Algérie, n'est même pas sous-entendue. Quant aux disparus et aux harkis massacrés le silence est encore plus lourd... Isoler intentionnellement un épisode historique en l'extrayant de son contexte contrevient non seulement aux lois les plus élémentaires de la pédagogie mais encore à celles de l’honnêteté intellectuelle.

Nous avons pu constater également que les enseignants chargés de commenter et de réajuster les dossiers entrevus démontrent une réelle méconnaissance de cette période et en sont réduits à répéter ce que des maîtres détenteurs de la vérité unique, politiquement orientés, leur ont ressassé.

Les manuels scolaires d’histoire qui leur servent de support sont d’ailleurs de la même veine...

Cette représentation partiale des faits va à l'encontre du but recherché qui est la réconciliation entre les deux peuples.

Elle crée un redoutable climat d'hostilité entre les enfants d'immigrés algériens notamment et les Français de souche. De plus les enfants et petits enfants de rapatriés qui, eux aussi, sont détenteurs d'une pluralité culturelle, se retrouvent en position de boucs émissaires tout désignés.

En tant que citoyens français, nous faisons appel à vous, Monsieur le Ministre, pour que soit appliqué le droit républicain qui devrait mettre en avant le principe de réciprocité, base essentielle de toute démocratie.

Puisque les archives ne sont pas consultables par le commun des mortels, mais accessibles seulement à quelques privilégiés qui les utilisent pour propager une vision biaisée et unilatérale, il est tout à fait inadmissible dans ce cas de présenter de façon outrancière des faits sans garder la réserve la plus élémentaire qui devrait accompagner la relation des différents évènements. Des documents et des témoignages authentiques qui permettent de contrebalancer cette entreprise de lobotomisation des masses existent. Ils ne sont jamais montrés. De fait, un véritable totalitarisme est exercé sur les faits historiques.

Ceci ne saurait se prolonger dans un état de droit tel que le nôtre.

Il n'est pas question pour nous de nier quoi que ce soit, bien au contraire, puisque nous jugeons primordial une information complète qui refuse toute censure et tout travestissement.

Nous attendons de vous Monsieur le Ministre de l’Education Nationale, que les directives de votre prédécesseur concernant la manière de relater la guerre d'Algérie soient abrogées afin que les tribunes politiques ne viennent pas occulter les informations objectives et par là même, détourner l'enseignement de son but principal qui doit être de développer chez les étudiants, en même temps que l'acquisition des connaissances, la réflexion et le recul nécessaires à l'épanouissement des individus.

Nous vous faisons confiance pour rétablir l'équilibre, car nous savons que la justice, l'équité et la vérité ne pourraient vous être étrangères.

Dans l’attente veuillez agréer, Monsieur Le MInistre, l’expression de notre haute et déférente considération.

 

Pour le Conseil d’Administration du CRI, le président : Jacques TORRES.

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