HERVE BOURGES
Extrait de L'Encyclopédie politique française, Faits et Documents, 1992, par Emmanuel Rattie7:

Journaliste, né le 2 mai 1933 à Rennes (Ille-et-Vilaine). Cousin de l'ancien ministre de la Défense, Yvon Bourges, ce militant anticolonialiste venu des milieux catholiques est sorti premier de l'École supérieure de journalisme de Lille. Il a débuté sa carrière à Témoignage chrétien (1955-1959), avant d'effectuer son service militaire en Algérie (1959-1960). Non soumis au port de l'uniforme et n'ayant jamais combattu, il fut instituteur auprès des enfants musulmans de la base Alat-l0l à Aïn-Arnat. Chargé de mission auprès du Garde des Sceaux Edmond Michelet, il " entreprit à l'initiative de son ministre de très courageuses missions clandestines afin de sauver de nombreux militants FLN menacés de mort. C'est à cette époque qu'il rencontra à la prison de Fresnes le Président Ben Bella, dont il fut après l'indépendance le conseiller " (Le Nouvel Observateur, 16 janvier 1987). Passé à l'opposition, il devait s'occuper particulièrement des " porteurs de valises " du réseau Jeanson et des détenus algériens, faisant la liaison avec les dirigeants du FLN. Rédacteur en chef de Témoignage chrétien de 1961 à 1962, il a adopté la nationalité algérienne pour devenir conseiller personnel du président Ben Bella puis directeur de la Jeunesse et de l'Éducation populaire. Arrêté durant deux jours après la chute de son protecteur, il réussit à s'entendre avec son successeur Houari Boumediene. Il a également été conseiller des fort peu libéraux ministres de l'Écono- mie puis de l'Information Bachir Boumaza et de la Justice Hadj Smaïne (jamais cités dans ses biographies).
Un voile discret a couvert son changement de nationalité (réfuté dans une dépêche de l'AFP lorsqu'il devint P-DG de TF1), jusqu'à ce que Présent (5 janvier 1991) publie un extrait du Journal officiel de la République algérienne en date du 9 août 1963 (p. 790) " portant acquisition de la nationalité algérienne " pour vingt-quatre personnes dont Hervé Bourges. Il revint en France au début de 1967. Il fut alors successivement maître-assistant à Paris-II, directeur du département d'études sur l'information dans les pays du tiers-monde à l'Institut français de presse (1968-1976), directeur-fondateur de l'École supérieure internationale de journalisme de Yaoundé (1970-1976). Il se situait à cette époque dans la frange des progressistes révolutionnaires. Dans un recueil d'entretiens avec les meneurs de 1968, cet émule de Fanon expliquait alors: " Dès lors la question n'est plus de savoir si la Révolution peut s'accomplir et si le plus grand nombre la souhaite, mais quand et sous quelle forme elle s'accomplira. " Directeur de l'École supérieure de journalisme de Lille (1976-1980), il se lia avec Pierre Mauroy. Il a également été directeur du Centre de recherche sur l'information et la communication (CRIC) et directeur de Trimédia, revue des sciences de l'information et de la communication. Nommé en 1980 porte-parole du directeur général de l'UNESCO Amadou Mahtar M'Bow, ainsi que directeur de l'Office de l'information du public de l'UNESCO, il a été l'un des défenseurs du NOMIC (Nouvel Ordre mondial de l'information et de la communication).
Ce tiers-mondiste marxiste a été propulsé par Michèle Cotta en 1981 à la direction de Radio-France Internationale, où il donna une orientation conforme aux options du nouveau gouvernement. En juillet 1983, il a été nommé, sur recommandation de François Mitterrand, PDG de TF1, où il " rectifia " également la rédaction par un encadrement marxiste (Pierre- Luc Séguillon, Jean Lanzi, Alain Denvers, Jacques Decornoy, Sylvain Gouz, Michel Cardoze, Éric Rouleau, Jean Offredo, etc.). Il a occupé cette fonction (au salaire de 42000 francs par mois en 1986) jusqu'à la privatisation de la chaîne en 1987. Quoique maintenu par le gouvernement Chirac, il estima alors qu'il avait " été écarté de la présidence de TF1 pour des raisons bassement politiciennes ". Il a alors créé son propre holding, Média connexion international (MCI), dont il est vice-président (et dont il détient 51 %). Il a dans le même temps pris la présidence de Canal + Afrique et est devenu P-DG de la Compagnie internationale pour la production audiovisuelle et la communication (CIPAC), contrôlée à 51 % par MCI, aux côtés de Robert Maxwell et de Gilbert Gross.
Dès le retour de la gauche, il s'est retrouvé à la tête de RMC (novembre 1988). A la suite de l'éviction de Philippe Guilhaume, il a été nommé par le Conseil supérieur de l'audiovisuel P-DG d'Antenne 2-FR3 et a aussitôt reconstitué son équipe à ses côtés. La plupart de ses livres abordent des thèmes inhérents à ses combats indépendantistes et tiers-mondistes:

SOURCE PRINCIPALE :"Les oubliés de la guerre d'Algérie" Raphael Delpard, éditions Michel Lafon

Question : Devenu Algérien le 4 juillet 1963(publié au "Journal Officiel de la République Algérienne le 9 août 1963". N'étant donc plus Français, ne pouvant avoir la double nationalité et n'ayant jamais renié sa nationalité Algérienne, Il ne pouvait légalement et réglementairement accéder à la direction d'organismes d'état tels que le CSA ou autres. Quel est donc ce mécanisme mystérieux qui exempte certains personnages du respect du droit et des lois?