L'avant-garde nationaliste qui décide du déclenchement du 1er Novembre n'est majoritairement pas issue des couches sociales les plus pauvres. Les nationalistes représentent une partie de l'élite algérienne, touchée par le déclassement social et qui se constitue en avant-garde militante. Ils sont plus instruits que la masse de la population algérienne. Parmi les "chefs historiques" du FLN, tous disposent au moins du certificat d'études primaires et certains ont même entamé des études secondaires en français et en arabe.  Aït Ahmed et Larbi Ben M'Hidi sont issus de grandes familles. Larbi Ben M'Hidi provient d'une famille maraboutique notable des hautes plaines constantinoises. Hocine Aït Ahmed est issu d'une très grande lignée maraboutique en Kabylie. Bien que ces familles aient été touchées par le déclassement social, elles étaient favorisées par rapport à de nombreux ruraux qui assuraient difficilement leur subsistance. Le 1er Novembre n'est pas le fait d'un lumpenprolétariat, par conséquent, ce n'est pas la souffrance sociale qui est à l'origine de l'engagement dans la lutte nationaliste.

Ces lignes sont extraites du

Mémoire de recherche présenté par : Sonia Ziani

LA REPRESENTATION DU 1er NOVEMBRE 54
A PARTIR DE LA PRESSE ALGERIENNE PRIVEE FRANCOPHONE (EL WATAN-LE MATIN)

Directeur de recherche : Monsieur le professeur Lahouari Addi

INTRODUCTION

      L'histoire de la guerre d'Algérie presque quarante ans après l'indépendance suscite encore des questionnements des deux cotés de la rive méditerranéenne. La publication récente des mémoires du général Aussarrès a suffi à relancer le débat sur la torture à travers de multiples articles et d'émissions télévisées. La torture a-t-elle répondu aux 'exactions' du FLN? Est-elle le fruit d'une situation exceptionnelle ou est-elle consubstantielle à l'idéologie coloniale ? Sans remettre en cause la pertinence du débat français, les questions posées autour du livre d'Aussarrès sont lancinantes depuis le début de la guerre d'Algérie. Ce livre a certainement enrichi le débat français sur la torture et a surtout permis de révéler au grand public l'ampleur des exactions commises par l'armée française. L'inventaire du passé colonial reste à faire mais il faut admettre que la mémoire de la guerre d'Algérie ne se pose pas dans les mêmes conditions politiques en France et en Algérie.

      Certes tout Etat aussi démocratique soit-il propose une vision édulcorée de la vérité historique. Jusqu'à récemment, la France des années quarante était considérée comme majoritairement résistante. Les rafles du Vel d'Hiv auraient été le fait des Allemands. La participation française aux déportations s'il y en a eu une aurait été obtenue sous la pression militaire allemande. Il aura fallu attendre 1995 pour entendre le président de la République Jacques Chirac condamner sans appel les crimes de Vichy sans qu'il en appelle à l'éternel alibi de l'occupation allemande. L'historiographie de la Révolution française a, elle aussi parfois versé dans la représentation romantique révolutionnaire. Certains auteurs ont fait de Robespierre une icône. L'historien François Furet a contribué par un travail critique de l'historiographie de la Révolution française à remettre en cause cette vision mythique. L'objectivité historique est difficile à atteindre lorsque l'on touche aux références fondatrices d'une Nation. Mais la grande différence avec l'Algérie réside dans l'existence d'une recherche universitaire indépendante. Malgré la censure médiatique pesant sur le débat public français, les derniers tabous notamment la répression féroce de la manifestation du 17 octobre 1961 ont pu être levés grâce au travail critique des universitaires. L'Etat n'exerce pas de contrôle officiel sur l'histoire. Il ne s'agit pas d'une entreprise de dénigrement du combat indépendantiste, qui a une légitimité incontestable puisque la colonisation est la négation de la civilisation. Mais l'écriture de l'histoire de la guerre de libération, telle qu'elle a été écrite en Algérie depuis 1962, est marquée par le sceau des occultations et des falsifications.

Lire le document en entier

http://www.lecri.net