La fraternisation

 

Le 13 mai 1958 est noté dans l'histoire officielle comme l'avènement de la cinquième république et le retour au pouvoir, après "la traversée du désert", du général de Gaulle.
S'il est vrai que les gaullistes en furent les artisans, le déferlement populaire qui mêla les hommes et femmes de toutes confessions en surprit plus d'un. Les communautés diverses et soi-disant ennemies se réunirent spontanément dans un immense élan de fraternité. Un incommensurable espoir venait de naître.
Avec le recul on ne pourra que regretter cette occasion gâchée qui aurait pu épargner des milliers de vies humaines en faisant naître un esprit nouveau.
Les esprits chagrins déclarent que cette manifestation était un simulacre organisé. On peut se demander quelle force d'exception aurait pu contraindre les milliers de musulmans hostiles à défiler main dans la main avec les Pieds-Noirs. Il eût été facile dans ce magma humain de commettre un véritable carnage en disséminant dans la foule en liesse des engins de mort qui avaient semé la terreur deux ans plus tôt.

Plus étonnant encore, dans les douars, à plus de deux cent kilomètres d'Alger, les population, presque exclusivement musulmanes s'associèrent activement à cette révolution populaire.
Ce jour là, même le FLN resta bien discret et aucun attentat n'eut lieu, ni dans la capitale algérienne, ni au fin fond du bled. Il est à noter également que les militaires, principaux artisans de ce "coup d'état" ne furent pas suspectés de dérive fasciste et que le mot même de putsch ne fut jamais prononcé.

Pourtant un cadre insurrectionnel avait été mis en place. Le nom de code "résurrection" lui fut même attribué. la DST avait monté l'opération "CID" pour la prise en main du pouvoir par de Gaulle. Ils ne furent pas mis à exécution car il se produisit l'inattendu. Comme quoi les termes employés sont différents suivant les points de vue et les époques.
La république nouvelle avait besoin de légitimité. Il s'ensuivit des déclarations qui engagèrent les hommes jusqu'à les compromettre. Ces évènements qui auraient pu mettre un terme à la guerre sans nom et ouvrir des perspectives jamais entrevues jusque-là, furent à l'origine d'une tragédie déplorable où se mêlèrent les passions et qui firent place à une immense désespérance.

 

Brève chronologie

 


L'exécution par le FLN de trois soldats français prisonniers est le détonateur du 13 mai : les anciens combattants organisent ce jour-là des manifestations à leur mémoire. A Alger, où l'ordre de grève a été donné pour 13 heures, les autorités militaires participent à la manifestation. Vers 18 heures, Salan, Massu et Jouhaud déposent une gerbe au monument du plateau des Glières, ainsi dénommé en mémoire de l'extermination du maquis de cette région des Alpes par les nazis.
La foule est énorme et crie : "Algérie française ". Sur les degrés du monument, se tient l'avocat Pierre Lagaillarde en uniforme camouflé : il est lieutenant parachutiste de réserve et président de l'Union des étudiants d'Alger. Il sera l'âme de ces journées. Dans l'émotion et dans l'exaltation, on chante la Marseillaise, drapeaux brandis.

 

Après la minute de silence au monument aux morts, la foule enfiévrée du 13 mai se répand sur le Forum, C'est alors l'attaque du Gouvernement Général, mollement gardé par les CRS, Les manifestants empruntent un GMC militaire et le lancent contre les grilles du GG, qui cèdent. La marée humaine s'engouffre dans l'immeuble, qui est plus ou moins saccagé, Une pluie de documents tombe des étages, Le GG est aux mains des manifestants, Il est 19 h 15. Et c'est alors l'image inoubliable qui va se répéter tout au long de ces journées: l'énorme foule algéroise acclamant, ou parfois conspuant, le balcon du 13 mai, Massu et Salan y apparaissent. Massu y lit le télégramme à Coty annonçant la création d'un Comité de Salut Public. A minuit, ce 13 mai 1958, la même foule est encore là, unie dans sa passion " Algérie française ".

 

 

Et c'est " le miracle algérien " de l'après- midi du 16 mai. L'énorme vague de la fraternisation des Européens et des Musulmans. Les anciens combattants musulmans d'Hussein Dey et de la Casbah descendent sur le Forum, et une formidable Marseillaise éclate.

 

Des scènes tout aussi étonnantes, comme les manifestations des Musulmanes, se dérouleront dans toute l'Algérie.

 

 

Quelques jours plus tard viendront les "Je sais ce qui s'est passé ici", "Je vous ai compris", "une seule catégorie de Français à part entière", etc..
Ces formules du bénéficiaire du 13 mai feront basculer des destins et s'engager des hommes. Le discours changera très vite, l'entourage parlera de malentendu, de double-sens, de rhétorique…

Comme si l'avenir des peuples ne pouvait s'appuyer que sur des mots vides de sens, prononcés sans y croire et sans y inclure le respect de la pensée qu'ils véhiculent.

 

" Un homme d'Etat ne devrait jamais mentir au peuple. D'autre part, il devrait faire très attention à ce qu'il dit et au genre de vérité qu'il présente, à l'heure à laquelle il la présente et à la manière dont il la présente. " (Charles de Gaulle)

 

Déclarations diverses

Notre dossier : mai / juin 58

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