Les révoltés du 22 avril 1961

 

Le 22 Avril 1 961 eut lieu en Algérie ce que certains persistent à appeler un "putsch".Ce mot est craché par la plupart des hommes politiques en place comme une injure et, à tout le moins, comme un anathème jeté sur les "factieux"… Si l’on s’en tient stricto sensu au dictionnaire, on ne peut parler de ‘’putsch’’ pour ces évènements du 22 au 25 Avril 1 961 à Alger.

Putsch : Coup d'état ou soulèvement organisé par un groupe armé, afin de s'emparer du pouvoir

Singulière tentative de renversement de l’état de droit et de prise du pouvoir, que ce coup de force, cette révolution qui ne s’est soldée que par la mort d’un seul sous-officier, dans des circonstances qui paraissent plus accidentelles que voulues

Votre affaire est perdue. Les généraux à Alger, manquent d'énergie. Ils n'ont fait fusiller ni Morin, ni Gambiez. Franco, lui, n'aurait pas hésité. (Serrano Suner, beau frère de Franco et ancien ministre espagnol, au général Salan.)

"Je crains que vous, Français, ne soyez trop civilisés pour faire une révolution. Nous sommes étonnés. A notre arrivée à Tétouan, l'état- major de la place refusait de suivre. Les officiers furent fusillés en quelques minutes. Oui, vraiment, nous sommes très inquiets pour vous"(notable espagnol, vieux compagnon du Caudillo, au général Salan.)

 

Les généraux, de gauche à droite : Jouhaud, Salan, Challe, Zeller

 

Les motivations

" Un gouvernement d'abandon nous apprenait successivement: l'Algérie française, l'Algérie dans la France, l'Algérie algérienne, l'Algérie indépendante associée à la France. Il s'apprête aujourd'hui à livrer définitivement l'Algérie à l'organisation extérieure de la rébellion. Est-ce cela la paix annoncée? Ne sait-il pas qu'il ne saurait y avoir de garantie, même militaire, de libre choix, pas plus que de liberté et de justice, dans une organisation totalitaire? Il a même refusé de faire la paix avec certains rebelles de l'intérieur, prêts à cesser les combats. Nous en avons, hélas, les preuves. Sachant tout cela, voudriez-vous renier vos promesses, abandonner nos frères Musulmans et Européens, abandonner nos cadres, nos soldats, nos supplétifs musulmans à la vengeance des rebelles? " Voudriez-vous que Mers-el-Kébir et Alger soient demain des bases soviétiques? Voulez-vous une fois de plus, la dernière, amener votre drapeau, alors que vous auriez tout perdu, même l'honneur? Mais je vous connais tous, et je sais quels sont votre courage, votre fierté, votre sens de l'honneur et du devoir; la discipline qui fait notre force ne saurait en aucun cas conduire au déshonneur. L'armée est, avant tout, au service de la France et garante du territoire national. L'armée ne faillira pas à sa mission et les ordres que je vous donnerai n'auront jamais d'autre but.
Le général d'armée aérienne Maurice Challe
Commandant en chef des Forces en Algérie et au Sahara

Les intentions

"Certes les cadres de l'armée n'étaient plus, en avril 1961, aussi motivés qu'un an plus tôt. Mais si, comme on me l'affirmait, la plus grosse partie de l'armée m'avait suivi, j'aurais été véritablement maître de la hiérarchie et parfaitement en mesure de la réorganiser à ma guise. Je pouvais, au besoin, nommer généraux ou colonels des commandants et capitaines décidés, s'il avait manqué d'officiers supérieurs ou généraux tout à fait acquis à notre cause. C'était une mesure envisageable et d'ailleurs non dépourvue de précédents historiques.
A partir de là - et c'était donc un préalable indispensable - la guerre était relancée. Le F.L.N. n'avait plus aucune chance de survivre, acculé qu'il était déjà, depuis des mois, au bord du gouffre. Bien sûr, il y aurait eu encore, de-ci de-là, des résistances, mais spasmodiques et très localisées. Quant au G.P.R.A., à partir du moment où je réduisais l' A.L.N., à l'intérieur de l'Algérie, et l'amenais à capituler, comme cela avait déjà failli se faire en 1960, lors de l'affaire Si Salah, je le privais de son argument essentiel sinon unique. Dès lors, il aurait été condamné à l'impuissance.
Il devenait possible, en tout cas, d'annoncer tout de suite une démobilisation très rapide du contingent, même si elle ne pouvait être réalisée que progressivement, quitte à rappeler quelques pieds-noirs et Français de souche nord- africaine. Mais il n'aurait pas été nécessaire de reconstituer, loin de là, la totalité de l'effectif initial.
Après quoi, je ramenais le contingent en métropole et je rentrais moi-même pour dire au gouvernement et aux Français : Voilà, la guerre d'Algérie est terminée. Je vous ramène vos fils. Au gouvernement à jouer, maintenant. Cela retournait en ma faveur l'opinion publique de la métropole. Et, bon gré mal gré, de Gaulle n'aurait plus eu le choix. Il lui aurait bien fallu tenir compte des nouvelles données du problème. Je pense d'ailleurs qu'il aurait accepté, car il acceptait tout ce qui se passait en essayant seulement de tourner les événements à son avantage.
On m'a fait toutes sortes d'objections. On m'a dit notamment, à propos du rapatriement du contingent, que je n'aurais pas eu les bateaux pour le faire. Comment pouvait-on imaginer un instant le gouvernement français empêchant des bateaux de revenir en Algérie pour charger le contingent démobilisé? Il n'était pas pensable, et personne ne pourra jamais prétendre le contraire, que le gouvernement s'oppose au retour des appelés en métropole. C'eût été la révolte en France. J'ajoute qu'il y avait, d'ailleurs, des tas de solutions d'appoint pour rapatrier le contingent, à commencer par les pétroliers bloqués en grand nombre dans les ports d'Algérie.

On m'a dit également que mon affaire était vouée à l'échec parce que nous ne pouvions pas durer longtemps face au blocus de la métropole.
Il n'était nullement dans mes intentions de durer. Mon idée était seulement de porter un brutal coup d'arrêt à la politique d'abandon dessinée par de Gaulle, de créer un choc psychologique susceptible de retourner la situation en métropole avec des perspectives nouvelles.
D'autres, auraient peut-être essayé de me déborder. Mais pendant un certain temps, avec l'armée derrière moi, j'aurais été assez puissant pour imposer ma solution en Algérie.
Et ma solution, c'était la solution républicaine, le président du Sénat assurant l'intérim, le temps d'élire un autre président de la République. Ceci dans le cas où de Gaulle n'aurait pas raconté, urbi et orbi, qu'il était par avance d'accord avec moi.
Je n'avais pas d'autre idée. Je n'avais pas en particulier, d'arrière-pensée politique et c'est pourquoi je préfère le mot révolte au mot Putsch."

Maurice Challe

Déclarations

De Gaulle prit la parole: " Je comprends très bien le drame de ces hommes-là. Ils ont agi, non par intérêt, mais par patriotisme. Le patriotisme rend parfois aveugle. "A la sérénité succéda la fermeté: et le président de la République de réclamer des sanctions exemplaires. A ses yeux, seule compte la raison d'État. J.R Tournoux "jamais dit"

"Ces hommes, ceux qui nous ont suivis, ceux qui ne nous ont pas suivis, depuis des années ont, dans les yeux et dans les oreilles, les regards et les cris de tous ceux qu'aux quatre coins du monde nous avons abandonnés ; ce sont les catholiques du Tonkin, les Taïs, les Méos, un nombre énorme de Vietnamiens, les Berbères du Maroc, les Arabes en très grand nombre, les Tunisiens; aujourd'hui, ce sont les Algériens. Ces gens-là étaient venus voir les milliers d'officiers et de sous-officiers. Ils leur avaient dit :
Nous aimons la France, nous voulons rester à ses côtés; nous nous ferons tuer pour elle, mais protégez-nous; jurez-nous que vous allez rester avec nous, que vous ne nous abandonnerez pas, ni nous, ni nos familles.
"Et nos officiers, et nos sous-officiers ont juré. Et puis, après, ils ont amené leur drapeau. Depuis des années, cela se passe ainsi; ils ont amené leur drapeau et ils sont partis avec, dans les yeux, les regards de douleur et de mépris de ceux que nous abandonnions.
Alors, on nous dit : Obéissance, Discipline, Devoir. Et nous répondons: oui, obéissance ; oui, discipline ; oui, devoir jusqu'à la "mort, et jusqu'à la mort inclusivement, mais pas jusqu'au parjure, dix fois, cent fois répété, parce que, tout de même, nous ne sommes pas des animaux domestiques, mais des êtres humains et
qu'il n'y a pas de raison d'Etat, il n'y a pas de loi au monde qui puisse obliger un homme à faire du parjure son pain quotidien."
Général Maurice Challe

" ... La peine infligée aux coupables tient compte avec indulgence de leurs états de service d'antan, du fait qu'ils se sont d'eux-mêmes livrés aux autorités sans qu'il y ait eu perte
d'hommes, enfin des mobiles de leur faute qui, je le sais, je le sens, n'étaient pas tous de bas étage. "
------ -Général de Gaulle "mémoires d'espoir" tome2

"L'histoire dira peut être que leur crime fut moins grave que Le nôtre." Général de Pouilly qui refusa de prendre part à la révolte

 

Conclusion :

Il est coutumier d'associer cette révolte à un "pronunciamiento" fasciste. Les grands soldats qui ont tenté cette aventure, sont encore de nos jours, discrédités et couverts d'opprobre. Le pouvoir de l'époque accumula les effets dramatiques. On se souvient, des appels pathétiques du chef de l'état, de son : " Aidez-moi !" comme un râle d’agonie, ou des trémolos de son premier ministre, cet "ex-ardent défenseur de l’Algérie Française", le souk grotesque de la mobilisation "spontanée" Place Beauvau… le secours supplié "à pied ou en voiture"pantalonnade lamentable, mais payante !

Il est bon de rappeler que la majorité des membres de ce mouvement de révolte et de désespoir étaient d’anciens résistants de la France Libre, voire d’anciens déportés comme le commandant Hélie Denoix de SAINT MARC. Officiers républicains au service de la France, pour sa grandeur, pour son honneur, pour le respect de la parole donnée.

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