Canet-Plage, le 1er septembre 1993

M. Yvon FERRANDIS Président National Cercle algérianiste BP 213
11102 Narbonne Cedex

à

Monsieur André BASCOU
Député des Pyrénées Orientales

Maire de Rivesaltes Hôtel de Ville
66600 Rivesaltes

Monsieur le Député,

France-Culture diffusait, les 5 et 6 août 1993, un reportage de Madame Madeleine RIFFAUD, journaliste et reporter de guerre du journal ''l'HUMANITE" en Algérie pendant la période de 1954-1962.
Son reportage commence par ces affirmations: "En Algérie, il y avait deux millions de déportés et la guillotine fonctionnait tous les jours". (Je la mets au défi de nous donner une liste de "guillotinés qui dépasserait les doigts de la main).
Puis elle poursuit par une évocation du tremblement de terre qui dévasta Orléansville et sa région en septembre 1954, reprochant aux sauveteurs d'avoir accordé la priorité des secours à la ville, négligeant les douars environnants. Evocant l'action des forces de l'ordre, obligées d'intervenir pour assurer une bonne distribution des secours, elle diffuse en fonds une fusillade, parfaitement reconnaissable par les "Halte au feu" qui retentissent. Il s'agit de la fusillade du 26 mars 1962, à Alger rue d'Isly, et adjacentes où 80 manifestants furent tués et plus de 200 blessés. En très grande majorité, ils étaient d'origine Européenne.
Pour terminer ces reportages, Madame RIFFAUD, parlant des derniers jours d'Oran, en juin 1962, nous dit, froidement, que, dans les hôpitaux de la ville, les blessés musulmans étaient achevés,au lieu d'être soignés.
'La France étant un pays de Droit", Madame RIFFAUD a parfaitement le droit d'affabuler, de mentir et de dire n'importe quoi, ses oeillères ne lui permettant de voir qu'un tout petit aspect des choses. Mais si, comme on ne cesse de nous le répéter "La France est un pays de Droit", les responsables de France-Culture,ont- ils le droit d'utiliser l'argent des contribuables pour diffuser n'importe quoi, surtout quand cela salit le pays qui les fait vivre. Comment peuvent-ils nous faire croire que la guillotine fonctionna, sans arrêt, pendant les 2900 jours que dura la rébellion ? Comment peuvent-ils nous faire croire que 2 millions de Musulmans, soit le quart de la population, furent déportés? Comment ont-ils truqué la vérité, en illustrant des incidents qui se seraient produits en septembre 1954, avec la fusillade de la rue d'Isly, qui date de 1962. Comment peuvent-ils nous faire croire que, la France, pays de Droit et d'Humanisme, aurait pu couvrir cette infamie: achever des blessés dans les hôpitaux publics ?
Dans ces émissions, le Droit n'a-t-il pas été bafoué ? Qu'avez-vous l'intention de faire pour que les deniers des contribuables français ne servent pas, sans contrepartie, à des journalistes, ou prétendus tels, d'affabuler et de prendre de très grandes libertés avec la vérité pour des raisons qui leur sont propres.
Je vous prie, Monsieur le Député, de croire à mes sincère salutations.

Le Président du Cercle Algérianiste des P.O. 8 Rue du Puignolla Plage
66140 Canet en Roussillon tél. 68.80.41.54 Roger BRASIER

P.S. : Sauf Yveton, guillotiné pour avoir essayer de faire sauter à Alger les gazomètres, situés aux confins du quartier ouvrier du Ruisseau et des HLM (drôle de façon pour un communiste d'assurer l'avenir et le confort des travailleurs) la plupart des condamnés à mort furent graciés. Je pense, en particulier, aux deux terroristes graciés par le Président Coty, le 10 juin 1957, en remerciement de l'attentat du Casino de la Corniche, organisé la veille par les amis de Madame Madeleine Briffaud. On releva 10 morts et 85 blessés. Evidemment les oeillères de Madeleine Briffaud ne lui permirent pas de les voir.
Destinataires: MM. Claude BARATE; André BASCOU, François CALVET, Henri SICRE.
Seul M. André BASCOU a répondu à ma demande et s'est adressé aux responsables du C.S.A. et au Président de France Culture.
Il a reçu les réponses que vous trouverez sur le feuillet joint. Je lui adresse tous mes remerciements.

N° 242/JMB/CP Le Directeur,
Paris le 15 octobre 1993

Monsieur le Député,
J'ai pris connaissance avec la plus grande attention de la lettre du Président du Centre algérianiste des Pyrénées Orientales que vous m'avez transmise récemment.
Ayant reçu par le truchement du CSA un courrier semblable du Président national du Cercle algérianiste, je me permets de vous communiquer la réponse que j'ai faite à celui-ci.
En espérant que cette mise au point détaillé, répondra à votre attente, je vous prie d'agréer, Monsieur le Député, l'expression de mes salutations distinguées.

Jean-Marie BORZEIX

Monsieur André BASCOU
Député des Pyrénées Orientales Maire de Rivesaltes Hôtel de Ville
66600 Rivesaltes

à M. Yvon FERRANDIS Président National Cercle algérianiste BP 213
11102 Narbonne Cedex


N° 234/JMB/CP Le Directeur,
Paris le 12 octobre 1993

Monsieur,
Le Président de Radio France me communique une copie de la lettre que vous avez adressée au Président du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel.


France Culture a en effet diffusé en août dernier une série d'émissions, "La mémoire sauve", au cours de laquelle Mme Madeleine Riffaud racontait les principaux événements qui ont marqués sa vie. Héroïne de la résistance à 19 ans, militante communiste et chrétienne, grand reporter et écrivain, Madeleine Riffaud est un personnage hors du commun. Ses engagements sont anciens et bien connus.
En diffusant ce programme, France Culture ne prétendait pas donner à entendre des émissions à caractère historique dont l'objectivité doit être la règle. Il convient de rappeler à ce propos que France Culture a produit une série d'émissions de Patrice Gélinet consacrées à la guerre d'Algérie saluées par tous comme un modèle. Avec Madeleine Riffaud, il s'agissait d'autre chose: un récit de vie, un témoignage subjectif, une parole nue. C'est d'ailleurs ainsi que l'a compris la presse qui a réservé à ces programmes un accueil très favorable.
Pour en venir aux reproches spécifiques qui sont adressés aux émissions portant sur la guerre d'algérie, il convient de préciser que le document sonore, connu de tous, sur la fusillade de la rue d'Isly scande ces émissions. Nullement pour illustrer par exemple la relation qui est faite du tremblement de terre d'Orléansville (ce qui serait absurde, celui-ci datant de septembre 1954...), mais pour constituer une manière de leitmotiv annonciateur de ce moment si tragique où des Européens en arriveront à tirer sur d'autres Européens parmi les cris "Halte au feu" lancés comme autant d'appels désespérés. Rien d'autre. Mais peut-être était-ce là un montage trop subtil susceptible de donner lieu à des interprétations erronées. Peut-être eût-il été en outre souhaitable de citer les circonstances d'enregistrement de ce document en dépit de son caractère notoire.
Pour le reste, pour ce qui est de l'engagement anticolonialiste de Madeleine Riffaud, exprimé notamment dans les citations retenues, il plonge ses racines dans ce qu'elle a vécu précédemment "Je n'étais pas guéri de la Résistance française", confie-t-elle dans cette émission sur la guerre d'Algérie. Si elle qualifie de "combien regrettables" les attentats commis par le FLN, il n'en est pas moins vrai qu'elle a affirmé haut et fort dès le début du conflit algérien son adhésion à la cause des indépendantistes. Sans doute son témoignage a-t-il choqué nombre d'anciens partisans de l'Algérie française. Ne fallait-il pas pour autant programmer une telle émission?
Au cours du même été, France Culture a diffusé une autre série d'émissions sur la mémoire coloniale où l'on a pu entendre maints témoignages d'anciens d'Indochine et d'AOF. Certains militants anticolonialistes d'hier ont alors eux aussi exprimé leur indignation. Le temps n'est-il pas venu d'entendre aujourd'hui, un quart de siècle après, les voix de ceux qui se sont alors jetés dans la mêlée, à quelque camps qu'ils aient appartenu?
Dans votre courrier, vous demandez à bénéficier du "droit de réponse". En l'occurrence celui- ci ne saurait être appliqué. En effet le droit de réponse est réservé à des personnes physiques ou morales qui ont été nommées ou clairement désignées dans une émission comportant des "imputations susceptibles de porter atteinte à leur honneur ou à leur réputation". Tel n'est à l'évidence pas le cas.
Comprenant votre émotion liée à l'histoire personnelle de beaucoup de Français d'Algérie, je suis cependant disposé à concevoir une émission spéciale consacrée à la guerre d'Algérie. Vous-même (ou une personnalité de votre choix) y serait invité à exposer sa relations des faits et à exprimer ses sentiments. Car je crois qu'il est désormais possible et souhaitable d'entendre toutes les paroles.
En l'attente je vous prie d'agréer, Monsieur, l'expression de nos salutations distinguées.
Jean-Marie BORZEIX ...

Crédit : "l'echo de l'Oranie" N° 230 de Janvier / Février 1994

 

Ayant personnellement vécu le tremblement de terre du 9 septembre 54 à Orléansvile, je m'inscris absolument en faux contre les affirmations de Mme Madeleine RIFAUD.
J'affirme qu'avec mon ami Jean-Louis SAINT -YGNAN, scout de France de 14 ans, comme moi, nous étions responsable d'un camion-benne chargé de vivres, d'eau, de vêtements, de couvertures que nous allions distribuer dans le Douar des BENI RACHED, lieu de l'épicentre du séisme.

Tous les Orléansvillois peuvent témoigner que cette dame ment.

J.T