"Monsieur, J'avais lu en leur temps les quatre
tomes que vous avez consacrés à la Guerre d'Algérie et
vous ne serez pas étonné que je désapprouve la vision très
orientée que vous en donnez. A chacun ses opinions et là n'est
pas mon propos. Lorsque vous avez fait passer à la Télévision
les films tirés de ces livres, je n'ai pas voulu les voir. Or j'ai été
alertée par de nombreux coups de fil et lettres concernant une séquence
en sorte que j'ai dû me rendre compte par moi même. En
effet, vous situez à Oran et d'après le contexte avant le 17 juin
1962 la séquence où l'on voit des européens emmenés
par des civils arabes, armés et des A.T.O. et des coups de feu partant
des toits et du sol. Or cette séquence, pour tout
oranais connaissant sa ville ne peut avoir été tournée
à l'époque donnée et même
à une autre date que le 5 juillet 1962. Certains
passages peuvent d'ailleurs provenir d'autres endroits ou d'autres dates, mais
les images reconnues par plusieurs personne, ne peuvent provenir que d'Oran,
le 5 juillet 1962 à Midi vingt-cinq.
On nous avait toujours dit qu'il n'existait pas de film
ni de photos de ce jour maudit. Vous administrez la preuve qu'il y avait
un caméraman et aussi un photographe (vu de dos, en chemise à
carreaux). Plus de trente ans ont passé, mais la douleur des familles
traumatisées est toujours là. Je vous demande, par humanité
et sans souci de politique ou de polémique de bien vouloir m'indiquer
où vous avez trouvé ces images et s'il est possible de voir le
film et ou les photos prises ce jour là. Si vous avez un peu de cur,
vous me répondrez." Bien entendu, à ce jour, je n'ai aucune
réponse. Voici donc les renseignements que l'on peut tirer de cette séquence:
-On voit avec netteté le magasin "NINON Nouveauté" qui
appartenait à Monsieur Joseph Mouchnino et était situé
2 Boulevard Marceau, prés du Boulevard Clémenceau et de la Rue
de Mostaganem. Pas d'arabes à cette époque
dans ce secteur tenu par le Réseau Bonaparte, dirigé par
"Président", Le boulanger Jean- Paul Reliaud aujourd'hui décédé.
-Le Cinéma CENTURY se trouvait à l'angle de la rue Schneider et
de la rue Jacques soit entre le Boulevard Galliéni et la Rue de la Paix
donc en plein centre ville au dessous de la rue d'Alsace-Lorraine. Aucun
arabe ne s'est aventuré dans cet endroit avant le 5 juillet. Même
les défilés des 3 et 4 juillet, en voiture et en arme de la foule
arabe ne sont pas passés là.
-On voit aussi le magasin fermé de Monsieur Auguste Juan "Au meuble
massif" situé au 8 Bd Sébastopol, entre les Boulevards Maréchal
Joffre et Magenta, prés de la Place Kargentah. Là des enlèvements
ponctuels avaient eu lieu avant l'indépendance, mais
autant que nous ayons pu le savoir, le
magasin de Monsieur Juan n'était pas fermé à la mi-juin.
Il est tout à fait évident qu'aucun arabe en uniforme de l'A.L.N.
ou en civil armés comme on les voit dans cette séquence n'a pu
se trouver dans ces endroits à la date qui est suggérée
(mais non dite) mais qui, puisque le film est censé être chronologique
se situe avant le 17 juin 1962 qui est cité après.
De plus, l'horloge carrée montre l'heure du forfait:
12h25, ce qui correspond à tous les témoignages. On nous
montre des civils européens: Deux hommes, deux femmes, un petit garçon
et deux fillettes, les bras en l'air, emmenés par ces A.T.O. et civils
arabes armés. Ces images ont forcément été prises
le 5 juillet 1962 à Oran. Il existe donc, contrairement à ce qui
nous a toujours été affirmé, au moins un film et des photos
de ce jour maudit
. Passé au ralenti et dans
cette optique, des personnes ont put reconnaître les leurs emmenés
vers la mort sans nul doute, ou pour les femmes et les fillettes, pire encore.
Le montage tend aussi à faire croire que le tireur sur le toit vise les
soldats de l'A.L.N. qui sont en bas, dans la rue et regardent en l'air. Or,
l'homme sur la terrasse a une ombre portée très
longue et donc n'a pu être filmé que le matin tôt ou le soir.
Très probablement un arabe et non un européen. En bas, les soldats
ont été filmés vers le milieu de
la journée:leur ombre est courte. Il n'y
a donc pas entre les deux images le lien de causalité que les auteurs
veulent faire accroire
.
Le film doit contenir d'autres éléments où les familles
de disparus pourraient reconnaître les leurs
Je demande quel crédit peut être fait à l'ensemble de ce
film "DOCUMENT DE REFERENCE" !
C'est pourtant cela que passe la télévision, c'est cela que les
français et même peut-être certains de nos enfants croient.
C'est comme cela qu'est racontée l'histoire, toute l'histoire, depuis
très longtemps
"
Conclusion :
Ce livre a été publié en 1996. Aucun démenti n'a
été apporté depuis. Au contraire, des dizaines d'autres
témoignages nous sont parvenus dont, récemment, celui d'un monsieur
qui ne donne que son prénom, Lakdhar, que nous remercions ici. Il pourra
lire combien son message nous a touchés. Il avait 17 ans à l'époque.
Oui ! toute la lumière n'est pas encore faite sur le drame de cette journée
sanglante puisque nombre de personnes sont employées à masquer
toute lueur. Mais la vérité finit par se faire jour grâce
à des gens courageux qui témoignent enfm.
Je tiens à souligner que ce travail de mémoire et d'histoire n'est
pas une démarche raciste ou même nostalgique. La
France tout autant que l'Algérie doivent assumer leur histoire avec ses
zones d'ombre et de lumière.
Nous avons fait un bout de chemin ensemble et divorcé dans la douleur.
Nos enfants ne doivent pas porter le poids des silences,
le poids des mensonges.
Geneviève de Temant
Juillet 2003 Crédit : Site 5
Juillet à Oran