A Monsieur le Président Directeur Général de FR3
A Madame la médiatrice de FR3
A Monsieur les Directeur des programmes de FR3
A Monsieur Jacques Renard, réalisateur du TV film " Les déracinés

Encore une fois FR3 se distingue par sa vision méprisante et orientée qu'elle impose à ses téléspectateurs sur l'Algérie et ses ressortissants européens. Vos émissions "d'investigations " pseudo historiques, vos débats impartiaux où vous invitez ceux qui reflètent votre pensée, ne suffisent pas. Vous avez donc proposé un téléfilm en deux parties, œuvre de fiction, mais tirée d'un fait réel paraît-il. " Les déracinés "
Il s'agissait donc de montrer l'installation d'un Pieds-Noirs en Corse en 1962.
Ce soir là rien ne nous fut épargné. Si vous avez décidé une fois pour toutes de nous insulter à chaque fois que vous abordez le sujet, je peux vous dire que votre but à été atteint au-delà de toutes vos espérances.
La description que vous avez faite des "rapatriés " en général est scandaleuse, injurieuse et en plus criante d'incohérence. Tous les poncifs du genre, fort nombreux au demeurant, y sont passés. Les lieux communs sont tellement caricaturés que cela a franchit les limites, pourtant cent fois piétinées de l'abjection. Que vous n'aimiez pas le Pieds-Noirs qui représente pour vous le colon cupide, borné et raciste, c'est votre droit le plus strict. Il faudrait pourtant cesser cet acharnement médiatique même s'il contribue a asseoir votre confort moral et intellectuel.
Vous diffamez des êtres humains dont certains, encore vivants, n'ont pu refermer la plaie béante que leur a causée l'abandon de leur terre natale. Vous offensez la mémoire de tous ceux qui ne sont plus là pour pouvoir vous répondre. Vous culpabilisez les générations futures, nos enfants, qui n'auront bientôt plus que votre son de cloche.
En ces temps troublés, où dans vos informations, vous martelez, avec juste raison, que "l'amalgame " ne doit en aucun moment prendre le pas sur la raison, il est stupéfiant de constater que vous n'appliquiez pas sur certains sujets, les conseils de morale que vous dispensez, tel un partisan du "faites ce que je dis... ". Je suis un survivant qui aspire simplement à disparaître dignement un jour. J'en ai assez que l'on fasse croire que la mort d'un homme fut-il "arabe " nous laissait insensibles. Je suis fatigué d'entendre que nous n'étions que des nantis, cadres supérieurs ou chefs d'entreprises. Je suis dégoûté d'être représenté, moi et mes compatriotes, comme des "nazillons " toujours prompts "à casser du bougnoul ".
Il y eut parmi nous, des salopards c'est vrai. Où n'y en eut-il pas ? J'en ai même une sacrée liste des "vrais " français de France, d'authentiques étrangers venus d'ailleurs, qui sont à ce jour adulés et bénis de la " jet set " cathodique.
Vous nous décrivez par petites touches, comme un peuple vil, égoïste et sans cœur. Vous nous culpabilisez pour mieux étouffer la honte et la vilenie de ces années perdues. Je suis fourbu par tous les péchés d'Israël dont vous m'accablez. L'intensité de vos provocations, touche en plein cœur des gens qui, sans être meilleurs ne sont pas pires que le commun des mortels. Mon peuple en vaut bien d'autres.
Vous cultivez également dans cette "oeuvre " les erreurs historiques. La croix rouge par exemple dans votre film, omni présente, et les organismes qui proposaient des emplois aux Pieds-Noirs, qui dédaigneux s'empressaient de les refuser.. Je n'irai pas jusqu'à dire que jamais ce ne fut le cas, mais ni moi, ni aucun membre de ma famille n'a jamais vus ces associations humanitaires dévouées à notre réinsertion.
Bientôt vous montrerez le soutien psychologique qui nous fut prodigué pour atténuer notre peine et notre désespoir, et les familles d'accueil qui nous hébergèrent généreusement. Tant qu'à mentir allez jusqu'au bout.
Nous étions, à l'époque, ceux "qui venaient manger le pain des français ". Ces français d'alors qui surcottaient les logements insalubres, sans chauffage qu'ils daignaient nous louer avec des quittances falsifiées et revues à la baisse bien entendu. Il nous fut refusé du charbon et nous furent mis en quarantaine comme des pestiférés. J'ai des exemples précis dont je peux attester la véracité.
Si un jour vous êtes seulement un peu, décidés à explorer cette époque, motivés par un minimum de soucis de vérité, enquêtez vraiment et posez les questions à ceux qui ont vécu de l'intérieur ce drame humain qui les ronge encore. Profitez en, il en reste encore quelques-uns uns. Profitez mais faites vite, avant qu'il ne soit trop tard...
Ni Paris ni Marseille ne nous prirent dans leurs bras. Et si quelques municipalités et initiatives privées individuelles, tentèrent avec honneur et courage d'adoucir nos souffrances, la majorité des français nous rejetèrent sans pitié.
Mais je n'ai pas de rancune, car pour une bonne part, c'est à vous les médias, que nous devons les pierres qu'ils nous ont lancées.
La lapidation a assez duré. Cessez donc d'exploiter les clichés et fichez-nous la paix avec vos prétendues recherches historiques, qui ne mettent en lumière que le profil du "médiatiquement correct " dans lequel vous baignez.
Dignes successeurs de ceux qui ne voulaient pas "désespérer Billancourt ", afin de continuer à propager une vérité monolithique, conforme à la pensée unique d'un intégrisme historique à l'usage de l'abrutissement des masses.
Je ne vous adresse pas les salutations dont vous n'avez que faire.
Etant Pieds-Noirs et néanmoins poli, recevez, Monsieur, le sentiment respectueux que je suis en devoir de vous transmettre. Ne le dédaignez pas même si vous ne le jugez pas digne, mais de grâce, ma joue droite est en sang et la gauche me brûle..

A. MARTINEZ