Adieu à l'Adieu par Jean-Pierre Ferrer.

Heureusement qu'on a vécu là-bas. Avant.

Mon père en 1960 et 1962, il avait une Aronde P 60 Simca et après une R 8 et pas une traction de la 2° Guerre mondiale ! Les numéros d'immatriculation étaient la suite logique des plaques de Métropole. Et, oui, on vivait dans des départements français. Je crois, quoi ! Alors les numéros, ils n'étaient pas comme au Maroc.
Ils ont bien fait de tourner le film au Maroc, parce que ça ressemblait un peu à l'Algérie. Moi ce que je me rappelle c'est la mer, elle était bleue. Pas verte comme l'Atlantique.
Quand on allait à la plage de la Madrague, il n'y avait pas de fortifications mauresques tout autour, c'était une petite plage et un joli port comme il en reste encore ici, sur les bords de la Méditerranée.
Le port d'Alger, je me souviens qu'il était grand. Comme Marseille. Alger était la deuxième ville de France, alors. Les " Ville d'Alger, d'Oran, de Constantine, de Marseille ", les petits " Sidi-Ferruch et Sidi-Mabrouk, Sidi Okba ", et le plus beau, tout blanc " le Kairouan. " Des vrais bateaux, pas des chalutiers sans cheminée.
Ils ont fait des brochettes, avec des manches en bois !! Et sur du gazon, S'il vous plait ! Et en même temps la famille Garcia, elle écoutait Radio Alger en Arabe. Et derrière, le muezzin qui les appelait à la prière !
Ils avaient un accent ! On aurait dit "la Vérité si je mens, n° 8 ". Moi je dirais " je mens de dire des vérités comme ça ! "
Vous n'aurez pas aimé, vous, aller dans un hôtel, des Mille et une Nuit, avec des danseuses du ventre qui vous entourent de leurs longs voiles de soie et des Yous-Yous pendant que dehors les français, ils abandonnaient les harkis comme des chiens aux mains des fellouzes ? Ils étaient braves ces fels ! Ils n'avaient même pas d'armes dans le djebel et quand on les tuait, on leur tirait dans le dos. C'est pas beau !Et, en plus, on choisissait des femmes !

Je savais qu'on était en avance sur la France, nous, mais pas qu'en 1961, on avait des éviers en Inox.
L'officier de renseignement, ils ont été le chercher au musée de la Gestapo avec son costume bleu noir et la chemise blanche. Et le commandant, il était borgne comme Le-Pen ou Aussares !! Ils ont du passer leur vie à torturer, sûrement. C'est évident, avec une armée coloniale d'occupation, dans un pays qui n'était pas le leur, et qu'ils n'aimaient pas.
Ils allaient aux manifestations comme à Rio de Janeiro, au carnaval. Leurs casseroles neuves mais toutes cabossées, elles devaient servir de maracas. Ils se sont tellement amusés en faisant ce film, que la fusillade du 26 Mars à Alger et les horreurs du 5 juillet à Oran, ils les ont effacés du script. Mais ils n'ont pas oublié l'OAS. Des Fascistes, des Nazis, des Barbares, des Séditieux d'extrême droite qui roulent en Cadillac. Blanche décapotable. Pratique.

Et, ils sont tous amoureux l'un de l'autre, dans ce film., comme dans les " Feux de l'amour ".
Ils disaient qu'on était des millionnaires. Que c'était pas bien. Mais en France, les frangaouis, c'était normal, ils avaient même haras et villa avec piscine.

Mon oncle était instituteur en Kabylie. Pendant les cours, il devait aller aux champignons où à la pêche ; c'est pourquoi, on a utilisé les soldats objecteurs de conscience pour faire classe aux petits kabyles.
Et moi aussi j'ai pris le bateau pour partir, dans le nord où je ne connaissais personne. Et j'ai pleuré.
Mais je vous jure que dans ce film, j'ai pas pleuré. J'avais trop la rabia.

Ah, oui, j'oubliais, c'est l'armée marocaine qui les a conseillés pour les scènes de guerre !!!.

Alors l'Adieu, on n'en parle plus. Ciao !