L'affaire Djamila Bouhired

 

D'aprés le livre du Général Massu "La vraie bataille d'Alger"éditions "Le cercle du nouveau livre 1971

"... Djamila Bouhired travaillait pour le F.L.N. depuis l'été 56. Le laboratoire de fabrication de bombes fonctionnait déjà en septembre 1956 chez son oncle, Mustapha Bouhired, au n° 5, impasse de la Grenade. Djamila Bouhired était très au courant Je cette activité puisque Taleb et Marsali, membres de l'équipe de fabrication, attestent sa présence en ces lieux et à ce moment-là. C'est là que le 16.2.57 ont été découverts et saisis :
- 17 bombes parallélépipédiques de 1 kg,
- 9 bombes cylindriques (obus de 75 mm),
- 108 kg de dynamite gomme,
- 1 pistolet mitrailleur Thompson avec 10 chargeurs,
- 46 grenades,
- 30 pistolets et revolvers,
- 2 800 cartouches diverses,
- du matériel de laboratoire (fabrication d'explosifs)
- du matériel de fabrication de bombes (détonateurs - mèche lente, fil électrique, piles, etc.)
- 14 montres de gousset (pour dispositif de mise à feu - 60 réveils Bayard électrique à retardement).
- Divers : trousse de chirurgie, collection de fausses cartes d'identité et matériel de fabrication.
Ce même jour, Djamila Bouhired était en fuite, avec l'équipe de Yacef Saadi, dont elle était un membre actif.
L'importance de son rôle fut prouvée incontestablement, le 9 avril, lorsque, fuyant dans la Casbah devant une patrouille, elle fut blessée à l'omoplate
(par une rafale tirée par Yacef Saadi "Guerre d'Algérie N°7. terrorisme et contre terrorisme"et ramassée, porteuse d'une importante correspondance destinée à Yacef Saadi et à Ali la Pointe.
Son interrogatoire devait permettre de trouver le 18 avril une cache, renfermant 13 bombes et 33 pistolets ou revolvers, rue Porte-Neuve: ce qui démontre qu'elle était au courant de l'ensemble des activités du réseau de fabrication des bombes.
En ce qui concerne son rôle personnel et direct de poseuse de bombes, ses premiers aveux signés et faits devant des officiers de police judiciaire sont précis, même si elle ne les a pas renouvelés devant le juge d'instruction. C'est qu'entre-temps elle avait reçu les conseils de ses avocats
(en particulier son futur époux Jacques Verges Ndlr) dont la tactique était le traditionnel et bien connu " n'avouez jamais ". Cependant, la nouveauté introduite dans ces conseils était: " niez les aveux déjà faits en déclarant qu'ils vous ont été arrachés par la torture ".
Ces aveux seront, cependant, corroborés non seulement par Djamila Bouazza dont je parlerai plus loin, mais par le chimiste " Mohand Akli ", de son vrai nom Taleb Abderrahmane, fabricant d'explosifs du réseau " bombes"...
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(voir notre dossier "L'affaire Zhora Driff")


L'affaire Djamila Bouhired (qui deviendra plus tard Mme jacques Verges), reposait sur l'accusation de Djamila Bouazza affirmant que Djamila Bouhired l'avait recrutée et lui avait apporté les bombes qui explosèrent le 9 novembre 1956, rue Michelet et le 26 janvier 1957, au Coq Hardi. Selon Maître Vergès , Djamila Bouazza était atteinte de folie, qui s'était exprimée par des excentricités devant le tribunal militaire. La condamnation à mort de Djamila Bouhired reposant sur le seul témoignage d'une folle, contrevenait aux lois élémentaires de la défense. Or le 22 juin 1957, Djamila Bouazza écrit, depuis sa prison, à Rachid Hattab une lettre dont l'extrait reproduit ci-contre révèle que sa "folie", n'était que simulacre et préméditation

 

"Vous verrez quel coup de théâtre le jour du jugement. Moi, particulièrement, je dois me mettre à rire et elle à danser la samba. Comme ça toute la salle va se mettre à rire, moi je vais me mettre à chanter et elle à redanser. Le commandant devra faire lever l'audience et ce sera tout. Alors je pense que je vous ai assez embêté jusqu'à présent. Je vous quitte en vous envoyant toutes mes affectueuses pensées. Djamila."

Ci-dessous Lettre adressée à Yacef Saadi le 17 septembre 1957, et expédiée de Paris. Son auteur, Abderrahmane, fut identifié comme étant Germaine Tillion. Cette lettre codée demande qu'Hattab Abdelmajid, à l'abri à Tunis, s'accuse des attentats commis par les deux Djamila condamnées à la peine de mort, et le fasse savoir au président de la République " mon grand-père "
Mardi 17 septembre
Cher Cousin, c'est pas aujourd'hui que je vais te parler de tes soieries. J'ai eu ta lettre hier soir et je m'occupe de ta sœur comme si c'était la mienne car je l'aime de tout mon cœur. Avant de montrer ta lettre à mon père je veux être sûr que tu ne peux pas lui faire de tort. Peux-tu retrouver le fiancé de la cadette et lui dire d'aller en vitesse n'importe où (par exemple à T. retrouver Si Brahim, le copain de Georges) et là il écrit une lettre à mon grand-père où il explique que c'est lui qui a fait le travail de ta sœur.
Pour ce qui est du procès, j'attends des nouvelles de ton frère. Tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir. j c Amitiés à toute la famille.
Abderahmane.
Ahcène t'embrasse.

Décodage

la "sœur" : DjamiIa Bouhired,
la "cadette" : DjamiIa Bouazza,
le "fiancé de la cadette" : Hattab Abdelmajid en fuite
" T." : Tunis,
"Si Brahim" : un représentant du F.L.N. à Tunis,

"Georges" : un adjoint de Yacef Saadi. Hadj Smaine dit Kama! " arrêté le 23 septembre après avoir accompli une mission délicate à Paris puis à Tunis.
'Le grand-père" : le président de la République française.
"Mon père" : M. Bourgès-Maunoury.
"Ahcène" : le pseudonyme de Bouzourène Ali. agent de liaison de Yacef. en fuite et signalé dans la région parisienne en 1957 (début septembre).

Vraie fausse torture

Pour Djamila Bouhired examinée par un expert le 14 avril 1957, il ne sera relevé aucune marque, aucune trace des sévices évoqués par Maître Vergès ou la plaignante. Ces derniers soutiendront que les marques restèrent visibles jusqu'au 30 mai, la preuve avancée étant le certificat médical fourni par le docteur Belkhodji, datant du 16 mai 1957. Il faut toutefois préciser que cette femme médecin était codétenue de Djamila Bouhired et membre du Parti Communiste Algérien. Pour atteinte à la sûreté extérieure de l'État, elle ne sera condamnée qu'à une peine légère de cinq ans de prison avec sursis Ses conclusions, nous pouvons le comprendre, peuvent être soupçonnées de partialité. En outre, Belkhodji signale que Bouhired affirme avoir été frappée et brûlée à l'électricité au niveau de la plaie thoracique antérieure. Des électrodes lui auraient été également appliquées sur les seins, la hanche droite, la cuisse droite et l'orifice vaginal. En fait la doctoresse n'affirme rien, mais juge les explications de Djamila, susceptibles d'être envisagées sérieusement.
Néanmoins, ces éléments seront relevés, amplifiés par Maître Vergès avec cynisme.

"Guerre d'Algérie N°7. terrorisme et contre terrorisme". Collection du patrimoine

 

Elle fut condamnée à mort par le Tribunal permanent des Forces armées puis graciée par le conseil supérieur de la magistrature réuni au palais de l'Élysée. Sa peine fut commuée en travaux forcés à perpétuité.

Interviewée en prison par un journaliste, le 10 avril 1958, elle affirmera, ainsi que ses complices Djemila Bouhired, Djemila Boupacha, Jacqueline Guerroudj et Zora Driff, ne jamais avoir été torturée.

 

Les idées fausses ont la vie dure :

http://www.opuslibani.org.lb/StMarc/Oeuvre.html
"Cinq ans plus tard, il fera de 'Djamila l'Algérienne', hommage à Djamila Bouhired, militante du FLN torturée et assassinée par les paras français"

http://www.farid-benyaa.com/start.htm
"Djamila Bouhired, condamnée à mort pour avoir fait son devoir pendant la guerre de libération"