Les politiques savaient
Note du 23 mars 62 : "Il
est proposé aux supplétifs l'engagement ou le rengagement
dans l'armée française. Les candidats à l'engagement
doivent être célibataires, c'est la plus importante des
conditions de cette note: l'écrasante majorité des ayants
droit est mariée... ''
Le 29 mars 62, Bernard Tricot,
délégué du Haut Commissaire de la République
en Algérie, va déterminer le prix de l'abandon.
Les supplétifs
des SAS doivent être licenciés, une prime de conversion
à la vie civile égale à un mois et demi de salaire
par année de service effectif leur sera versée; C'est
un tout petit peu mieux que le droit aux congés payés.
Le 15 avril, note à un Sous-Préfet
; "l'autorité légale
est partout remplacée par une autorité de fait, celle
de l'A.L.N. et que les supplétifs licenciés n'ont, pour
l'instant, pas d'autre solution que de verser leur prime au F .L.N.
pour tenter, sans grand espoir, de se réhabiliter"
". J'ai en conséquence, l'honneur de vous demander de
bien vouloir prescrire à tous les Cadres placés sous vos
ordres de s'abstenir de toute initiative isolée destinée
à provoquer l'installation des Français Musulmans en Métropole.
Il vous appartient seulement d'instruire les demandes émanant
des personnels demandant à se réfugier en Métropole
et de me transmettre vos propositions qui seront présentées
au Secrétariat d'Etat aux rapatriés". (le
ministre d'état chargé des affaires algériennes
à l'attention du colonel inspécteur général
des affaires algériennes datée du 12 mai 62 en provenance
de Rocher noir.)
" Les renseignements qui me parviennent
sur les rapatriements prématurés des supplétifs
indiquent l'existence de véritables réseaux tissés
sur l'Algérie et la Métropole dont la partie algérienne
a souvent pour origine un chef S.A.S.. Je vous renvoie au fur et à
mesure la documentation que je reçois à ce sujet. Vous
voudrez bien faire rechercher tant dans l'armée que l'administration
les promoteurs et les complices de ces entreprises et faire prendre
les sanctions appropriées. Les supplétifs débarqués
en Métropole en dehors du plan général de rapatriement
seront, en principe, renvoyés en Algérie où ils
devront rejoindre avant qu'il soit statué sur leur destination
définitive le personnel déjà regroupé selon
les directives du 7 et Il avril. Je n'ignore pas que ce renvoi peut
être interprété par les propagandistes de la sédition
comme un refus d'assurer l'avenir de ceux qui nous sont demeurés
fidèles, il conviendra donc d'éviter de donner la moindre
publicité à cette mesure mais ce qu'il faut surtout obtenir
c'est que le Gouvernement ne soit plus amené à prendre
une telle décision". (télégramme
officiel N° 125 IGAA du 16 Mai 1962 de Louis Joxe, Ministre d'Etat
chargé des Affaires algériennes et destinée à
Christian Fouchet :
Instructions adressées au Préfet :"
faire preuve du plus grand discernement dans l'évaluation des
menaces adressées aux supplétifs"
Note du Général
Commandant en Chef : "vérifier
que les musulmans rapatriés étaient bien moralement aptes
à s'implanter en Métropole."
"Je vous demande de n'accorder asile que dans des cas exceptionnels..."
; "
le Ministre m'a fait savoir que les possibilités
d'absorption de la métropole en hiver seraient après les
derniers départs prévus largement saturées
"
Général de Brébisson, Commandant
Supérieur des Forces Armées Françaises en Algérie,
(instructions aux Chefs de Corps dès le mois d'août 1962)
La presse savait
"Le
Figaro", le 22 mai 62, rend compte du sort réservé
par le F.L.N. dans la région de Saïda aux membres du Commando
Georges, 23 avril 62. Deux sous-lieutenants musulmans du Commando, Riguet
et Ben Didda, avaient été enlevés, traduits devant
un tribunal F.L.N. avant d'avoir les yeux crevés, puis d'être
bouillis vifs dans des marmites. Dans le même temps, dans
le même journal, un éditorial de Serge Bromberger, soutenait
que l'évacuation des supplétifs menacés de mort
n'était autre qu'une couverture de l'introduction en France des
tueurs de l'O.A.S..
- Article intitulé " De l'entraide à l'utilisation
des Harkis en Métropole."."
des vengeances ont
été exercées
" "
mais en définitive
à l'heure actuelle plusieurs centaines et non plusieurs milliers
comme il a été dit parfois, de Harkis ont demandé
à être envoyés en Métropole
"
pour
les mettre au service de 1'O.A.S.
"
Jean Planchais "Le Monde édition du 22 mai 62, daté
du 23, en première page".
Et plus tard, toujours dans les colonnes du
Monde, "
le gouvernement s'efforce d'empêcher
que l'installation de Harkis en France ne soit exploitée à
des fins politiques.. ".
Les intellectuels
savaient :
Voir
notre article sur Vidal-Naquet
Combien y avait-il en Algérie de Français musulmans menacés
?
On a pu estimer qu'en 1959, c'était
environ deux cent dix mille musulmans qui étaient engagés
militairement à nos côtés. Dès janvier 1961,
le pouvoir s'emploiera à minorer ce chiffre. A la veille de l'indépendance,
au premier janvier 62, ce chiffre était ramené déjà
à 160 000, qui comprenait tout à la fois des militaires
de carrière (20 000), les harkis, les moghaznis des SAS (qui
étaient statutairement 20 000), les G.M.P .R. et il ne faut pas
les oublier non plus (les hommes engagés dans les auto-défenses,
groupes purement défensifs et faiblement armés, mais qui
comptait près de 60 000 personnes.)
Mais les Français musulmans menacés n'étaient pas
que des militaires engagés à nos côtés sous
des formes différentes, il y avait également les élus,
conseillers municipaux, conseillers généraux, députés
et sénateurs c'est-à-dire plus de dix mille personnes
qui avaient déjà été les victimes toutes
désignées de la rébellion dès la mise en
place de la réforme communale de 1956. Il fallait y ajouter aussi
une partie des vingt mille fonctionnaires.
Combien, abandonnés,
ont été massacrés dans les mois qui précédèrent
et suivirent l'indépendance de l'Algérie ?
150 000
note N° 002855 du 21Avril
1977. du SHAT du Général PORRET. C'EST LE SEUL ET UNIQUE
DOCUMENT CHIFFRE !!!
-
C'est beau, c'est grand, c'est généreux
la France ! (Général de GAULLE)
"
30 000 harkis (environ), purent
échapper aux couteaux du F.L.N. et s'installer en France. S'installer,
c'est là un bien grand mot, car que trouvèrent à
leur arrivée ces combattants dont, pour certains, le départ
fut décidé si rapidement qu'ils ne purent emmener avec
eux leurs familles?
Des camps! Des camps entourés de barbelés, avec des baraques
ouvertes à tout vent, l'année où la France subit
un des hivers les plus rigoureux de son Histoire, sans eau, sans chauffage,
sans aucune commodité. Des camps provisoires disait-on, qui pour
certains existèrent jusque dans les années 80... Saint-Maurice-l'Ardoise,
Bias, Rivesaltes, (Jouques), le Larzac!
Ils vivaient là coupés de tout contact avec les populations
autochtones; puis on les transféra dans des cités de transit,
occupés au débroussaillage, dans des baraquements toujours
autant dénués de confort que de possibilité d'insertion
dans les milieux avoisinants. C'est pourquoi, ils sont restés
" à part ", des marginaux qui ne peuvent s'intégrer
à la France d'aujourd'hui, dont les enfants, n'ayant aucune relation
avec les petits métropolitains de leur âge, dont ils ne
parlent parfois même pas la langue, subissent des retards scolaires
qui les pénalisent pour leur vie future. Aujourd'hui, ces jeunes
sont touchés par le chômage plus durement que les autres.
En outre, ces Français, qui ont droit plus que tout autre à
ce titre et à cette qualité, doivent se battre pour se
faire reconnaître comme tels. Ils sont souvent confondus, dans
le même opprobre, avec les immigrés dont ils ont pourtant
à redouter l'organisation et le nombre. A titre d'exemple, en
avril 1987, un fils de harki a été lynché à
mort sur la plus grande place d'Arles
".
"
Pour que l'insertion totale des harkis dans la population
française soit possible, pour qu'ils bénéficient
des même droits et possibilités que les Français,
pour surtout qu'on ne les confonde pas avec les immigrés, il
faut que soit supprimée la double citoyenneté qui les
affecte encore et obtenir pour eux la libre circulation en Algérie.
Par ailleurs, je dénonce l'infamie de l'Accord Mauroy avec le
gouvernement algérien qui donne la possibilité à
tous les enfants d'immigrés et de harkis de faire leur service
national en Algérie, ce qui équivaut à bien affirmer
que les harkis ne sont pas français
."
"
Pour des causes exceptionnelles, il faut prendre des mesures
exceptionnelles. Les anciens ne demandent qu'à finir leurs jours
dans le calme et la tranquillité, mais tous s'inquiètent
de l'avenir de leurs enfants. Or, la seule solution qui permettra l'insertion
totale des jeunes est celle des emplois réservés dans
les administrations et les entreprises nationalisées, comme cela
avait été fait pour les sous-officiers après la
guerre de 1939-45. Si une telle mesure est prise, le problème
peut être définitivement réglé dans les cinq
ans. Il faut que le gouvernement et le parlement
aient le courage de prendre unetelle mesure. C'est mon souhait le plus
cher que ces fils, dont les pères ont défendu la Patrie,
puissent enfin dire: " MON PAYS LA FRANCE ". ALI
BOUALEM (1987)
Comme on peut le voir, malgré
les années qui passent, quelques célébrations furtives
et quelques nominations honorifiques, sont loin d'avoir résolu
le problème. Nous pouvons même penser que vu l'absence
de courage des autorités successives et le silence des intellectuels
étonnamment sourds et aveugles, le chemin sera encore long. En
résumé :
Ce
n'est pas gagné.