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Pour conférer la légitimité
au mouvement de libération nationale, il est couramment occulté
les ingérences de nos "alliés". Les intérêts
politico-économiques ont comme par enchantement disparu, pour qu'il
ne reste plus que l'imagerie d'un soulèvement spontané,
et unanime contre la "misère et la clochardisation".
Ci-dessous un petit
résumé des manoeuvres des pays "amis"
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Les Espagnols ont occupé l'Oranie de 1509 à 1708, puis
de 1732 à1792. Ils considéraient de puis longtemps l'Oranie
comme leur propriété. En 1941 Hitler propose à Franco
de lui octroyer l'Oranie et le Nord du Maroc, à condition que l'armée
allemande puisse traverser la péninsule Ibérique pour s'emparer
de Gibraltar. Franco refuse. Les déceptions seront nombreuses dans
son entourage proche. Certains résidents espagnols du Maroc et
d'Oranie, noyautés par les services secrets Allemands seront d'une
étonnante activité*. Vers 1950, les services secrets espagnols
mettent en place au Maroc, des bases d'entraînement pour les Nationalistes
Algériens. Jusqu'en 1954, les espions zélés, multiplient
les incitations à la rebellion. Les diplomates espagnols oeuvrent
également pour discréditer les Français. (accusation
de racisme, d'exploitation des travailleurs musulmans etc..). Ils interviennent
auprès des Etats Unis pour stigmatiser l'attitude de la France.
Madrid deviendra, au même titre que la Suisse, une plaque tournante
où les responsables de la subversion trouveront une tribune de
choix.
* -de fin 1940 à fin 1942, 22 agents sont arrêtés
pour espionnage au profit de l'Espagne.
- de 1945 à 1954, 18 plaintes en tribunal militaire seront traitées
par la sécurité militaire
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L'Italie apporte au Destour, le plus représentatif des
mouvements politiques tunisiens, son appui pour secouer le régime
du Protectorat. Les émeutiers qui provoquent les sanglants incidents
de Tunis, le 9 avril 1938, sont armés par les Italiens. L'OVRA
et le SIM, services de renseignements de Rome, exploitent l'irritation
croissante contre la présence française et recrutent de
nombreux agents. .Il y a toujours eu un contentieux Franco-Italien en
Tunisie, mais il s'est agravé avec l'arrivée de Mussolini.
Entre 40 et 43, il y a eu de sanglantes bagarres entre civils Français
et Italiens en Tunisie, les "camiccie nere" défilant
avec pour slogan "Tunisia a noi".
En 1935, l'Italie réclame des rectifications de frontières
au Fezzan dont elle vient à peine de terminer l'occupation. Contre
la promesse de cesser son appui au Néo-Destour, promesse qui, naturellement,
ne sera pas tenue, le gouvernement Laval lui abandonne " un peu de
sable et de cailloux ". En fait, on cède à l'Italie
les clés des itinéraires conduisant au Niger et au Tchad,
en même temps que la France se prive de richesses minières
prometteuses, d'uranium en particulier.
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Les ambitions Britaniques
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La politique arabe de Londres ne se départira jamais de son hostilité
à l'égard de la politique française dans le bassin
méditerranéen.
Au Levant., les Britanniques tremperont dans tous les complots contre
le mandat sur la Syrie et le Liban, confiés à la France
par la Société des Nations. En 1945, leur intervention brutale
et celle d'une brigade palestinienne formée par leurs soins décideront
de l'éviction définitive de la France au Moyen-Orient.
En Afrique du Nord, le Colonial Office plante des jalons plus discrets,
mais pas plus bienveillants. Au Maroc, l'Angleterre accorde le statut
privilégié de "protégé britannique"
à beaucoup de nationalistes en délicatesse avec la justice
chérifienne. En Algérie. aussi. C'est ainsi, arguant de
sa "nationalité britannique", que M. A..l'un des secrétaires
généraux du Parti Communiste Algérien échappera
à la mobilisation en 1943 !
Dans une zaouïa, près de Cardiff, on dresse des émules
de Lawrence qui, sous couvert d'un long pèlerinage à travers
toutes de la villes saintes de l'Afrique du Nord, font uvre de propagandistes
contre la. présence française. .
Dans les zaouïas, ils rappellent les "
massacres " de Sétif, le soutien de la France
à Israël, l'ennemi abhorré, la répression de
l'émeute d'Oujda en 1948 et révèlent l'existence
d'un comité de libération du Maghreb au Caire, avec des
chefs illustres, tunisiens, marocains et algériens. Ainsi circulent,
commentées comme on l'imagine, les informations suscitant l'espoir
des uns, la crainte des autres. Personne ne saurait mettre en doute les
propos de ces saints pèlerins, que les autorités se feraient
scrupule d'inquiéter.
Depuis quelques années, flotte sur l'Algérie une odeur de
pétrole, de ce pétrole dont les agissements américains
au Moyen-Orient risquent de priver la Grande-Bretagne. Avant la guerre
de 39 un personnage curieux, authentique géologue, un peu aventurier,
Kilian, avait subodoré sur l'Algérie les champs pétrolifères
du Sahara. Après bien des traverses, il avait réussi au
lendemain de la guerre à intéresser le Canada à des
recherches plus poussées. Robert Schuman. Ministre des Affaires
étrangères, s'était opposé à la constitution
d'une compagnie franco-canadienne où le Canada apportait une avance
de, 40 millions de dollars et la remise de 55 milliards de dettes contractées
par la France à son égard pendant la Seconde Guerre mondiale.
Importun, Kilian est éloigné du Sahara. On le retrouvera,
le 24 avril 1950, pendu à l'espagnolette d'une chambre de la pension
"Thérèse" à Grenoble. De recherches pétrolières
au Sahara, il ne sera plus question pendant longtemps.
A l'instigation des Anglo-saxons, l'ONU proclame l'unité territoriale
de la Libye: les espoirs français de conserver le Fezzan, occupé
depuis 1942, s'évanouissent.
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Derniers venus sur l'échiquier du monde arabe, les Américains
mettent les bouchées doubles. Leur politique, va se montrer d'une
remarquable continuité pour obtenir le départ de la France
d'Afrique du Nord. Les prêches hypocrites du capitalisme américain
sur le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, son anticolonialisme
viscéral vertueusement affiché recouvrent en réalité
des appétits stratégiques et économiques assez peu
scrupuleux sur le choix des moyens.
En janvier 1943, à Casablanca, Roosevelt promet à Mohammed
V d'appuyer ses revendications et de soutenir " un gouvernement nouveau
qui secouerait les privilèges des grandes compagnies françaises
". A l'escale d'Alger, à son retour de Yalta le 18 février
1945, Roosevelt reçoit Fehrat Abbas. Il assure l'auteur du Manifeste
du Peuple algérien de son appui pour obtenir l'indépendance.
La mort de Roosevelt, le 12 avril 1945, jette la consternation dans le
monde arabe, de Damas à Rabat.
L'OSS, c'est-à-dire les services secrets américains
qui confondent volontiers renseignement et action psychologique, déploie
une action débordante. En même temps que le sucre et la farine,
les missions américaines d'assistance distribuent des encouragements
aux nationalistes algériens et leur affIrment qu'une sédition
ne laisserait pas le peuple américain indifférent.
Une conférence s'ouvre le 25 avril 1945 à San Francisco
pour établir une charte de l'ONU, où 40 nations proclameront
le droit des peuples à l'autodétermination. L'OSS conseille
aux nationalistes algériens de manifester par un coup d'éclat
la volonté d'indépendance du peuple algérien.
Le 7 mai, les Américains distribuent à la population un
million d'exemplaires en langue arabe de la charte des Nations Unies.
Le 8 mai, le jour même de la fin des combats en Europe,
c'est l'affaire de Sétif : le
problème algérien est lancé sur l'orbite des problèmes
internationaux.
Pendant les années cruciales de l'après-guerre où
la souveraineté française en Afrique du Nord se trouvera
remise en cause, la politique étrangère américaine
sera le plus souvent dirigée par des hommes étroitement
liés aux grands intérêts pétroliers: M. Acheson,
directeur de la compagnie américaine qui évincera d'Iran
l'Anglo-Iranian Company.. M. Dulles, du groupe Rockefeller, c'est-à-dire
l'Aramco .. M. Hoover, Président de la StandardOil ofCalifornia.
La France, dès qu'elle se trouvait en travers des intérêts
représentés par ces hommes, n'avait aucune indulgence à
en espérer. .
Après l'affaire de Sétif, le général
de Gaulle exigera la fermeture des bases américaines en Algérie
et le départ des missions perturbatrices. Les Américains
s'accrocheront; le centre culturel américain d'Alger devient le
lieu privilégié où les étudiants musulmans
s'abreuvent aux sources "du droit des peuples à l'indépendance".
Des missions humanitaires composées d'évangélistes
au-dessus de tout soupçon sillonnent le bled.
La Confédération Internationale des Syndicats Libres, qui
siège à Bruxelles, fIliale de l'AFL, la puissante fédération
américaine du travail, offre aux leaders nationalistes algériens
de les aider à créer un syndicat purement algérien.
Messali Hadj refuse: il n'a pas à se plaindre de la CGT française.
La porte s'ouvre à l'assistance à la rébellion; le
CRUA (Comité Révolutionnaire d'Unité et d'Action)
accepte 250000 dollars qui lui sont versés à Genève
ainsi que des fonds offerts par une " association islamique internationale"
animée en sous-main par la CIA.
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Reprenant à son compte le rêve de la Grande Catherine et
de tous les Tsars qui lui ont succédé, Moscou, dès
l'installation des Soviets au pouvoir, se saisit de l'anticolonialisme
pour tendre ses filets dans les pays musulmans. Une université
pour les travailleurs d'Orient se crée à Bakou où
viennent étudier les futurs agitateurs algériens: Messali
Hadj, notamment. En 1925, le communisme français, par l'intermédiaire
de Doriot, apporte son soutien aux Rifains révoltés.
En 1935; .création, à l'instigation du Komintern, du Parti
Communiste Algérien. La victoire du Front Populaire donne au PCA
l'élan nécessaire pour s'implanter en Algérie. En
Oranie en particulier, il bénéficie de l'aide de nombreux
réfugiés espagnols. Brimés par Vichy, les communistes
se réinsèrent en force dans la vie politique algérienne
en 1943, et d'autant plus aisément que beaucoup de leurs adversaires
ont été neutralisés pour pétainisme, ou se
trouvent mobilisés sur les différents fronts. Dans chaque
ville de quelque importance.. s'ouvrent les " maisons des amis de
l'URSS " qui diffusent une propagande particulièrement pernicieuse.
Des Algériens, européens comme musulmans, sont invités
à se rendre en URSS pour y constater les " libertés
" dont jouissent les Musulmans.
Les consulats soviétiques en AFN, et en particulier celui d'Alger
dirigé par M. Bogomolov, sont à l'uvre depuis 1943
et recrutent de nombreux agents. La communauté des réfugiés
russes est l'objet de pressions. A partir de 1950, le commissariat soviétique
aux Affaires étrangères compte une section " Afrique
du Nord Française " qui se spécialise dans le recrutement
de futurs agents, qu'on forme à Moscou et à Tachkent.
En 1954, lorsqu'éclate la rébellion, le PCA compte
6 000 activistes dont les sympathies initiales vont au FLN. Les graines
semées par Moscou porteront naturellement leurs fruits: la rébellion
algérienne, dans ses débuts, bénéficie de
l'expérience du PCA en matière d'agitation subversive
et naturellement de la sympathie de Moscou.
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Le IIIe Reich, indirectement peut-être, n'est pas étranger
à l'état d'esprit qui régnait en Algérie.
Après sa victoire en 1940, il s'est efforcé de ternir l'image
de la France en Afrique. D'abord par l'intermédiaire de ses commissions
d'armistice, dont les agents menaient une action occulte antifrançaise.
Ensuite en mettant sur pied, à Paris, un centre de propagande et
une section musulmane, avec de remarquables spécialistes. Les émissions
de Paris-Mondial, tout comme celles de Radio- Berlin, étaient suivies
avec intérêt dans le monde islamique. Les Allemands, avec
leur esprit de méthode, ne pouvaient oublier non plus les ouvriers
nord-africains de la Région parisienne et les soixante mille prisonniers
de guerre musulmans. Nombreux seront ceux qui rentreront dans leurs villages
soit comme " libérés sanitaires ", soit comme
évadés ou pseudo-évadés, pour devenir des
agents du Reich 2. Les succès de l'Axe favorisaient cette propagande
qui porta bientôt ses fruits. Ainsi, a écrit M. Gazagne,
en Tunisie, " le comportement des nationalistes, pendant l'occupation
allemande, a donné la preuve des sympathies pour l'Allemagne dont
l'influence s'exerça sur le bey, qui, à ce moment, remplaça
par des destouriens les ministres et chefs de service de l'administration
tunisienne à qui leur tiédeur était reprochée
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En Turquie, à l'issue de la Première Guerre mondiale, Mustapha
Kemal Pacha secoue la poussière de l'Islam. Ce général
est auréolé du prestige que lui donnent ses succès
sur les Russes, sur les Anglo-Grecs et sur les Français en Cilicie.
Il se propose et réussit une véritable révolution
politique et sociale. En Algérie, Atatürk devient le héros
d'une partie de la jeunesse.
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L'Egypte s'identifie au panarabisme depuis son accès à
l'indépendance en 1936. La célèbre Université
d'El Azhar, au Caire, devient le haut-lieu des nationalismes arabes. Le
22 mars 1945, à l'initiative de l'Egypte, la Syrie, le Liban, l'Irak,
l'Arabie séoudite, le Yemen et la Jordanie signent un pacte se
fixant pour but l'unité spirituelle du monde islamique et l'aide
à l'émancipation des autres pays musulmans; c'est l'acte
de naissance de la Ligue arabe, qui apporte son soutien immédiat
au nationalisme algérien.
La Ligue se fait l'écho de l'affaire de Sétif, s'invite
elle-même à la conférence de San Francisco où
elle dénonce la politique française en AFN. La radio du
Caire, mise à sa disposition par l'Egypte, témoigne d'une
agressivité violente. Chaque jour, elle invite les peuples maghrébins
à la résistance, elle annonce la Guerre sainte. L'impact
de cette propagande bénéficie de la misère qui sévit
en Algérie et au Maroc. Préoccupée de panser ses
propres plaies, la France, au vrai, a un peu abandonné les pays
d'outre-mer. L'Algérie ne retrouvera qu'en 1954 son niveau de vie
de 1939.
En février 1947, sous le contrôle de l'Egypte, l'Arabie Séoudite
(c'est-à-dire les pétroliers américains) fournissant
l'argent, c'est la création d'un Bureau du Maghreb pour coordonner
les luttes politiques des partis indépendantistes en Afrique du
Nord française et pour entamer des démarches auprès
des gouvernements étrangers en faveur des pays asservis par la
France. Reconnaissons que ces menées hostiles à la France
ne semblent pas soulever beaucoup l'inquiétude du gouvernement
français. En 1949, un accord "culturel" passé
avec le Caire permet aux fIlms égyptiens de passer dans les salles
de cinéma d'Algérie. On ouvre ainsi la porte à un
moyen de propagande d'autant plus efficace qu'il s'adresse à un
peuple au jugement encore sommaire.
Le Bureau du Maghreb s'étoffe; y entre Abd-el-Krim, l'ancien Rogui
de la Guerre du Rif. Il devient le Comité de libération
du Maghreb. surtout animé par Bourguiba, que rejoignent les leaders
de l'Organisation Spéciale du MTLD : Khidder, Aït Ahmed,
Boudiaf et enfin Ben Bella. C'est en Egypte que se forment les commandos
terroristes des futurs rebelles et que sont mises au point les méthodes
d'intimidation des populations. Là, surtout, se nouent les liens
" diplomatiques" visant à mettre la France en échec.
Le Caire devient le PC de la rébellion en marche.
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La mise en accusation de la France
tombera donc dans des milieux déjà bien préparés
à prêter une oreille accueillante aux revendications du
FLN. Lorsqu'il déclenchera la Toussaint rouge, celui-ci sait
déjà où se situent les sympathies. Il en jouera
admirablement, face, il faut bien le reconnaître, à une
diplomatie française mal préparée à l'action
révolutionnaire et pour le moins apathique.
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Sources principales : Témoignage
du Général Jacquin "Algérie française"
Philippe Heduy Editions SPL
"Ce que je n'ai pas dit" Général Edmond Jouhaud,
éditons Fayard
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