LES INSTRUMENTISTES

 

Un collectif d'avocats s'était constitué pour défendre les membres du F.L.N. S'il est normal et souhaitable que tout individu reçoive une défense, il est discutable que les défenseurs utilisent des procédés, qui par le mensonge et la falsification de la vérité, rendent innocents, des coupables avérés.
Il fut trop souvent invoqué, "les circonstances particulières" ou la fin justifiant les moyens ; "la lutte inégale" qui autorisait le recours à l'altération des faits ; "La cause juste" qui absolvait les manœuvres dilatoires et les arguties fallacieuses ; "Le respect de la personne humaine" qui transformait le bourreau en agneau, voire en victime. "La vérité" qui prônait la calomnie, le mensonge et la mystification.

 

" Je viens de mettre sur pied le collectif d'avocats et déjà il est prêt à fonctionner. A ce sujet, je te prie de transmettre aux frères arrêtés en même temps que toi de faire appel à Maitre Vergès, 61, rue du Cherche-Midi, Paris-6e. Seulement vous devez lui écrire afin qu'il puisse vous voir et se charger de la défense, il vous indiquera les avocats qui se chargeront de prendre toutes les affaires en main. Les Finances, je m'en occupe."

Lettre manuscrite deYacef Saadi, en septembre 1957, à Haffaf Areski, dit " Houd ", chef de la branche " liaisons et renseignements " de la zone autonome d'Alger et détenu à la prison d'Alger

 

Consignes données par le FLN

"Le patriote algérien devra, en toutes circonstances, quand il sera présenté au juge d'instruction, dire qu'il a été battu et torturé. Il devra mentionner qu'on a fait passer du courant électrique dans son corps. Pour cela, il observera avec attention le bureau où on l'interrogera pour indiquer au juge les endroits où se trouvent les prises ; il dira qu'on a pris le courant en branchant le fil à la place de l'ampoule ; dire qu'il a été brûlé avec des cigarettes et battu avec un nerf de bœuf, sans donner trop de détails qui risqueraient de le faire se couper, il devra inlassablement répéter la même chose .."." Pour donner de l'importance à son récit, le patriote Algérien arrêté ne devra pas hésiter à se brûler lui-même quand il sera seul et à se donner des coups contre un mur, une table ou un bat-flanc, de façon à montrer au juge les traces". (tract du F.L.N trouvé en septembre 1959 dans les Bouches-du-Rhône)

Ces prescriptions seront suivies à la lettre, par les combattants bien sur, mais aussi par la presse qui s'engouffrera dans cette entreprise de dénigrement et d'accusation de l'armée. De même, les avocats et magistrats en abuseront pour atténuer la sévérité des jugements de leurs "innocents" clients.

 

Liste partielle des avocats "sympathisants"

Beauvillard Michèle
Ben Abdallah Abdessamad
Braun Pierre
Courrégé Maurice
Dumas Roland
Halimi Gisèle
Nahori Claudine
Oussedik Mourad
Radziewzky Marie Claude
Rein Nicole
Verges Jacques
Zavrian Michel

 

Exemple de flagrant délit de mensonge

Maitre Jacques Verges, défenseur de D. Bouhired, dans ses oeuvres.

- Erreur volontaire de date sur l'arrestation de D. Bouhired

- Affirmation que la bombe de la Cafétéria (le 20 septembre 1956) était la première du genre... alors qu'elle était en réalité, la 16e

- Il est admis qu'il y eut trois victimes, alors que le triste bilan fut de six, plus quatre-vingt-dix blessés dont de nombreux amputés

- Une plaquette rédigée par jacques Verges et Georges Arnaud (1), "Pour Djamila Bouhired", est publiée en novembre 1957 par les Editions de Minuit (Jérome Lindon) Les auteurs voulaient faire croire aux lecteurs non avertis, que la justice française avait condamné à mort une innocente, Djamila Bouhired, et une démente, Djamila Bouazza.

Le contenu de cette publication peut étonner quand on lit: " L'objet de ces pages n'est en aucun cas politique et seules y sont prises à partie les formes de l'imposture qui représentent un élément déterminant dans le scandale proprement judiciaire qu'on a entrepris de dénoncer. Il s'agit, j'y insiste, d'une affaire de justice. Je veux dire d'injustice, je veux dire : une iniquité. " (page 24).

- L'avocat n'hésite pas à affirmer que ses aveux participent au " cauchemar qui a coûté la vie à Raymonde Peschard " c'est-à-dire qu'ils ont été extorqués par des tortures. (2)

 

Portrait de Maitre Jacques Verges par Georges Arnaud

"Je dois confesser que pour moi, je ne sus longtemps voir de lui que la férocité servie par une intelligence hors de pair, une allègre propension à frapper l'ennemi à terre encore plus fort que lorsqu'il tenait sur ses jambes; un persévérant enthousiasme à décrocher de leurs ciels de gloire, au gré des commodités de sa cause, les plus belles figures, et les plus incontestées, de notre patrimoine héroïco-folklorique; un bel acharnement à piétiner l'adverse vieillard, juste en plein sur ses blessures de guerre; une vaste prodigalité dans l'outrage, déversé à pleins seaux sur les parties nobles des mamans à tête blanche et veuves illustres révérées par le camp ennemi; le tout, il n'est que juste de le préciser, exclusivement commandé par les intérêts, grands ou petits, de sa cliente..." "...je compris que dès le premier jour de sa défense il avait voué à celle que déjà on voulait tuer une affection fraternelle, de plus en plus exaspérée, désespérée."

Un psychologue pourrait, sans aucun doute, tirer une traduction intéressante des images choisies par le romancier, pour décrire le défenseur des fabricants de veuves et d'orphelins.

 

Profession de foi de Maitre Roland Dumas

" C'est dans cette période, que j'ai cessé d'être un défenseur classique. Cela m'a ouvert les yeux sur la nature de la défense politique. On ne peut être avocat dans un procès politique sans s'y engager avec ses tripes. Au début, j'ai obéi à une impulsion de sympathie, et à un élan d'humanité. Et puis j'ai pris parti jusqu'à me ranger dans le camp des victimes. " (Il s'agit, bien entendu, des victimes innocentes, accusées simplement de meurtres divers qu'il fallait faire innocenter à n'importe quel prix).

 

12 mai 1958. Au départ du Kairouan, Me Popie, avocat libéral, défenseur du FLN, est prié de redescendre à terre, mais il réussi a faire passer une " valise " contenant plusieurs millions de francs destinés au FLN.

 

(1) Auteur du roman "Le salaire de la peur"

(2) Nous savons que R Peschard n'est jamais tombée aux mains des parachutistes