Les expropriations

 

Une bonne partie de cette désinformation par la culpabilisation consiste à dire que les terres ont été volées et redistribuées uniquement aux colons européens. Il apparaît que, en réalité, les choses ne furent pas aussi simples. Il y eut des abus et des spoliations réelles, elles ne concernent qu'une petite partie des terres cultivées. Il eut aussi des terres achetées. De plus les grandes injustices furent commises par des sociétés, principalement, Françaises et Suisses au service des grands intérêts capitalistes. Il faut noter que ces répartitions se firent également, au détriment du colon, souvent inexpérimenté, qui reçu des terrains arides et insalubres.

 

Etat des lieux

Les 50 ou 60 millions d'hectares du sol algérien, suivant la largeur de la partie désertique que l'on veut y comprendre, sont d'une valeur culturale beaucoup plus inégale que ce n'est le cas des territoires de l'Europe Occidentale. La division empirique de l'Algérie, en région du Tell, région des hauts plateaux et zone saharienne, est bien connue: la dernière comprend la plus grande partie des 50 à 60 millions d'hectares qu'on attribue, suivant les calculs divers, à l'Algérie. La longue, mais étroite bande de terre, dite le Tell, qui s'étend sur tous les rivages de l'Algérie entre la mer et l'Atlas, offre presque seule, dans le pays, des conditions tout à fait propices à la culture; on en évalue la superficie à une douzaine de millions d'hectares. Les hauts plateaux qui la dominent à une hauteur de mille ou quinze cents mètres en général peuvent couvrir une superficie approximativement égale où l'on trouve aussi des parties offrant des ressources à la culture. Vingt à vingt-cinq millions d'hectares, l'étendue d'une quarantaine au plus de départements français, une moitié de bonne qualité, l'autre moitié de qualité médiocre, voilà les surfaces sérieusement utilisables que l'Algérie offre au cultivateur ou au pasteur de bestiaux. Les 25 ou 30 autres millions d'hectares ne peuvent comporter des cultures ou des pâturages que sur des points exceptionnels


La terre en 1830

En 1830, de rares cultures permettaient de subvenir, lorsque la récolte était bonne, tout juste aux besoins d'une population bien moins important que de nos jours (environ 1,5 million d'habitants). Avec des moyens rudimentaires, on obtenait malgré tout du blé dur et de l'orge. Pour le voyageur de 1830 qui se serait contenté de se promener dans les environs d'Alger, le tableau eût été enchanteur. Dans ce pays de soleil où le principal travail est de trouver et de répartir l'eau, les musulmans, depuis le Moyen Age, l'ont appris et leurs jardins sont exquis. Orangeries, palmiers dans les oasis étaient entretenus avec soin. Mais ces vergers étaient localisés autour des villes, en particulier à Nedroma, Tlemcen (l'ancienne Pomaria), Alger, Blida. Mais dès que l'on quitte ces régions, le sol est très irrégulièrement et incomplètement cultivé. "Les champs sont tels que les a laissés la dernière charrue romaine". (Chateaubriand) Pourtant, la force de la végétation frappe, même si elle n'est pas le fruit du travail de l'homme. "Là où la terre est inculte, de fortes broussailles où l'on distingue myrtes, grenadiers, orangers, bien plus beaux que ceux qui étaient cultivés avec tant de soins dans les jardins d'Europe".

Les surfaces cultivables sont réduites : les petites plaines côtières et les flancs de côteaux. Puis, tout de suite, se dresse de l'est à l'ouest la haute barrière de l'Atlas tellien et, derrière cette chaîne qui arrête toute la pluie venue de la mer c'est, sinon le désert, du moins les Hauts-plateaux à la végétation de type steppique utilisable uniquement pour l'élevage ou le ramassage de l'alfa. Les instruments aratoires sont antiques et les charrues de bois égratignent seulement le sol. La culture préférée des autochtones est celle des arbres fruitiers, en particulier de l'olivier dont les racines vont chercher, loin dans le sol, l'humidité nécessaire pour ne pas dépérir Les oliviers qui poussent naturellement ne sont pas greffés et leur huile, mal préparée, n'est pas de grande qualité. Les cultures tropicales sur lesquelles on va fonder de grands espoirs ne peuvent y réussir; ni la canne à sucre, ni le coton, ni le café n'y ont leur place et, finalement, seule prospérera la vigne.

Jusqu'au débarquement français de 1830, les deux grandes ressources agricoles sont les céréales que la faible densité de la population permet en partie d'exporter et l'élevage: mouton et cheval. L'élevage pratiqué sur des terres non préparées et peu propices à cette activité, contribuait à augmenter les zones désertiques. La population presque uniquement nomade (5 ou 6 % seulement dans les villes) s'accommode parfaitement de cette économie de subsistance. L'industrie n'existe pas mais l'artisanat, actif, produit tapis, armes damasquinées, objets de cuivre. Tout cela est traditionnel et n'a pas évolué depuis le Moyen Age. L'Algérie n'est ni un désert ni un paradis terrestre. La qualité du sol est trés moyenne

Surtout la nature est hostile : les fauves, évoqués quarante ans plus tard dans Tartarin de Tarascon, ne sont pas que le fruit de l'imagination de Daudet. Il y a aussi des hyènes, des chacals, des " klebs" c'est-à-dire des chiens arabes (probablement croisés avec des chacals). Le climat est malsain, malaria et choléra font des ravages. : "Les seules colonies prospères d'Algérie y sont les cimetières" dira un général.

 

On a prétendu que, dans la région d’Orléansville, l’armée française avait détruit les plantations d’orangers existantes pour pouvoir attaquer la ville. Or :

1° - il n’y avait aucun village, rien que des ruines : El Asnam en arabe = les statues ou les ruines. Comment et surtout pourquoi attaquer des pans de murs romains inhabités ?

2° - La description de la région en 1 843 par le Maréchal de SAINT ARNAUD est résumée dans sa phrase « Orléansville, un désert dans le grand désert ». Il décrit à son frère, au fur et à mesure les créations dans la région : routes, ponts, centres de colonisation (villages), hôpitaux, port de Ténès, etc. etc. Il serait malhonnête et stupide de nier ces faits car le Maréchal appuyait ses demandes d’aides et de subventions sur ces descriptions.

Aurait-il construit ce qui existait déjà ? L’administration lui aurait-elle accordé ces crédits s’il y avait déjà des infrastructures qui suffisaient ? N’y avait-il pas de témoins ?

A qui le fera-t-on croire. ? De plus, des documents iconographiques de nombreux peintres ‘’orientalistes'' d’abord, puis de photographes de toutes nationalités et de toutes opinions et de toutes nationalités prouvent de façon irréfutable l’état du pays au moment de la conquête .

Il est alors facile de comparer ‘’avant – après’’.

J.T

 

En 1830 l'administration française se trouve placée face à une situation foncière, qui devait sa complexité à l'arbitraire des Turcs et à la semi-anarchie qui régnait dans le pays. L'État turc était propriétaire d'un domaine privé important, constitué par la confiscation de leurs biens à de riches cultivateurs ou à des tribus révoltées: c'était le beylik. Le dey, propriétaire de ce beylik, concédait parfois provisoirement la jouissance des terres à des tribus dites maghzen, qui, en contrepartie, pouvaient être requises pour porter les armes. Les fondations pieuses disposaient de biens habous, dont les revenus étaient généralement affectés à l'entretien des mosquées. Les propriétés privées, dites melk, analogues à celles qui se trouvaient issues du droit romain étaient, pour la plupart, restées au stade familial, donc " indivises ". Quant aux terres sur lesquelles nomadisaient les tribus, terres mortes, elles étaient dénommées ârch. Le sol était donc partagé entre domaine du beylik, biens habous, propriétés privées melk et terres mortes ârch. Les gouvernements français successifs décidèrent d'incorporer les propriétés du beylik, les biens habous ainsi que les terres maghzen au Domaine français. Ce dernier fut, par ailleurs, agrandi par différents séquestres, mesures prises à titre de sanction à l'égard des tribus révoltées.
En Algérie, les fondements du droit, quant à la légitimité de la possession de la terre, différaient totalement des nôtres. Le Code musulman de Khalil précise, en effet, en son article 1204: " La terre morte est acquise au premier occupant par sa mise en valeur." Et l'article 1205 stipule : "Néanmoins, si les traces de la première occupation sont effacées depuis longtemps, elle est acquise à celui qui la fait vivre."Ainsi, l'attribution à des colons de sols incultes devenait-elle régulière. Quant à l'article 1212, il précise : " L'État peut réserver dans une juste mesure, pour un service public, telle partie des terrains vagues dont il aura besoin, comme pour le pacage des troupeaux pris sur l'ennemi. La réunion au Domaine français des biens du beylik, tout comme des terres maghzen, fut considérée à l'époque par les indigènes comme normale. D'autant plus que ces mesures étaient prises par le vainqueur, dont les armes n'avaient pu être victorieuses qu'avec la bénédiction d'Allah. L'attribution à des colons de terres incultes correspondait aussi à la réglementation coranique et ne pouvait être contestée.

En revanche, le séquestre constitua souvent une grave mesure de spoliation. En particulier, en Kabylie, après la révolte de Mokrani, en 1871, la superficie séquestrée a été évaluée à 574 000 hectares, dont 123 000 seulement furent restitués par la suite.

Sources principales :
"Les Pieds-Noirs" Daniel Leconte, éditions du Seuil.
"Histoire de la France en Algérie" Pierre Laffont, éditions Plon.

Pour en savoir plus :

Origine et constitution de la propriété arabe en Algérie avant 1830

Statistiques

Qui s'est emparé des terres agricoles?