Le parcours de l'actualité
nous offre matière à réflexion.
Un million d'euros de dédommagement pour les familles des malheureuses
victimes de l'attentat contre un avion français d'UTA le 19 septembre
1989. (près de dix fois moins tout de même que pour celles
anglo-saxonnes pour l'attentat de Lockerbie.)
Même si l'on peut s'indigner d'une différence de traitement
évidente pour des faits analogues, il apparaît que la négociation
avec un état terroriste et le rétablissement des relations
diplomatiques comme solde de tout compte, relève d'un cynisme effarant.
Le pétrole libyen n'aurait-il plus d'odeur ?
http://juliette.nfrance.com/~ju11778/archives/annee2003/janvier/semaine4/mercredi.html
Un autre aspect de cette affaire
mérite aussi que l'on s'y attarde. Puisque l'on admet que les personnes
et leurs ayants-droits touchées par les agissements barbares des
séides d'un état souverain doivent recevoir une substantielle
réparation, il est curieux de constater que nous, Français
d'Algérie, ne sommes pas logés à la même enseigne.
Nos morts et nos estropiés qui ont subi les exactions aveugles
avant et après l'indépendance, ne sont même pas bénéficiaires
de la reconnaissance ni même de la compassion de la nation à
défaut de s'être vu octroyer une indemnisation proportionnée.
La disparition de la petite Estelle qui touche une société
dans ce qu'elle a de plus sacré c'est à dire ses enfants
et qui rend plus ignoble encore - puisqu'il touche les êtres les
plus vulnérables et les plus innocents d'entre tous - un acte qualifié
de fait-divers est symptomatique.
En effet, tous les drames de notre époque sont encadrés
par d'innombrables cellules psychologiques pour la proche famille et les
camarades de classe, les compagnons de jeu, etc.
Aux infortunés ruinés par le feu ou les eaux, aux innombrables
accidentés il est apporté le réconfort et l'apaisement
quand il est possible.
C'est un signe des temps que de voir, par de louables intentions, vitales
quelquefois, prendre en charge le chagrin et l'incompréhension.
Ceci me rassure quant à une volonté de solidarité
qui bien que déléguée à des professionnels
de la santé, demeure une nécessité des plus absolues.
Je me souviens alors de ma prime enfance rythmée par les attentats,
les explosions, les menaces et l'angoisse et je recherche en vain quels
furent les soutiens qui me furent accordés. Tout ce qu'un enfant
peut recueillir comme signaux affectifs sans même pouvoir leur donner
un nom ou une motivation, qui est venu pour me les déchiffrer ?
Ces taches de sang entrevues parfois, ces gens à terre, ces flammes,
ces cris de terreur et ces bruits de fureur n'eurent-ils pas sur ma vie
de fâcheuses répercussions ?
Si un volontaire expert des maux de l'esprit voulait rétrospectivement
stabiliser mon inconscient tourmenté il serait le bienvenu. Je
suis persuadé qu'il y trouverait matière. Mais je sais bien
que mon cas est soumis à prescription et mes tourments enfouis
quelque part dans le tréfonds mon âme ne sont pas perçus
comme des urgences prioritaires. Comme ceux de ma communauté j'ai
poursuivi ma route seul avec les conséquences que cela entraîne.
Pourtant, parmi tous les miens, c'est à dire dans tout mon peuple
exilé, combien de plaies toujours béantes et de corps meurtris
et combien de chagrins extrêmes encore sont en souffrances.
Mais, chut !! Des traumatismes nous n'en avons pas puisque nous n'en parlons
pas. Nous n'avons, à entendre certains, que des rancoeurs injustifiées
et le regret d'illusoires privilèges perdus.
Notre psychodrame est mort avant
même d'exister.
Et puis notre inconscient ne doit pas être agité
Un peu comme une eau sale il pourrait révéler les ordures
du passé qui dormaient tout au fond.
Il n'est pas souhaitable de troubler
la conscience d'un peuple anesthésié.
A.M
|