8 Mai 1945 Les émeutes de SETIF

 

Le parti du peuple Algérien (PPA) organisa le 8 mai 1945 (1) une manifestation concernant l'ordonnance du 7 mars 1944 (2) qu'il jugeait insuffisante. Dix mille musulmans défilent. Quelques uns déploient drapeaux nationalistes et pancartes hostiles. Des policiers tentent de s'en emparer. Les forces de polices sont vite débordées. (60 policiers face à Dix mille manifestants.) Un policier tire faisant une victime chez les manifestants. Un cri s'élève "El Djihad". La foule en refluant se rue sur les européens. Dans la ruée, des gens sont piétinés. C'est la chasse au Roumi . Lynchages, viols, mutilations, égorgements, folie meurtrière. On relévera plus de trente morts à Sétif. Du 9 au 12 mai, Périgotville, El-Ouricia, Kherata, La Fayette, Chevreul, Guelma, les exactions s'étendent. Gardes forestiers civils, gendarmes sont tués. Des fermes sont assiégées, incendiées, pillées. C'est l'extermination sans pitié de tout européen sur le passage. 103 (140 ?) Européens tués. Plus nombreux encore sont les blessés et victimes de viols. Les milices Européennes sont crées et leur vengeance sera à la mesure de la terreur subie. L'armée se lancera dans des mesures de répression aveugle qui occasionneront un bon nombre de victimes, certaines fois innocentes.

C'est justement le nombre de victimes qui pose problème.

Chataigneau (Gouverneur général) : 1165
Adrien Tixier (Ministre de l'intérieur) :1500
Charles Robert Argeron : 2000
Robert Aron (philosophe) : 6000
Jean Lacouture :10 000
Benjamin Stora (historien) : 15 000
Prenant : 20 000 à 25 000
Radio le Caire (après les faits) : 55 000
Ben Bella : 65 000
"EL Moudjahid (quotidien algérien) : 85 000
Les intellectuels de gauche et sympathisants du FLN, répètent à l'envi, le chiffre de
45 000 morts.

Un chiffre entre quatre mille et six mille morts, ce qui est déjà considérable, semblerait correspondre à la réalité. L'inflation du nombre des victimes a pour but essentiel de discréditer l'armée et donc la France, en oubliant les responsables politiques.
La récupération politique des victimes, dans le cadre Algérien, constitue une habitude. La vérité n'est pas suffisamment tragique. Il faut donc en exagérer le trait coûte que coûte. Les faussaires, parfois démasqués continuent imperturbablement à répéter mensonges et contre vérités dans toutes les émissions ou ils se produisent en qualité d'invités d'honneur. C'est un signe des temps.

Responsabilités

Dans ses Mémoires de guerre, Ch De Gaulle chef du gouvernement à l'époque des faits, écrit : " En Algérie, un commencement d'insurrection survenu dans le Constantinois et synchronisé avec les émeutes syriennes du mois de mai a été étouffé par le gouverneur général Chataigneau." Fermez le ban !

Il s'agirait donc implicitement, d'une initiative personnelle, du Gouverneur général en Algérie, qui tout le monde le sait, était chef des armées et pouvait se prévaloir de tout pouvoir, sans l'aval de son chef. Quand on connait la personnalité de Ch De Gaulle, on peut légitimement rester sceptique devant cette assertion.

Chataigneau aurait en réalité, reçu des consignes de fermeté de la part du chef du gouvernement : " affirmer publiquement volonté France victorieuse. Ne laisser porter aucune atteinte à souveraineté française sur Algérie. Prendre toutes mesures nécessaires pour réprimer les agissements antifrançais d'une minorité agitateurs. " (3)

Extraits des rapports et messages de gendarmerie

- 8 mai Périgotville : un millier de manifestants attaquent le bordj et volent les armes. Administrateur et son adjoint assassinés. Téléphone coupé. Aïn Abessa : village cerné par mille Arabes, gendarmerie attaquée. La population s'y est réfugiée.
- 9 mai Guelma : assassinats de colons. Téléphone et voie ferrée coupés.
Sétif: fermes pillées. Chevreul : village isolé et en flammes, caserne attaquée par plus de mille personnes. 1er étage aux mains des assaillants. Aïn Abessa : caserne incendiée. Sidi Mesrich : nombreux colons tués.

-10 mai Chevreul : village entièrement occupé par insurgés: deux femmes (48 et 84 ans) violées par une centaine d'assaillants pendant deux jours. Djidjelli: gardes forestiers et leurs familles assassinés. Périgotville : aumônier éventré. Sétif : 16 victimes.
-11 mai Tuber: maison forestière incendiée. Tementout : Sénégalais et gendarmes se replient. El Arrouch : attaque par 1 500 manifestants armés
.

 

Ci contre : Le Président de la section du parti communiste qui eut les deux bras coupés à la hache. Les émeutes de Sétif sont présentées habituellement, comme une immense "ratonnade", visant à exterminer de paisibles manifestants sans mauvaises intentions. La photo ci contre, et les rapports de gendarmerie ci-dessus, prouvent que ces soulèvements, étaient en réalité, de véritables attaques destinées à éliminer les Européens. On cache toujours la sauvagerie des crimes contre les civils Européens en exposant celle de la répression qui nous le répétons, était démesurée.

Il faut toutefois moduler l'implication de la masse musulmane dans cette insurrection. On estime à 50 000 les participants dans une région qui comptait près de 1 million d'habitants. En outre des témoignages attestent de sauvetages d'Européens, par des musulmans.

Il est tout de même troublant de constater que la Syrie, sous mandat Français à l'époque, connut le même jour des troubles analogues.
Dans la région de Sétif, quelques semaines avant le drame, des émissaires musulmans portaient le message du Jihad aux ouvriers et travailleurs agricoles. Il était souvent question des "Anglais" qui appuieraient le soulèvement. Il est fort probable que les services secrets Britaniques et Américains, entre autres, auraient vu d'un bon oeil l'expulsion des Français de terres, dont l'Angleterre lorgnait les ressources diverses.

Il est curieux de constater que, le 8 mai 1945, sur les murs de la pharmacie appartenant au leader nationaliste algérien, on pouvait lire l'inscription .. Heil Abbas! ".
De même, il est à noter que le gouverneur Chataigneau publiera un communiqué, le 10 mai 1945, dénonçant:
"les fauteurs de troubles d'inspiration et de méthodes hitlériennes" Claude'Paillat "Le Guêpier", éd Robert Laffont).

Quant au journal " L'Humanité ", il incriminait des " provocateurs hitlériens ".

Pour en savoir plus :

Sétif : Témoignage

Document du Consulat de Suisse à Alger

Autres analyses

Sétif mai 1945. Des chiffres

On n'arrête pas le progrès !


" Supposer que les Français d'Algérie puissent maintenant oublier les massacres de Philippeville et d'ailleurs, c'est ne rien connaître au cœur humain. Supposer, inversement, que la répression une fois déclenchée puisse susciter dans les masses arabes la confiance et l'estime envers la France est un autre genre de folie. Nous voilà dressé les uns contre les autres, voués à nous faire le plus de mal possible, inexpiablement. Cette idée m'est insupportable... " Albert Camus (4)


1/ Des émeutes avaient eu lieu le 1er Mai : 1 mort à Bône, 1 mort à Oran, 2 morts et 13 blessés à Alger
2/ Nombre des musulmans admis au premier collège multiplié par trois
3/ Jacques de Launay "De Gaulle et sa France, p. 156"
4/ "Lettre à un militant Algérien" La Pléiade