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Alger le .........
Monsieur ou Madame "X"
à
Monsieur le procureur
de la République
Monsieur le Procureur
de la République.
Je tiens Monsieur le Procureur
de la République, à attirer votre attention sur les faits
suivants.
Dans la nuit de ........à
.........(indiquer l'heure avec précision), je fus réveillée
par des coups répétés et violents ; c'étaient
les soldats (préciser "paras" ou "zouaves")
qui venaient effectuer une perquisition recherchaient mon frère
ou fils qui, malade, se trouve actuellement en France.
Nous laissâmes les parachutistes
remplir leur devoir. Après leur départ, je montai pour mettre
de l'ordre dans la chambre de mon frère. Une douloureuse surprise
m'attendait. Seuls les meubles restaient dans la chambre. Les soldats
avaient emporté linge, bibelots,tout ce qui pouvait être
emportable.
Poussant très loin leur cynisme, les soldats revinrent le lendemain
emporter ce qui restait. Braqués, nous fumes impuissants à
les empêcher à accomplir leur vol..
Monsieur le Procureur de la
République je dépose auprès de vous une plainte pour
violation de domicile et pour vol commis par des éléments
de l'armée.
J'espère Monsieur le Procureur
de la République que je recevrai ( ???) pour une réponse
favorable à ma requête et je vous prie de bien vouloir recevoir
l'assurance de mes sentiments très distingués
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Déclarations de Zorah Drif écrites
librement (voir ci dessus)
" Au début du mois de septembre 1956,
j'arrivai à Alger sous prétexte de présenter mon
examen. J'ai cherché en fait un contact avec le F.L.N. C'est par
l'intermédiaire de Oussedick Boualem que je trouvais ce contact.
Il me présenta à un certain Ali. Au début, il semblait
méfiant à mon égard vu ma famille et ma réputation
de pro-française dans les milieux étudiants. Il me remit
de l'argent et des noms de personnes à secourir, mais je ne travaillais
pas longtemps avec lui, car il a dû partir au maquis. Avant son
départ il me présenta mon nouveau responsable, Mourad. Plus
tard, j'appris qu'il s'appelait Abdallah. Mon
rôle consistait à remettre des paquets qu'il
me donnait ou que j'allais prendre dans une épicerie à la
Consolation, à deux jeunes filles blondes : Fatha, j'appris par
la suite qu'elle s'appelait Hassiba Bent Bouali,
et Danielle (Mine
NDLR). Je n'ai jamais su si elle était européenne ou musulmane
(européenne plutôt). Je les rencontrais en ville soit à
la grande poste, soit en pleine rue d'Isly, soit à Belcourt. Avec
Oussedick, j'ai tiré des brochures que je transportais à
l'épicerie. Un jour, Mourad me donna rendez-vous aux escaliers
de l'Opéra. Là il me présenta une jeune fille,
Djamila Bouhired. Désormais,
me dit-il, c'est elle qui me remettrait les paquets à transporter
ou autre. Elle me parla d'une organisation féminine parallèle
à l'organisation existante. Je lui démontrais que cela ferait
double emploi inutilement. On n'en reparla plus.
Un jour, je vis en ville Djamila Bouhired se promener avec mon amie Samia
Lakhdari. Je compris, mais n'en dis rien.
Les paquets que je transportais, j'ignorais
qu'ils contenaient, par discipline. Un
jour, Djamila Bouhired, au début d'octobre 1956, m'emmena voir
le responsable qui n'était autre que Yacef Saadi. Il nous dit qu'il
avait besoin de filles pour ses liaisons, ses transports et même
éventuellement pour des déplacements. J'étais installée
à la Cité universitaire de Ben-Aknoun. Pour raison de travail,
sans avertir mes parents, à qui je téléphonais souvent
pour les empêcher d'écrire, je vins m'installer chez Djamila
Bouhired, où je rencontrais Hassiba Bent Bouali qui était
devenue recherchée. C'est là aussi que Samia Lakhdari venait
quelquefois. Au début du mois de novembre je partis chez moi sur
la demande expresse de mon père. J'ai prétendu avoir échoué
à mes examens et j'ai exprimé mon intention de refaire ma
deuxième année de droit. Mes parents acceptèrent
et je revins à Alger. Nous ne faisions pas grand-chose alors et
la grande partie de ce mois-ci je le passais chez Samia et l'aidais à
préparer son mariage. Je restais chez elle jusqu'à son mariage,
aux vacances de Noël. Elle partit en France ensuite. C'est à
mon retour chez Djamila Bouhired que je rencontrais pour la première
fois Ben M'Hidi qui revenait d'une tournée à travers les
maquis. Par la suite, j'allais le voir, soit pour lui porter des messages
du frère, soit des livres, ou tout simplement pour discuter. Avec
Djamila Bouhired, nous faisions la liaison entre le frère et Hamida.
C'est au cours d'une alerte que je fis connaissance de Ghani et Si Mourad
qui étaient hébergés chez l'oncle de Djamila Bouhired.
Nous étions au premier étage, alors qu'ils se trouvaient
au second. A cette période, nous préparions la grève.
On nous avait demandé de créer des équipes de femmes
qui seraient d'ailleurs employées selon leurs capacités.
On nous envoyait contacter des filles avec des mots de passe. J'en ai
contacté deux: Danielle et Hamida, de son prénom Zoulikha.
Un jour, le frère tint une réunion où il y avait
de nombreuses femmes et jeunes filles. Nous les avons organisées
en équipes, elles devaient aller à travers la Casbah rechercher
les familles de salariés, ouvriers payés à la journée
ou à la semaine. Nous devions leur verser une somme afin de leur
permettre matériellement de faire la grève dans de bonnes
conditions. Le travail marcha bien. Pendant la grève, par les terrasses,
nous fîmes une sorte de propagande.
Vint la grève et l'action des parachutistes. Je suis devenue recherchée.
Nous partîmes, Djamila, Hassiba et moi, de notre côté,
jusqu'au jour où le frère nous demanda de venir les rejoindre,
lui, Ali la Pointe et Si Mourad. Halilou et Ghani n'étaient plus
avec eux.
Après, nous nous sommes planqués jusqu'à l'arrestation
de Djamila Bouhired au 14, rue du Nil. Pendant près d'un mois,
nous sommes restés là, coupés de tout contact. Après,
ce fut la recherche des contacts. Le frère rétablit le contact
avec Ramel, qu'il m'envoya voir. J'étais en somme leur agent de
liaison. Le contact avec Houd fut rétabli et Si Mourad fut chargé
de la réorganisation politique. Je me mis au travail et essayais
de rédiger avec le frère des tracts. C'est à ce moment,
et surtout après l'arrestation de Djamila Bouhired, que nous avons
collaboré étroitement. Je sortais encore. J'établis
le contact avec Salim Khiam. Il était responsable de Si Mourad
et de Samed et en relation avec nous. Je faisais la liaison entre Khiam
et le frère. Ces derniers temps, j'ai aidé à la rédaction
des tracts, des directives aux responsables, à la mise au point
d'une brochure. Je m'occupais aussi des doubles des plaintes faites au
procureur de la République par des gens qui ont été
torturés ou volés. Mon rôle a été mal
défini: agent de liaison, rédaction, propagande, déplacements
avec le frère. "
Transcrit par Le gendarme Nogueira O.P.J.A.
signé: Nogueira
L'intéressée : Drif Zohra
signé: Drif
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Extrait de la déposition devant le
juge d'instruction du chimiste " Mohand Akli ", de son vrai
nom Taleb Abderrahmane, fabricant d'explosifs du réseau "
bombes. "
" Je suis revenu le lendemain matin (1) au
laboratoire (2) et j'ai trouvé les bombes toutes prêtes et
chacune dans un sac de plage. Je crois qu'il y avait un sac marron et
deux bleus.
Saadi les confia à Kouache (3) en ma présence. Il y avait
également dans le local trois jeunes filles musulmanes. J'en connais
une : Djamila Bouhired. Je l'avais déjà vue une fois lors
de la réunion de présentation (4). Elle était entrée
porter une lettre à Saadi. Les autres se nommaient Hassiba et
Zohra..(Drif NDLR)
Sur la photo que vous me présentez, je reconnais
formellement la première à droite comme étant Hassiba;
la suivante comme étant Djamila, la
troisième comme étant Zohra. Je
ne connais pas la quatrième.
Chacune des filles prit un sac et Kouache sortit avec elles. Je ne suis
pas resté tout le temps avec ce groupe j'étais au laboratoire
alors que le groupe était dans une pièce du 2e étage
(5). Dans le laboratoire, j'étais avec Bazi. C'est avec lui que
je suis redescendu leur dire au revoir. J'ignorais où les filles
devaient porter leurs bombes. J'ai su le lendemain par les journaux le
lieu des attentats, car j'étais rentré le soir à
mon domicile. Quatre ou cinq jours après, je suis revenu au laboratoire
et Yacef m'a dit : " Que penses-tu du travail ?" d'un air réjoui.
Comme on m'avait dit que les explosif destinés à des objectifs
militaires, je lui ai reproché mais il m'a dit que j'étais
dans le bain et que je devais continuer..."
" ..Il m'a dit que Diamila avait déposé sa bombe
au Milk Bar (6). Hassiba avait déposé la sienne à
la Cafétéria et Zohra au
Maurétania. Yacef me dit également
que Kouache avait oublié de régler le réveil de la
bombe du Maurétania
Mais, par la suite, j'ai posé
la question à Djamila qui m'a confirmé que c'était
elle qui avait posé la bombe du Milk-Bar. Quand les trois filles
sont parties pour mettre leurs bombes
"
"
.Avant que je ne règle les
bombes dans l'épicerie des Tagarins (7), Yacef avait convoqué
toute l'équipe. Les trois filles étaient également
présentes. Il nous a fait savoir qu'il allait recevoir des explosifs
d'origine étrangère. "
"
Les bombes de la Cafétéria
(ce sont les deuxièmes !), l'Otomatic et le Coq Hardi, Bazi m'a
dit que ces bombes ont été faites par Mourad qui les avait
réglées lui-même; elles avaient été
prises par Djamila et Zohra. Bazi m'a dit qu'elles les 1avaient remises
à d'autres musulmanes qui les avaient placées. "
(1) 30 septembre 1956, jour des attentats au Milk-Bar,
à la Cafétéria et au Maurétania.
(2) Dans la demeure de Mustapha Bouhired. oncle de Diamila.
(3) Kouache Rachid, technicien chargé du remplissage et du réglage
des bombes. Tué le 10 octobre 56 lors de l'explosion du laboratoire
de la villa des Roses
(4) Impasse de la Grenade, où il fit la connaissance de Yacef Saadi,
d'Ali la Pointe et de toute l'équipe de fabrication des bombes.
(5) Dans une pièce sur la terrasse de l'immeuble
(6) Les mots en italiques sont les seuls que, par la suite, Taleb ait
démentis devant le juge d'instruction. il s'agissait d'une indiscrétion
de Yacef Saadi...
(7) En novembre 1956 chez Djellali Lamine (arrêté).
D'aprés le livre du
Général Massu "La vraie bataille d'Alger"éditions
"Le cercle du nouveau livre 1971
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