Lundi 26 mars 1962 - Alger
agonise
Nous ne connaissons pas le nom de tous ceux assassinés au Plateau des
Glières et tout autour, rue d'Isly, boulevard Pasteur, rue Chanzy, boulevard
Bugeaud, rue Lelluch, boulevard Baudin, et plus loin Place de l'Opéra,
et aussi aux Facultés, et plus loin encore au Champ de Manœuvre et encore
une heure après la fusillade.
Les militaires, les gendarmes, les C.R.S. occupent les carrefours, les
toits, les terrasses, font des barrages.
Partout, toutes les armes sont approvisionnées et chargées, partout.
Les tirailleurs avancent rafale après rafale, arrosent les gisants au
F.M. et au P.M., chargeur après chargeur (J.L. SIBEN témoigne). Ils
mitraillent les façades, l'intérieur des appartements aux volets clos,
achèvent les mourants à l'intérieur des magasins, les poursuivent dans
les couloirs des immeubles.
Et puis, ils tirent sur les médecins, les pompiers.
Ils tirent sur les ambulances, déjà toutes prêtes, déjà là, à attendre
les morts.
C'est une véritable chasse aux pieds-noirs,
une tuerie, un carnage auquel se sont livrés les tirailleurs aux gestes
obscènes, les gardes mobiles aux ricanements haineux et les C.R.S. qui
insultent, matraquent et "balayent", rue Charras, rue Richelieu, rue
Clauzel …(les témoignages).
La foule était dense. C'était un cortège de jeunes gens, de jeunes filles,
d'enfants et de vieux messieurs aux insignes d'anciens combattants.
Ils avaient des drapeaux et ils chantaient la Marseillaise et ils s'effondrent,
gisants ensanglantés.
Et puis les ambulances et les camions des morts vont et viennent et
déversent leurs cadavres, à l'hôpital Mustapha, à la clinique Lavernhe,
à la clinique Solal.
Le Professeur Jacques BARSOTTI déclare :
Nous sommes allés à la morgue de l'hôpital voir les cadavres qui s'y
entassaient dans le plus grand désordre. C'est une vision dramatique
que ces tas humains amoncelés pêle-mêle les uns sur les autres que les
familles essayaient de reconnaître, en tirant sur les bras ou sur les
jambes pour les sortir du tas.
Le docteur KAMOUN témoigne : l'horreur pure, partout des cadavres
disposés sur trois niveaux, paillasse, étagère, sol. On avait instauré
un sens unique et dans le silence troublé de temps en temps par des
gémissements et des pleurs, les gens circulaient lentement, horrifiés.
Les cadavres attendaient leur reconnaissance et ces gens pâles et silencieux
tournaient lentement.
Un antre de cauchemar écrira Jean
BRUA. Immédiatement après ces scènes édifiantes,
le Corps médical de l'hôpital Mustapha réalise une plaquette de témoignages
recueillis par les médecins ayant assisté à la fusillade ou ayant soigné
les blessés, témoignages adressés en France à diverses personnalités
politiques et morales sans aucun écho tangible.
Cette petite brochure, "
LE MASSACRE D'ALGER " "
Alger 26 mars 1962 ", qui ne porte pas de date d'impression
ou d'édition, est dédiée à la mémoire du Docteur Jean MASSONNAT,
victime du devoir professionnel, tué à bout touchant. Les témoignages
sont anonymes. Il n'y a pas de liste des blessés. Figurent deux plans
de la fusillade, une dramatique photo du Plateau des Glières devant
les marches de la Grande Poste ainsi que la liste des noms des victimes
au nombre de 49 plus quatre inconnus dont 2 musulmans et 3 européens
( 53 au total). Le nom de mon mari est correctement orthographié et
sa profession correctement énoncée.
Le journal
" La dépêche d'Algérie "
des 27, 28 et 29 mars fait état de 46 morts et 150 blessés.
Un troisième nombre des victimes est donné dans le "
LIVRE BLANC " " ALGER LE 26 MARS 1962 ", paru le 1er juin
1962, édité par " L'Esprit Nouveau ". Ce livre ne comporte que
des témoignages, signés, plus de deux cents. Il ne mentionne
aucun nom de victimes, ni celui des morts ni celui des blessés. Il est
publié : " A la mémoire des 80 morts et
en souvenir des 200 blessés de la fusillade ", sous le
patronage de Messieurs les Députés du Groupe
UNITÉ DE LA RÉPUBLIQUE. " LE
LIVRE BLANC " est un recueil des témoignages nécessaires
pour pouvoir porter plainte devant les tribunaux.
Mais les témoignages sont dangereux pour
le pouvoir en place, ils réfutent absolument les silences, les invraisemblances,
les contradictions, ces aveux tacites, ils dénoncent la lâcheté de cette
sordide raison d'État et de ses " voleurs de morts ". Ce livre est interdit
et détruit dès sa parution. Je viens d'en acquérir un
exemplaire, à un prix exemplaire, un échappé de cet holocauste du livre.
(Et que les victimes soient sacrifiées
à la Sainte et Juste Raison d'État !). Il a été réédité
en 1991 sous le nom de " LE LIVRE INTERDIT " par les Éditions Confrérie
Castille. Dans cette édition remaniée ont été ajoutées les listes des
noms des morts et des blessés. La liste des victimes comporte 63 noms
plus quatre " non identifié " dont 2 musulmans et 2 européens (soit
67 au total). Cette liste contient des erreurs et des noms mal orthographiés.
Le nom de mon mari est mal orthographié et ne figure plus sa profession.
C'est à partir de cette liste que j'ai voulu vérifier toutes les listes,
ces listes qui, en se reproduisant vont subir un certain nombre de distorsions,
du fait même de la copie, je suppose.
Aucune enquête officielle n'a jamais été effectuée, aucune commission
d'enquête n'a jamais vu le jour, malgré les pétitions et les demandes
déposées dans les préfectures, dans les ministères, sur le bureau de
la Présidence. La tuerie du 26 mars alterne du déni officiel de ce qui
s'est passé ce jour-là à l'infâme raison d'État : " ce n'est pas nous,
ce sont eux qui ont commencé ", et puis " c'était interdit, on n'avait
pas à le redire ", et puis " c'est l'O.A.S., c'est bien fait pour eux
", autant " d'arriérations " verbales pour se justifier. La tuerie fait
aussi un petit tour par l'infâme Secret Défense. Les archives concernant
les faits et les morts civils au cours des évènements d'Algérie sont
tenues secrètes. Pour le 26 mars il nous faut encore attendre cinquante
ans ou soixante ans ? Des dossiers ont déjà disparu ou sont vides ou
bien sont maintenus en souffrance ou bien encore sont abandonnés en
république démocratique et populaire d'Al Djazãir. Ces archives sont
les preuves trop gênantes de cet infâme Secret Défense. Au cours de
la fusillade d'autres preuves ont été arrachées des mains des journalistes,
des photographes et des cameramen. Pendant les jours qui ont suivi,
l'armée a surveillé ces lieux maudits, empêchant les gens de prendre
des photos ou en confisquant leurs appareils et s'est livrée, à grand
spectacle, à de sordides analyses des lieux, à de risibles relevés topographiques,
il fallait faire semblant de chercher la vérité.
Il y a donc des listes, établies de façons successives, recopiées, empruntées,
mais aucune ne peut être authentifiée. La liste qui circule habituellement,
celle qui est généralement publiée sur les sites depuis quarante cinq
ans et qui est dite, à tort, officielle, comporte des erreurs, des confusions
et des manques. Néanmoins cette liste a eu le mérite d'être établie
et a servi de support au travail sacré de mémoire pendant toutes ces
années.
Cette liste est due au travail, d'investigation et de recherches, remarquable,
de Francine DESSAIGNE et de Marie-Jeanne
REY, publié dans " Un
crime sans assassins " (1994 - Éditions Confrérie-Castille)
qui témoigne de 58 noms, plus quatre " non identifié " dont 2 musulmans
et 2 européens (soit 62 au total). Je note que sur cette liste le nom
de mon mari est correctement orthographié mais sa profession a changé.
Francine DESSAIGNE écrit,
dans la préface de cette réédition, que le 30 mars, sur une demande
du professeur Philippe MARÇAIS,
député d'Alger, elle a déposé avec
d'autres personnes une plainte contre X devant un juge d'instruction
qui rassemblait des témoignages sur la fusillade. Cinq ans après, un
autre juge a prononcé un non-lieu. Mais ce non-lieu n'est ni définitif
ni absolu.
Il s'agit donc d'aller le contester devant la justice. " Trois jours
plus tard les funérailles " (Le Livre Blanc).
Où sont donc passés les cadavres ? Il ya ceux, " officiels ", ceux "
reconnus ", dont les noms sont publiés dans les journaux avec leurs
avis de décès mais que les familles n'ont pas pu approcher, ceux gardés
au secret, scellés en bière dans la raison d'État, cercueils éparpillés
dans les dépositoires.
Et puis il y a les " non officiels ", ceux dont on n'a rien publié,
cadavres escamotés, cadavres disparus, cachés pour quel secret Défense
ou quel secret de famille ?
Il y a enfin les blessés et les cadavres des soldats pris sous leur
propre feu, encore moins officiels et dont l'Armée n'en a jamais publié
le moindre écho.
Un commandant des Forces Armées en Algérie reconnaît, pourtant, trois
tirailleurs et un CRS tués et trois blessés. Par qui ? Par quelles armes
? Ce commandant se plaint d'une insurrection armée mais se montre bien
incapable d'en fournir la preuve
. - " Une femme, place de la Poste, blessée,
gisait sur le dos. Un soldat musulman l'achève d'une rafale. L'officier
présent abat le soldat
(Professeur Pierre GOINARD)
- Dans le magasin Claverie, deux tirailleurs musulmans abattent le militaire
français - Les militaires de l'Infanterie de Marine, au square, près
de la Compagnie algérienne, se couchent sous leurs camions pour se protéger
- Le docteur BISQUERRA poursuit… "
Il me laissa finalement entrer dans le fond du magasin où se tenaient
d'autres militaires musulmans et, sur le sol, gisait l'un d'entre eux,
qui semblait agonisant, une ou plusieurs balles lui ayant transpercé
le thorax. … déjà arrivaient des ambulances et des camions militaires.
Les militaires quittèrent alors précipitamment les lieux avec leur chef,
emmenant leur blessé qu'ils chargèrent dans l'un des camions.
D'autres témoignages font état de militaires tués ou blessés entre eux
par leurs propres armes.
Cependant ni dans les listes parues, ni dans les journaux, je n'ai trouvé
trace de leurs noms. Des autopsies militaires ont sûrement été pratiquées
et les autorités savent avec quelles armes ces hommes ont été blessés
et tués, et par qui.
Jean BRUA rappelle dans son intervention du 26 mars 1987 : ce
mystérieux supplétif vietnamien, évoqué par deux officiers du 4ème R.T.,
évacué dans le plus grand secret, après avoir été atteint par les forces
de l'ordre du boulevard Bugeaud, qui se croyaient visé par son tir (procès-
Bastien-Thiry).
Dans " Un crime sans assassin ", Francine DESSAIGNE évoque aussi
ce tireur à la notoriété de barbouze. Il faut donc attendre encore cinquante
ans ou soixante ans pour livrer la vérité ?
Elle rapporte les paroles des médecins de Mustapha : Le lendemain matin
27 mars 1962, le professeur GOINARD, toute l'équipe chirurgicale
de la clinique thérapeutique de l'Université se rendit à la morgue.
On dénombra près de 80 morts par balles, entassés dans les locaux de
la morgue. De multiples photographies avaient été faites avec l'appareil
du service. Mais les deux rouleaux de pellicules
envoyées naïvement et comme à l'accoutumée au développement en France,
ne sont cette fois, jamais revenus.
Martial TRO, Commis principal à l'hôpital Mustapha témoigne :
" Alors sont arrivés des camions militaires,
des Dodges. Ils débordaient de blessés, de morts, mélangés, entassés.
On les déversait comme des sacs de farine. On lâchait les ridelles et
tout tombait sur les côtés. Nous n'avions pas de brancardiers. Les Sœurs
et les médecins ont commencé le transport. Le premier que je prends
dans mes bras c'est le docteur MASSONAT. Il était là dans
mes bras, il me vomissait dessus …J'ai fait le tri des morts et des
blessés. Au dépôt mortuaire on les mettait les uns sur les autres. Quand
on voulait voir un mort il fallait le chercher, débarrasser un tas de
cadavres pour le trouver. C'était épouvantable. On dit qu'il y a eu
80 morts. Moi je ne travaillais pas aux services administratifs, je
ne peux pas citer de noms mais je dis qu'il y avait 120 morts. A cette
époque, ceux dont on ne réclamait pas le corps, parce que c'étaient
des gens de passage ou pour d'autres raisons, ceux-là étaient emmenés
le soir à la sauvette, qu'ils soient musulmans, juifs ou chrétiens,
au cimetière d'El Halia, directement la nuit. L'aumônier a protesté
officiellement. Il a été expédié à Paris tout de suite. Un petit musulman
travaillait à l'hôpital. Il a aidé à transporter les blessés. Ila été
repéré. Le FLN l'a assassiné le lendemain.
Christian GILLES dit qu'il a assisté à une véritable ignominie
: " dans ce bâtiment se trouvaient de nombreuses
petites alcôves avec des plafonds voûtés en ogive et aménagées avec
deux bancs. A l'intérieur de chacune d'elles, deux familles unies par
leurs larmes se trouvaient séparées par deux cercueils fermés, accolés,
déposés au centre sur des tréteaux. Dans quelques alcôves, des familles
musulmanes et européennes atteintes par la même douleur, priaient, pleuraient,
gémissaient et imploraient le ciel côte à côte. Des personnes totalement
désespérées, circulaient dans le grand hall, en tout sens, criant, pleurant,
appelant à haute voix un être cher, essayant de découvrir d'alcôve en
alcôve leur disparu. Par une porte, arrivait à intervalles réguliers,
d'un autre service de l'hôpital, un nouveau cercueil fermé avec l'indication
sommaire de son nom. Toutes les dix minutes, huit à dix personnes prenaient
un cercueil dans une alcôve, s'arrêtaient sur la chaussée. Un homme
de foi sortait d'un local vitré et murmurait quelques mots. Le cercueil
était alors déposé dans la benne d'un camion militaire, où assis sur
des banquettes, siégeaient dix soldats armés. Seuls quelques membres
de la famille étaient admis sur une largeur de sièges d'un minicar de
C.R.S. Motards en tête avec sirène, jeep avec radio, le camion-cercueil
et deux véhicules de C.R.S. s'éloignaient rapidement vers un cimetière
de la ville. J'assistais à des enterrements à la chaîne sans aucun regroupement
familial, sans passage dans les lieux de culte, y compris celui du quartier.
Ces transports commencés, dans la nuit pendant le couvre feu, se poursuivaient
encore.
Qui sont ces morts Français-Musulmans ?
Quelles sont ces victimes que leurs proches réclament à force hurlements,
sans les trouver ? Quelles sont ces victimes livrées toutes prêtes emballées
?
Que sont devenus ces soldats, ces C.R.S. qui ont conduit les camions-cercueils
?
Comment est-il possible qu'aucun d'eux ne se soit jamais fait entendre
? Je croyais que nous étions tous égaux à la face de Dieu.
Le Docteur André FOURNIER précise : Á
l'hôpital, l'après-midi s'est passée à recevoir et soigner les blessés
qui arrivaient. Dans la soirée je suis allé à la morgue où étaient entassés
les cadavres des victimes. J'ai notamment encore le souvenir très vif
de deux très jeunes filles, deux sœurs qui avaient été tuées à bout
touchant. Révolté par ce spectacle, j'ai alors téléphoné à un ami en
lui demandant de rassembler dans les hôtels le plus possible de journalistes
et les emmener à l'hôpital. Il en est venu un certain nombre français
et étrangers. Je puis citer deux de leurs réactions : 1) un journaliste
allemand m'a dit : " j'espère qu'après cela les journaux français ne
parleront plus d'Oradour sur Glane ", 2) deux journalistes français
du Monde : l'un n'a pas pu supporter le spectacle et est sorti pour
vomir et l'autre a dit " ça ne passera pas à la Rédaction ". Nous sommes
d'une civilisation trop sensible.
Le Professeur Paul LEBON confirme qu'il
se souvient fort bien d'avoir vu parmi les cadavres deux petites filles
de 8 ou 10 ans, en robes rouges dont on ne trouve plus aucune trace.
Cette énigme est à rapprocher de celles de la mort d'un bébé et de sa
mère évoquée par Suzanne CAZE AVELIN : son amie, réfugiée dans un magasin
de puériculture, avait caché son petit enfant dans une poussette en
exposition, petit cadavre dont on ne trouve plus aucune trace ni celle
de sa mère. Un autre témoignage confirme : une jeune femme et son bébé
ensanglanté dans les bras, poursuivie et achevée à la rafale par un
tirailleur chez Natalys.
Marie Jeanne Rey témoigne d'une petite voix enfantine, près d'elle,
qui se tut pour toujours.
…" Il y avait aussi une quinzaine de gamins
autour de Michèle TORRES, venus en camion ".
.. " .Une dame âgée : j'étais à terre, blessée. Un petit garçon de 8
ans pleurait et me disait, " regarde mon papa ". Son jeune père était
couché le visage ensanglanté … "
Il y avait des enfants dans la foule et des adolescents. On ne peut
pas dire de ces jeunes victimes qu'elles appartenaient à l'O.A.S. On
ne peut pas avouer, non plus, l'assassinat de ces jeunes enfants.
Ce serait peu reluisant pour
la gloire de la France ou pour la renommée de certains.
Il est donc très nécessaire d'escamoter un certain nombre de victimes.et
notamment les moins de 20 ans si l'on se réfère à la liste qui suit.
Que sont-elles devenues, ces jeunes victimes alors que sur le sol devant
les FM s'amoncèlent les cadavres ?
Car ils ont tiré, ivres de fureur, ces serveurs
de F.M., comme le soldat Mohamed AMRATI qui est décrit ainsi
dans les témoignages : " Il semblait avoir
un grand désir de tirer, dansant d'un pied sur l'autre, le regard brûlant
non de peur mais de fureur, ou encore -" en transe, un rictus de haine,
gesticulant, surexcité, ou encore - une bande souple dont l'extrémité
était engagée dans la culasse, enroulée à sa taille et suspendue à son
cou… rafale après rafale !
Le docteur Jacques BISQUERRA relate dans son témoignage :
…Je restais là, immobile, de longues minutes,
pour veiller sur ces morts lorsqu'un homme s'approcha et entreprit,
malgré mes protestations, de fouiller le portefeuille d'un des cadavres
et repartit après avoir emporté sa carte d'identité. M'étant souvenu
de ce nom porté sur ce document (car il me l'avait montré, j'ignore
pourquoi) et n'ayant pas retrouvé son nom sur la liste des victimes
publiée le lendemain par les journaux locaux, je m'étais rendu à la
morgue de l'hôpital Mustapha pour essayer d'identifier ce malheureux
" X " et de mettre un nom sur sa dépouille. … en rentrant chez mes parents
je fondis en larmes, en pensant à tous ces corps criblés de balles,
empilés, nus, parfois tête-bêche, les uns sur les autres, dans cette
sinistre salle... … des tas de cadavres allongés qu'on arrosait à l'eau
formolée, quelque chose de kafkaïen (docteur
CHIAPPONI)... Ainsi les morts se
font détrousser de leur identité, escamoter, achever à la rafale - ni
vu ni connu -, formoler avant de les dissimuler, on n'arrive plus à
les compter, on les mélange avec les autres morts, on ne trouve plus
ceux qu'on réclame, on les fait disparaître, on leur vole leur cadavre
lorsqu'ils deviennent trop gênants, pour combien d'entre eux ?
Dans l'édition originale du LIVRE BLANC, les auteurs et/ou
l'éditeur ont écrit " Les droits de ce livre seront versés intégralement
aux familles des victimes ". Cette mention n'apparaît plus sur le livre
réédité " LE LIVRE INTERDIT ". C'est dommage parce que cela aurait pu
conduire à une recherche des victimes plus poussée, plus systématique
que ce que je ne saurai jamais faire par moi-même.
Raymond GUIRAUD, à la suite de l'attentat du Milk Bar, où a été
blessée gravement sa fille Nicole, a créé une association, l'A.V.I.C.C.E.A.L.
La permanence de l'Association Nationale des Victimes Corporelles des
Événements d'Algérie et de leurs Ayants droit se trouvait à La Maison
du Combattant à Bâb el Oued.
Monsieur GUIRAUD s'est adressé à la Délégation de l'Action Sociale
dès le 29 mars 1962 puis le 2 avril 1962 et à plusieurs reprises aux
pouvoirs pour leur demander qu'une indemnité soit versée aux ayants
droit des victimes du 26 mars précisément, en vertu de la décision n°55032
de l'Assemblée algérienne. Sans réponse, il menace, en cas de refus
de l'administration, de saisir la voie juridique, en application de
la loi de 1884.
Courant avril les gendarmes mobiles font une perquisition à son domicile
pour chercher des papiers. Ils se montrent insultants et agressifs et
menacent d'emmener la sœur de Nicole, alors âgée de 16 ans.
Dans la nuit du 11 au 12 mai, pour la deuxième fois, mais cette fois-ci
à 4 heurs du matin, les gendarmes mobiles viennent perquisitionner.
Ils enfoncent la porte d'entrée et emmènent Monsieur GUIRAUD
vêtu de son seul pyjama. Au bout d'une semaine et grâce " aux CFA ",
où Monsieur GUIRAUD était chef du personnel, sa famille apprend
qu'il est incarcéré à l'école de police d'Hussein-Dey. Il a été dénoncé
comme militant en faveur des victimes du FLN. Puis fin juin, Monsieur
GUIRAUD et 50 autres présidents d'associations seront transportés en
avion militaire servant de transport de troupes, à VILLACOUBLAY, en
résidence surveillée. Il est interdit de retour en Algérie, interdit
de séjour sur le sol algérien.
L'association de Monsieur GUIRAUD
comprenait 1.800 adhérents et des listes ont été échangées entre le
FLN et la police politique française au nom du secret Défense. Il faudra
que j'écrive au FLN en Al Djazãir pour me faire communiquer la liste
des morts du 26 mars.
La sortie des morts de l'hôpital Mustapha doit bien être
enregistrée ?
Les tirailleurs, dans cette tragédie, réussissent parfois à faire
oublier, que les gardes mobiles, les Rouges, et les CRS, ces spécialistes
du maintien de l'ordre, ont tiré eux aussi sur la foule, sans sommation,
froidement, on pourrait dire de façon jouissive, " comme pour une chasse
aux pieds-noirs ", à tous les carrefours, sur les façades, dans les
appartements, non pas pendant 5 minutes ou 8 ou 10 mais encore bien
longtemps après que 14 heures 50 ait sonné à l'horloge de la Grande
Poste .
Ont-ils compté et savouré le nombre de morts à leur actif ?
Combien en ont-ils compté ?
Qui peut prendre connaissance de leurs archives ?
Archives où, peut-être, on apprendrait qu'il ne s'est rien passé ?
Cependant je dois ajouter une confidence de l'une de mes amies du lycée
Fromentin, Geneviève : " Pierre BRÉS,
un parent, du côté de mon mari, était colonel de C.R.S., responsable
de sécurité pour le secteur d'Alger. Ayant refusé d'obéir aux ordres
de faire cesser la manifestation, au besoin par le feu, il a été immédiatement
démissionné. Il s'était installé à Dieulefit, dans la Drôme
où il peignait des coffres en bois pour s'occuper. Je suis allée à sa
recherche, sans succès. Il semble qu'il soit décédé à présent.
Je referai le tour de la France autant que cela sera nécessaire. Mon
drame, je le sais, est que " je me suis mise debout " trop tard et pourtant
il est encore trop tôt pour ouvrir les archives. Mais ceci se faisant,
il sera trop tard pour moi.
J'ai passé des journées entières aux Archives d'Outre-mer d'Aix en Provence,
à éplucher toutes sortes de journaux pour l'année 1962, ceux d'Alger
et des autres départements.
J'ai du m'y prendre à trois fois. La première fois, il est vrai, la
collection " La Dépêche d'Algérie " ou bien " Le Journal d'Alger ",
je ne me souviens plus, avait disparu des archives... C'était une malédiction
? Mais à la deuxième tentative la collection a réapparu, à mon grand
soulagement.
J'ai établi une liste des victimes du 26 mars et celle des victimes
du blocus et du ratissage impitoyable de Bâb el Oued. J'ai noté sur
ces listes tous les détails que j'ai pu recueillir. Je tiens à la disposition
de qui le souhaite les photographies numérisées des avis de décès et
des avis des célébrations religieuses ainsi que des témoignages et certaines
pages des journaux. J'ajoute que j'ai adressé aux sites informatiques
et aux associations les listes des victimes en demandant qu'on me signale
toute erreur ou manque. Je n'ai à ce jour rien reçu pas même un accusé
de réception sauf d'un seul site que je remercie.
Je renouvelle ma demande auprès des lecteurs en les priant de me pardonner
mon insistance et mon attachement à toutes ces victimes qui sont aussi
les témoins de tous ceux dont nous ne pourrons pas faire entendre le
nom. Ce sont eux qui prennent soin de leur mémoire à tous.
J'ajoute la liste indissociable des noms de ceux tués pendant l'occupation
de Bâb el Oued car invoquer le 26 mars c'est parler aussi ou d'abord
de Bâb el Oued.
Sur cette liste de 56 victimes, j'ai laissé des noms (en bleu) dont
je n'ai aucune preuve concrète de décès, mais par conviction par rapport
aux témoignages et aux listes précédentes. Il faut ajouter à ces 56
noms, 4 victimes non identifiées mais dont nous pouvons être sûres car
authentifiées par des témoins. Il faut ajouter enfin 5 victimes portées
sur les listes comme non identifiées et non réclamées par un " avis
de recherche dans l'intérêt des familles ".
Ce qui donne un total de 65 victimes.
Il ne s'agit pas pour moi de courir à une surenchère du nombre des victimes,
cette pure horreur n'en a pas besoin mais je suis persuadée que nous
sommes loin de la vérité.
Aidez-nous. N'hésitez pas, faites-nous connaître ce que vous savez,
la plus petite information, le moindre détail. Quarante cinq ans viennent
de s'écouler, il nous faut parler, dire et redire sans nous arrêter.
Il faut que cesse leur tourment ou que, peut-être, je cesse moi-même
de les tourmenter.
Simone GAUTIER
14 avenue de France
06400 Cannes
Liste des victimes du blocus
de BAB EL OUED Jeudi
22 mars 1962
MABROUKI Abdallah
SELLES Georges 19 ans
Vendredi 23 mars 1962
ACHOUR Messaoud Tué à son domicile, Cité des Vieux Moulins, 67 avenue
de la Bouzareha, d'une balle dans l'œil gauche.
GREGORI Jacques
HABBOU Maurice
LOPEZ Joseph 40 ans Tué à son domicile avenue de la Bouzareha d'une
balle qui lui a perforé l'artère fémorale après avoir traversé le volet.
Évacuation impossible en raison des tirs. Il s'est vidé de son sang.
Évacué par une Jeep à la morgue de Mustapha. Retrouvé le 30 mars au
dépositoire de Saint Eugène. SAINTE MARIE Christian 14 ans et demi
PALANGIAN Lucien 20 ans
RODRIGUEZ François 49 ans Ancien combattant 39 - 40 Ancien prisonnier
de guerre 40 - 45
SERRALTA André 19 ans
SCOTTO Adrien
SOULE Marie Christine
TAMBORINI Madame
VELLA André Arrêté et déporté au centre de Douéra. Décédé deux jours
après au Centre.
VILLEMEUX Lucien 28 ans Typographe Boulevard de Champagne Samedi 24
mars 1962
ABBOU Maurice 46 ans Société Timsit
GARCIA Serge 15 ans et demi
KARSENTI Simon 51 ans
Dimanche 25 mars 1962 GHENASSIA Joseph 25 mars 1962 à 9 heures 30 1
rue Nobel
GRES Ghislaine Louise 10 ans Tuée d'une balle dans la tête dans l'appartement
de ses parents 16 rue Soleillet Madame GRES, sa mère, décédée deux jours
après, de chagrin. Avis de décès paru dans la presse ainsi libellé.
X Stanislas ?
X Musulman
X Musulman
X Européen
X Européen
LISTE DES VICTIMES DU 26 MARS
1962 - ALGER -
ALDEGUER Gabriel 42 ans Chef comptable à l'E.G.A. Transporté à l'hôpital
Mustapha paralysé, il est décédé deux ou trois jours après des suites
de ses blessures, une rafale dans le dos. Natif de Guyoville, il habitait
Hydra. (Alain AICARDI (la photo de Gabriel ALDEGUER et d'Etienne AICARDI
figure sur le " Paris Match).
BAYARD George 58 ans Chef de service à la Mairie
BERNARD Henri 76 ans Né le 10 avril 1886 à Sousse - Tunisie 91 rue de
Constantine - Hussein Dey Officier retraité Chevalier de la Légion d'honneur
Croix de guerre 14 - 18 - Croix de guerre 39 - 45 Sortait tout simplement
du local des chèques postaux (sa fille Marguerite GRIFFE)
BLUMHOFER Albert 62 ans Employé à l'Aviation civile - des Tournants
Rovigo Inhumé le 28 mars 1962
CABAILLOT Octave 55 ans Domicilié au 286 boulevard Gallieni à El Biar.
Inhumé le 27 mars au cimetière d'El Biar
CAZAYOUS Jacqueline 20 ans Domiciliée rue Daguerre Secrétaire à la 20
Th Century Fox-France Gymnaste à la Fédération française de gymnastique
- Basketteuse à l'Algéria Sport. Adhérente au Comité de la Bigorre et
au groupe folklorique des Gascons d'Alger. Inhumée le 30 mars 1962 au
cimetière de Saint Eugène.
Retrouvée par son père, à la morgue de Mustapha, nue, tuée de deux balles
dont l'une dans le cou. Elle a perdu tout son sang en attendant les
secours. Sa mère a reçu une balle dans la tête, a été trépanée et est
restée paralysée du côté gauche. A beaucoup souffert de la tyrannie
administrative et du mépris des médecins militaires. (Annie CAZAYOUS
sa sœur)
CHOUIDER Tayeb
CIAVALDINI Charles 22 ans Domicilié 8 rue Adolphe Blasselle. Ancien
parachutiste du 18ème R.C.P. Croix de la valeur militaire - Etoile de
vermeil. Inhumé au cimetière d'El Halia
COURAUD Jacques 30 ans Employé à la Compagnie française des pétroles
d'Hassi Messaoud Plongeur émérite. Domicilié 9 rue Adolphe Blasselle.
Hospitalisé à la clinique Lavernhe. Décédé deux mois après le 26 mai
1962. A reçu une balle dans le dos qui lui a éclaté le foie. Il était
sorti de son abri pour aller secourir une femme blessée dans la rue
(Mme Henriette Couraud) Inhumé au cimetière d'El Halia DUPUY Lucien
62 ans Retraité E.G.A. - Ancien combattant 14 - 18. Tué dans la foule.
Il était accompagné de sa femme et de ses deux enfants de 12 et 14 ans.(témoignage)
Cercueil retrouvé le 28 au dépositoire du cimetière de Saint Eugène
et inhumé le 30 mars 1962. Domicilié 17 rue Docteur Trolard
EIME Jeanne 57 ans Domiciliée 9 rue Edmond AdamCercueil retrouvé au
dépositoire du cimetière de Saint Eugène le 28. Inhumé le 30 mars 1962.
FABRE Marcel 53 ans Adjoint technique principal de la Météorologie Nationale,
Section Transmissions météo en Afrique du Nord Officier des Palmes académiques
Chevalier du Mérite social. Ancien prisonnier de guerre. Médaille des
Évadés Blessé au ventre. Décédé sur la table d'opération- (Docteur Jean-Pierre
RIGAL)
FAGUE André 28 ans de nationalité Suisse (- Quoi qu'il en soit, mon
âme se repose en Dieu, C'est de lui que vient ma délivrance -)
FERMI Louis 52 ans Directeur général de la S.A.R.L ETAVINOR et du transit
Roubaisien Secrétaire-trésorier général de la Ligue d'Alger de natation
Vice-président de la Bridja Sports Membre du Bureau des Ligues Fondé
de pouvoir de la S.A. DABI. Reconnu à la morgue par le docteur KAMOUN
" décédé d'un petit trou sanglant pré thoracique "
FERRANDIS Renée 23 ans Domiciliée au Champ de Manœuvre. Employée des
P.T.T. Retrouvée à la morgue de Mustapha par son père, tuée de deux
balles dans la tête. Elle est décédée sur la table d'opération. Sa sœur
Annie, 17 ans, a été blessée d'une balle rentrée dans la fesse et logée
dans le ventre et sa sœur Monique, 19 ans et demi a reçu trois balles
explosives, l'une dans la fesse, la deuxième a explosé le pied droit
et la troisième a cassé le fémur en traversant la jambe. (Un Crime sans
assassins). Un tirailleur au moins était doté de ces munitions assez
spéciales et il est fort peu probable qu'elles aient été comptabilisées.
Elles ne figurent pas dans les pièces officielles qui font le décompte
très précis (?) de la consommation des munitions (Francine DESSAIGNE)
FRASQUET Jacqueline 23 ans née SEGUI
Secrétaire de Direction à la Direction régionale des Anciens Combattants
et Victimes de guerre. Inhumée au cimetière de Saint Eugène, le 30 mars.
FREDJ André 40 ans Comptable aux Économats de l'Armée Domicilié 9 rue
Dupuch Inhumé le 28 mars 1962
GALIERO André 35 ans Tué devant son domicile 11 rue Alexandre Ribot
GAUTIER Philippe 28 ans Ingénieur commercial chez I.B.M. France (U.S.A.)
Enseigne de vaisseau de 1ère classe de réserve Ancien officier du commando
de marine Trépel. Croix de la valeur militaire avec Étoile de bronze
Croix de la valeur militaire avec Étoile de vermeil. Ancien lieutenant
au long cours de la Marine Marchande.
Domicilié à El Biar. Tué d'une balle dans la nuque. Arrivé mourant à
l'hôpital. Rien n'a pu être tenté. Décédé dans la nuit, seul. Retrouvé
à la morgue sur une table.
GERBY Fernand 43 ans Domicilié 10 rue de l'Estonie. Employé à l'entreprise
nord-africaine de Construction - LENAC - Ancien de l'U.T.A. 155 (XI°
B.U.T.) Amicale du département d'Alger des territoriaux
GHIRARDI GIAUSSERAN 27 ans Domiciliée au 4 rue de l'Estonie
GREGORI Faustine Décédée le 10 mai 1962 des suites de ses blessures
Domiciliée 21 rue Auber
HUGUES Pauline 66 ans Veuve de René HUGUES, née BERTHON Directrice d'école
honoraire Chevalier de la Légion d'honneur Adhérente au syndicat indépendant
de l'Enseignement public.
Inhumée le 29 mars 1962 au cimetière d'El Halia. Découverte à la morgue
enfouie dans le tas de cadavres grâce à son épaisse chevelure blanche.
(Jacques Berthon son neveu)
INNOCENTI Jacques 60 ans Ingénieur E.C.P. Employé à l'E.G.A Officier
de réserve Domicilié au 29 boulevard Bru
LADJADJ Abdallah
LANGENDOUR Gilbert 31 ans Professeur au C.C.E.T de Maison Carrée Adhérent
au syndicat indépendant de l'Enseignement public Domicilié rue Ernest
Renan
LIGNON René 42 ans Commandant pilote en retraite : 14 citations Officier
de la Légion d'honneur Croix de guerre 1939-1945 Croix des T.E.O. Croix
de la valeur militaire Croix de la vaillance vietnamienne Collaborateur
à la Société " La céramique algérienne " Domicilié à El Biar Inhumé
au cimetière d'El Biar le 30 mars 1962
LORETTI Émile 63 ans dit " Lorette " Pâtissier Inhumé à Médéa le 29
mars 1962
LUISI Joseph 65 ans Décédé le 28 mars des suites de ses blessures.
Inhumé au cimetière de Bâb el Oued, boulevard des Flandres.
LURATI Henri 33 ans Directeur d'école à Birkadem
MAILLE Gilbert 57 ans Domicilié 2 bis rue Clauzel
MASSONAT Jean 38 ans. Tué dans l'exercice de ses fonctions, victime
de son devoir.
Médecin des Hôpitaux. Chef de service au centre hospitalier et universitaire
d'Alger Médecin capitaine de réserve - Croix de guerre 39 - 45 Fusillé
à " bout touchant "Veste perforée et brulée selon un rond avec traces
de poudre, large plaie anfractueuse et déchiquetée, littéralement explosée,
blessure de dos.
Enterré à la sauvette avec beaucoup de complications administratives.
Le préfet VITALIS-CROS demande au Haut commissaire de la République
qu'il soit sursis à la proposition de citation à l'ordre de la nation
… enquête judicaire en cours... secret-confidentiel
MAURY Marc 29 ans Sous-directeur de la Caisse régionale d'Assurances
Sociales agricoles.
Domicilié 12 boulevard Baudin. Tué devant le 6 rue Charles Péguy.
MAZARD Guy 28 ans domicilié 12 rue Courbet
Technico-commercial dans l'entreprise familiale de commerce de meubles.
Tué sur les escaliers de la Grande Poste. (Bernadette MALINCONI)
Sorti comme vivant de l'hôpital Mustapha, installé à l'arrière de la
voiture avec la complicité de l'intendant de l'hôpital (des cousins
au congrès de Toulouse) Inhumé au cimetière d'Hussein-Dey
MESQUIDA Jeannine 41 ans Née GAUTRIEAU - mère de 4 enfants. Domiciliée
au 5ème groupe du Champs de Manœuvres, épouse d'Alfred Mesquida, grand
mutilé de guerre 100%, Chevalier de la Légion d'honneur, cité à l'ordre
de l'Armée le 19 avril 1945. Retrouvée au dépositoire du cimetière du
boulevard Bru, Chemin des Crêtes. Inhumée le 29 mars 1962.
MOATI Georges 22 ans Inhumé au cimetière de Saint Eugène le 30 mars
1962
MOMPO Roger 48 ans Adjudant-chef en retraite Dirigeant de rugby
MONDA Raymond
MORETTI Jacques
PALANGIAN Lucien 28 ans Décédé le 28 mars des suites de ses blessures.
PIZELLA François 52 ans Chauffeur pour les Pétroles d'Hassi Messaoud.
Décédé des suites de ses blessures un mois après (un ami) Domicilié
au 4 rue Alexandre Dumas
PUIG Claude 31 ans Retrouvé au dépositoire du cimetière de Saint Eugène
Inhumé le 30 mars 962. Tué au niveau du crédit Foncier au milieu d'un
groupe de personnes couchées les une sur les autres... (Témoignage)
PUIG Gaston Domicilié 15 rue Michelet
PUIG Marcel 52 ans Adhérent à la Fédération française de gymnastique,Commissions
techniques 64 rue Michelet. Madame PUIG était concierge de l'immeuble.
Elle a ouvert la terrasse à un groupe de soldats et à leur officier
qui y a installé son P.C. pour avoir une bonne vue sur l'enfilade rue
Michelet - Grande Poste. Madame PUIG a remarqué d'autres " P.C. " sur
les terrasses d'autres immeubles (son neveu Robert PUIG)
PUIG Paul
PUIGSERVER Domingo 64 ans Né à Bénissa en Espagne
RAZES Alain Pierre 32 ans Domicilié à El Biar - La Résidence -
RICHARD René 47 ans Directeur de la S.A.E.M.A.F., succursale de la société
A.F.A.T. A de Courbevoie Officier de réserve - Croix de guerre 1939
- 1940 Inhumé le 29 mars au cimetière de boulevard Bru Après une longue
attente, amené à Mustapha par un G.M.C. où les militaires ont entassé
les agonisants et les blessés (Madame Richard)
ROCH Henri 26 ans 2 rue Lulli - quadich à 8 h. 30
SANCHIS Gaspard 64 ans
SANTACREU Joaquim 45 ans
SERRANO Adolphe 42 ans Peintre en bâtiment Domicilié au 2 rue Rigodit
TORRES Michèle 20 an Inhumée le 28 mars 1962 à Hussein-Dey. Une messe
a été célébrée à Hussein-Dey le 26 avril 1962 en présence du " lycée
Pasteur ". ? (Dans le Livre Blanc : la douleur de son père)
VAN DEN BROECK Georges 55 ans Expert Comptable. Domicilié au 21 rue
Auber Commissaire aux comptes près les Cours d'appel.
Officier de la Légion d'Honneur. Commandant de réserve Croix de guerre
T.O.E. Croix de guerre 1939 - 1940
Officier du Mérite militaire Directeur financier de l'Union Industrielle
Africaine
Dans la nuit du mercredi au jeudi, soit du 28 au 29, les corps de 5
victimes ont été transportés au cimetière d'El Biar pour être inhumés
à 8 h. 30.
Tué devant les magasins Claverie et Romoli, angle rue d'Isly/rue Chanzy
par des tirailleurs accourus depuis l'avenue Pasteur.
VENGUT Jean 64 ans Né à Bénissa en Espagne. Retraité. Domicilié au 22
rue Alfred Lelluch.
Tué chez lui, au sixième étage par une rafale en éventail qui a criblé
la façade et traversé les volets faisant 21 points d'impact dans l'appartement,
à hauteur d'homme. Tué par une balle qui est entrée dans la joue et
qui a traversé le cervelet.
ZELPHATI Elie-Paul 40 ans Croix de guerre 1939 - 1945. Blessé lors de
la libération de l'Alsace. Cogérant du Stanley " 107 rue Michelet. Tué
à son domicile 8 avenue Pasteur, plus d'une heure après la fusillade,
par une balle reçue en pleine tête - derrière l'oreille - lui faisant
éclater la boîte crânienne Transporté à la clinique Lavernhe, son frère
a voulu le reprendre pour le veiller. Mais il était interdit de garder
les victimes chez soi. Grâce à un ami au commissariat de police cela
a été possible en entourant de bandages la tête, le faisant passé pour
blessé. Mais dès le lendemain un 4/4 de l'armée est venu récupérer le
corps. Le corps a été rendu à la sauvette au dépositoire d'Hussein-Dey.
Il faut ajouter à cette liste (Réf. Francine DESSAIGNE : Un crime sans
assassins) de jeunes victimes trop gênantes pour paraître dans une liste
officielle.
Selon les déclarations du docteur André FOURRIER, Médecin à l'hôpital
d'El Kettar, Professeur Émérite, Doyen Honoraire de la Faculté de médecine
de Lille en date du 22 février 1993 et du Professeur Paul LEBON, chef
de service O.R.L. à l'hôpital Mustapha :
Une fillette d'environ 10 ans
Une fillette d'environ 8 ans
deux sœurs, vêtues d'une robe rouge, vues parmi les cadavres à la morgue,
fusillées à bout touchant, non identifiées, " victimes escamotées "
…
et
Une femme européenne non identifiée
Un bébé européen non identifié
selon le témoignage de Suzanne CAZE AVELIN, une amie d'enfance, toutes
deux anciennes élèves de l'externat de l'Assomption, demeurant à la
fin de la rue d'Isly. Réfugiée dans un magasin de puériculture, son
amie avait caché son petit enfant dans une poussette en exposition,
poursuivie et achevée d'une rafale par un tirailleur.
X Musulman non identifié
X Musulman non identifié
X Européen non identifié
X Européen non identifié
En ce qui concerne les noms imprimés en bleu, je ne possède et je n'ai
trouvé aucune preuve concrète de leur décès. Je n'ai retrouvé d'actes
que pour 7 jeunes seulement, âgés de 20 à 23 ans. Lorsqu'on regarde
bien les quelques photographies présentes sur les sites, de nombreux
très jeunes gens apparaissent.
Crédit: Simone GAUTIER
14 avenue de France
06400 Cannes
simone.gautier@free.fr
PS:Quand le pouvoir
se décidera-t-il à élucider les donneurs d'ordre réels et les buts politiques
de ce massacre ?
Se réfugier derrière l'action unique de l'OAS est facile
et trop commode.
Il est curieux que M. Papon ait pu être poursuivi et condamné 60 ans
après,
que les écoutes de l'Elysée l'ait été 20 ans après, que J. Chirac ,15
ans après, puisse encore être inquiété pour des OPACITES de financement
de son action,
que le nom du général Richepance soit retiré d'une rue de Paris et celui
de Toussaint Louverture donné à une école de Clichy sous Bois, 2 siècles
après,
mais qu'un des évenements clé de la 5ème République, comme les massacres
de la Commune de Paris le sont pour la 3ème République, ou le génocide
vendéen, fondateur de la 1ère, salué par Gracchus Babeuf lui-même dont
la statue est au Kremlin, ne puisse être décortiqué, enseigné et jugé,
alors que les témoins et martyrs existent encore.
Il ne suffit pas de clamer, urbi et orbi, "Seule la vérité
vous libérera". Encore faut-il vouloir être libre.
P. Barisain-Monrose. 83700
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