Souvenirs de là-bas. Alger et l'Algérois
Elisabeth FECHNER
Déjà 15 000 exemplaires de vendus !!
Madame Elizabeth FECHNER accumule dans un livre qui se veut pourtant précis, les approximations et les témoignages de personnalités promptes à tomber dans les lieux communs .
Pour mémoire entre autres : une photo de Guyotville qui n'est pas Guyotville !!
Mais un témoignage nous a particulièrement touché car il émane de Monsieur Jacques Attali

 

La page de Jacques Attali du livre "Le pays d'où je viens"
L'Amirauté
Alger ? J'en garde avec le temps des souvenirs diffus et contradictoires : la parfumerie de mes parents, Bab et Bab, rue Michelet, la rue Auber où nous habitions puis la villa que mon père avait fait construire à Hydra, la synagogue de Saint Eugène pour la prière du vendredi, la plage Moretti ou celle de La Madrague toutes les fins de semaine, l'école communale de la rue Volta et ensuite le lycée Gautier, avec ses professeurs venus de France et ses élèves pieds noirs comme moi, pas d'Arabe, juste un Mozabite, au dernier rang et dernier de la classe. Les petits yaouled, comme on les appelait, on ne les croisait qu'au marché où j'accompagnais parfois ma mère : Porteurs de paniers, vendeurs de cigarettes ou de chewing gum.
Alger encore ? La bombe qui, le 1er novembre 1954, jour de mon anniversaire, pulvérisa l'immeuble de Radio Alger ; le tremblement de terre d'Orléansville, à quelques jours près, dont on ressentit les vibrations jusque chez nous : Le lustre de la salle à manger s'était décroché ; le café l'Otomatic tout neuf, on venait de le rénover et d'y installer un distributeur à sandwiches ; Le cinéma l'Empire et l'ABC, premiers péplums, premiers westerns ; l'opéra où mon père se rendait souvent ; la salle Pierre Bordes où, ensemble, nous avons assisté à un concert de Roberto Benzi ; Enfin ces grands paquebots blancs qui, tous les étés, nous emportaient pour des vacances en France, à La Bourboule, à Vichy, à Megève.

Vers l'âge de dix ans, comme nous jouions déjà pas mal au tennis, mon frère Bernard et moi, mon père a voulu nous inscrire au RUA, dont le club house se tenait sur un des môles du port. Pour y accéder, on devait traverser la darse en bateau. Nous avons simplement fait l'aller retour. Notre candidature avait été purement et simplement refusée. Parce que nous étions juifs. C'était ça aussi, Alger.
Jacques Attali

 

Le sous entendu ici est clair. Monsieur Attali met l'accent sur l'antisémitisme organique supposé des Français d'Algérie qui s'inscrit dans la vision du racisme omniprésent et généralisé.
S'il est certain, que comme partout ailleurs, des antisémites déclarés aient fait partie des composantes nombreuses et variées de la société en Algérie Française, rien n'autorise Monsieur Jacques Attali d'induire un comportement "anti-juifs" systématique des Pieds-Noirs. Si ce Monsieur à rencontré un spécimen qui a fait preuve d'une conduite inadmissible, il ne peut l'appliquer comme étant un commun dénominateur. L'amalgame est ici flagrant et insupportable. Monsieur Attali semble découvrir six mille ans d'antisémitisme concentré dans un club sportif algérois et l'étendre ensuite, l'air de ne pas y toucher, à toute une communauté.
Cette déclaration qui conclut à une société à trois vitesses, est suffisamment péremptoire et schématisée pour nous donner l'occasion d'un droit de réponse.
Pour devenir membre du RUA (Racing Universitaire Algérois), il fallait être parrainé. Les parrains étaient aussi bien musulmans que juifs ou chrétiens. N'ayant pu trouver sans doute, de membre susceptible de lui attribuer le précieux sésame, on peut comprendre sa légitime frustration.
Peut être aussi que des talents tennistiques médiocres aient pu le prédisposer, dans un premier temps, à une place de ramasse balles ce qu'il n'aurait su, vu sa personnalité, accepter cette tache subalterne et dégradante.
Il est aussi bien évident que ses préoccupations estivales étaient bien loin des "Yaouled" qu'il ne risquait pas de croiser sur les pistes de Mégève.

Madame FECHNER aurait du faire ce que tout rédacteur devait faire en pareil cas : vérifier ses sources. D'autant plus qu'il s'agit d'un ouvrage sensé décrire la vie et les mœurs d'une communauté déjà copieusement salie et calomniée. Les affirmations d'un homme, même s'il fut en charge de responsabilités au plus haut niveau de l'état n'est pas parole d'évangile. L'appartenance à un sérail ne constitue pas un gage de vérité incontournable. Un sentiment individuel ne doit pas devenir une preuve irréfutable fut il énoncé par un homme brillant et reconnu. :

 

Quelque témoignages contradictoires des adhérents du RUA :

-"Je trouve ce propos fort tordu, et plein de médisance. Pour être membre du RUA il fallait avoir un parrain membre du club, mon parrain un Kabyle le professeur Aouchiche, deviendra par la suite, à l'indépendance de l'Algérie, doyen de la faculté de médecine" Jean Louis GRANIER

-"Le songe d'Attali sur " le RUA antisémite " m'avait été signalé par …. Il serait sans doute facile de retrouver des dizaines de ruaïstes de confession juive." Jean BRUA

-Roger AMOYAL, né en 1944, demeurant rue d'Hestonie à Alger adhérent au RUA de 1954 à 1961 en athlétisme, n'a jamais entendu de propos racistes et anti-juifs pendant toute cette période.

-"As-tu connu le racisme ?"
" Dans mon univers, jamais mon père ne nous en a parlé. Il était au dessus de cela. Je connaissais le mot bien sur mais ne l'ai jamais ressenti
De la Bassetta à la place du gouvernement, je prenais le T (notre tramway) comme tout le monde. J'étais inscris au RUA sans complexe aucun.
Robert CASTEL site : salmigondis à la Venis

- "..Dire que le pool-house se trouvait à la Piscine, signifie que Monsieur Attali ne s'est jamais préoccupé ni de loin ni de près au RUA. Les rdv du club se faisait au café du Coq Hardy et le pool-house du Tennis se trouvait à Badjarah, près de Kouba. Il pouvait s'entraîner sur un des 18 courts de Tennis (en payant sa carte 80.000francs anciens.) ou sur le terrain de Hand puis manger ou boire à la "Maison du Club" sur place.
Et s'il voulait faire du sport, il avait encore la possibilité d'aller au stade Leclerc et de rencontrer des dirigeants du RUA.
..
Comme petit Yaouled, j'allais aussi en été en vacances avec le club à Thonon-les-bains ou Annecy. 20.000 Francs anciens pour un mois et demi. Voyage, hébergement, repas, excursions, spectacles compris. Il y avait aussi des sportifs de toutes les disciplines et de toutes les religions.
En annexe, je joins une photo du groupe RUA à Thonon , à toute fin utile, où chacun peut découvrir le caractère antiraciste de mon club.( je porte le n° 6 tenue de Basket)."
Jean-Pierre FERRER

- "J'ai appris et joué au Basket au RUA sous la conduite de Monsieur De Valors de 1954 à 1961, j'affirme qu'à aucun instant je n'ai entendu un propos raciste ou une allusion de ce genre.
Aussi bien au stade Leclerc qui nous servait de terrain d'entraînement qu'à la piscine du RUA durant l'été.
Cette affirmation de Jacques Attali est une pure invention"
Hervé CUESTA

Signalons au passage que l'un des plus célèbres joueur du RUA fut Albert CAMUS qui comme chacun sait mettait un point d'honneur à adhérer à des organismes au racisme si ouvertement proclamé.
"....Car, après beaucoup d'années où le monde m'a offert beaucoup de spectacles, ce que finalement je sais sur la morale et les obligations des hommes, c'est au sport que je le dois, c'est au RUA que je l'ai appris. C'est pourquoi le RUA ne peut pas périr. Gardez-le nous. Gardez-nous cette grande et bonne image de notre adolescence. Elle veillera aussi sur la vôtre." Albert CAMUS

Nous terminerons par quelques lignes du Professeur Maurice TUBIANA, non sur le RUA mais sur la société des "petits blancs" qu'il a côtoyéau moins autant que Monsieur Jacques Attali :

"Je crois que l'on peut reprocher à tous les clans leurs préjugés, leur repliement sur leurs communautés qu'ils jugeaient supérieures (je dis cela pour la communauté israélite dont je faisais partie, comme pour toutes les communautés européennes). Mais ne soyons pas trop sévères les cloisons n'étaient pas étanches... Chacun de ses groupes défendait son identité, mais inconsciemment prenait un peu, beaucoup aux autres. Car, nous cohabitions partout, de l'école au lycée, des villes aux plages. Il n'y avait pas " d'apartheid " en Algérie. Ce que nous avions en commun, tous, c'était la jouissance, le goût de profiter de ce que la terre, la mer, l'ambiance nous offrait." Source : "Pieds-Noirs" Ysabel SAHIAH, éditions Michel Lafon.

 

Documents photos :

Tour d'Alger 1961 sous les couleurs du RUA.
Accroupis: Benhacine, Bouireh, Jean Toureille (Entraineur), le père Defois, le fils Defois, ?, ? Debouts: Daulon Adèle (derrière Bouireh), Lelouch (derrière Jean), Delhoum, André Madjar, ?,

 

 

 

 

 

Photo envoyée par M Ben Hacine
Stades des Tagarins.
(De g. à d. PLOURDEAU Lucette, ANKAOUA Marie-Paule et NELZI tous du RUA)

Le RUA à thonon les bains. Photo de Jean-Pierre FERRER
Quelques adhérents
Léon-Philippe Malek, Norbert Goetz, André Géro ( origine : Juif Hongrois)

Pour quitter ce dossier, au quel cas, cliquer
sur rerour au menu Accueil,
du tableau situé à gauche, merci