"La vraie histoire des appelés d'Algérie"
Réédition d'un livre paru en 1977 sous le titre "Nous les appelés d'Algérie" ressorti avec l'intitulé : "La vraie histoire des appelés d'Algérie". Déjà, dans le titre, le ton est donné Il s'agit ici de vérité donc de références indiscutables.

Motivations des éditions Ramsay.
En cette fin d'année 2000, nous décidons de rééditer l'ouvrage de Jean-Pierre Vittori, paru en 1977 sous le titre "Nous, les appelés d'Algérie".
Les Éditions Ramsay
considèrent qu'il est de leur vocation de contribuer au travail de mémoire collective, sur ce sujet comme sur d'autres. C'est pourquoi elles ont décidé de publier également "On a torturé en Algérie", du même auteur. Nous souhaitons participer ainsi au débat qui s'ouvre enfin sur la guerre d'Algérie menée pendant plus de sept ans au nom de la République. Un besoin de vérité s'est fait jour dans l'opinion publique et dans la presse, délivrées de la nécessité de ménager les hommes politiques de l'époque, l'état major de l'armée, et les combattants eux-mêmes, français ou algériens.
Les appelés d'Algérie avaient vingt ans quand ils sont partis là-bas. Les témoignages que produit Jean-Pierre Vittori ont été recueillis entre 1975 et 1977, soit une quinzaine d'années après la fin de la guerre. Les hommes qui se confient ici sont donc dans la force de l'âge, ils ont eu le temps de mesurer ce à quoi ils ont participé, de faire le deuil de leur jeunesse brisée, de construire une vie d'adulte ou d'assister à leur impuissance à reprendre une existence civile normale.
La plupart, en tout cas, ont gardé le silence, y compris auprès de leurs proches, de leur femme et de leurs enfants même. " C'est le passé! " disaient-ils...
La France entière, en effet, s'était accommodée du silence. Elle a attendu le grand débat parlementaire du 10 juin 1999 pour que les députés décident de nommer " guerre" ce que l'on continuait à désigner comme les " événements d'Algérie " ou des " opérations de maintien de l'ordre" et de "pacification ".
Aujourd'hui, certains adultes sont les fils et les filles de ces appelés d'Algérie. La plupart ne savent rien de ce qu'ont vécu leur père. Toute une génération, qui n'était pas née à l'époque, doit apprendre ce qui s'est passé.
"On n'a jamais écrit sur le contingent avec tant de vérité, de justesse de ton, de rigueur et de mesure mêlées ", avait dit Gilles Perrault au moment de la première publication de ce livre.
Nous n 'y avons rien changé. Nous y avons ajouté seulement une préface de l'auteur
pour remettre le livre dans sa perspective temporelle. Le ton de l'écriture, le choix des témoignages et des thèmes gardent, plus de deux décennies après, le même intérêt historique et humain.

Il est bien évident que l'éditeur se moque complètement des bénéfices que cette réédition pourrait éventuellement lui rapporter puisqu'il n'est guidé que par le soucis de participer à l'écriture de l'histoire et non de surfer sur la vague dorée de la guerre d'Algérie. L'opportunisme ne peut être suspecté ici seulement l'expression de la vraie vérité. Qu'il nous soit permis de ne pas être du tout d'accord avec le jugement de Gilles Perrault. Car si l'on ne peut contester le travail d'investigation, les preuves de partialité de cet ouvrage sont tellement évidentes qu'elles ne peuvent être niées que par des sympathisants à une cause que nous connaissons que trop bien.

L'auteur :
J'ai été incorporé dans l'année en 1960, alors que j'étais un tout jeune homme, sans conscience des événements politiques et militaires qui agitaient la France. J'ai passé plus de quatorze mois dans une caserne française, avant de rejoindre un régiment stationné en Algérie. J'ai été un "appelé moyen ", soumis comme tous les autres à l'angoisse et à l'ennui, à la peur, à la mort. Le hasard a fait que je n'ai pas eu à assister à des événements, telle la torture, qui auraient constitué pour moi des traumatismes profonds, au centre de l'actualité aujourd'hui, ni donc à prendre de position claire là-dessus.
Quinze ans après cette guerre, journaliste, tourmenté par mon propre silence et celui de mes compagnons, je suis parti en quête de notre histoire commune. J'ai beaucoup lu, une centaine d'ouvrages, quantité d'articles de journaux et de textes officiels, pour faire ce difficile voyage, le premier dans la conscience d'une génération.
Et, surtout, j'ai fait appel aux témoignages de mes camarades. J'en ai rencontré et interviewé plus de trois cents entre janvier 1975 et avril 1977 C'est ainsi qu'a été fait ce livre.

Le contenu.
1. Préliminaires 11
2. La révolte des rappelés: premier acte 17
3. La révolte des rappelés: deuxième acte 30
4. La vie quotidienne 55
5. Accidents - Suicides - Embuscades 74
6. Prisonniers du FLN 88
7. Les paras 102
8. La torture 119
9. Insoumis et déserteurs 144
10. Putsch et contingent 160
11. Traumatismes 177
Conclusion 191
Annexes

Au fil des chapitres, l'accent est mis
- Sur la misère des musulmans qui est à l'origine d'une
"guerre imbécile et sans issue" (Page 198)
- Sur les officiers parachutistes
"Moitié héros, moitié bourreaux, les officiers paras ont quand même intoxiqué des milliers de garçons de vingt ans. S'ils croient être des révolutionnaires, ils n'entendent pas se situer à l'intérieur de la République qu'ils méprisent.
Quand ils tentent un coup d'état, c'est pour l'abattre. Après le 13 mai 1958, ils croyaient faire de de Gaulle un exécutant de leurs désirs. Mais on ne violente pas un de Gaulle. Et, le 21 avril 1961, ils croient abattre l'homme qu'ils avaient activement aidé à mettre en selle. Ils pensaient détenir assez de puissance pour tracer la voie d'une nation. Ils se sont trompés. Utiles pour mener la bataille d'Alger ou fournir les troupes de choc pour un coup d'État, ils deviennent des trouble-fête à l'heure de la négociation. Avec leur grande gueule et leurs certitudes, leur regard droit et leur courage physique, ils n'en demeurent pas moins les tortionnaires de la bataille d'Alger que la 10e division de parachutistes de Massu va mener et gagner." (Pages 115 et 116)

- Le code de la chevalerie du F.L.N
Comment sont traités les prisonniers ? Des consignes strictes ont été données, comme en témoigne une note d'un commandant de la willaya d'Oran concernant le convoyage
de prisonniers vers le Maroc 1 :
1. Les faire acheminer par groupes de deux.
2. Les groupes ne doivent pas se rejoindre. Il doit y avoir un intervalle d'au moins deux jours entre eux.
3. Ils doivent avoir les mains liées pendant les marches nocturnes.
4. Ils passeront la nuit dans les malais (campements), et le jour ils seront conduits en forêt. Là où il n'y a pas de forêt, rester en alerte sur place.

5. Pas de tortures, être correct avec eux, sans plus. Les considérer comme prisonniers.
6. L'acheminement doit être très secret. Ne pas dire aux civils que ces hommes sont des prisonniers.
7. Ne pas cesser la surveillance, ni de jour ni de nuit, et surveiller tout particulièrement le gradé.
8. Transmettre toutes ces consignes au groupe qui prendra en charge ces prisonniers.
Ces consignes, formulées avec de légères variantes, ont été retrouvées dans la plupart des willayas. Il s'agit donc d'une ligne politique dictée par les chefs du FLN.

1. Note prise sur un soldat de l'ALN et publiée en octobre 1958, au sujet du convoyage d'un groupe de prisonniers. (Page 90)

Les exécutions malencontreuses et rares de certains militaires français par le F.L.N n'est le fait que de représailles contre la guillotine.(Page 91 & 92)

- La torture
Quelques scènes détaillées rapportées par les anciens appelés.

- L'intoxication concernant la bestialité du FLN
Aux témoins de tels actes (barbarie FLN. NdlR), il faut ajouter ceux qui n'ont rien vu, mais qui racontent quand même. La majorité. Des brochures sur les crimes des fellagha circulent, et des appelés ont vu en effet des films de propagande décrivant complaisamment les diverses mutilations infligées par des rebelles sans foi ni loi. Des histoires horribles se transmettent de contingent en contingent. A tel endroit, les rebelles ont égorgé tant de personnes. Et de citer le nom d'un village situé très près du lieu où stationne l'unité. Comme ces récits ne sont jamais situés dans le temps, tous ont l'impression que les événements décrits datent de la veille. Ainsi, les exactions du F.L.N apparaissent permanentes et menaçantes.
D'autres récits courent. Les rebelles ont décidé d'attaquer le convoi de ravitaillement ou la patrouille. Heureusement, une séance de torture pratiquée à bon escient a permis de déjouer leur plan, et de sauver, des vies humaines. Ce sont partout les mêmes histoires. A croire qu'elles ne circulent pas innocemment.

Dans ce contexte de crainte et de haine, la torture a pu se développer, se généraliser, passer du stade artisanal au stade industriel. (Pages 125 & 126)

L'auteur qui minimise (récuse?) les atrocités du F.L.N, fustige "ceux qui n'ont rien vu". Impliquant par la même que les témoignages de ceux qui ont vu sont nuls et non avenus.
Dans sa présentation l'auteur atteste : " Le hasard a fait que je n'ai pas eu à assister à des événements, telle la torture". Il n'a donc lui aussi rien vu mais il semble beaucoup plus réceptif aux tortures des uns et met en doute les barbaries des autres.

- L'O.A.S.
L'Organisation de l'Armée Secrète (O.A.S.) est née quelques mois auparavant de la réunion de plusieurs groupes d'activistes. Après l'échec du putsch des généraux, elle se lance dans l'action violente. Pendant des mois, plasticages, meurtres, incendies, deviennent monnaie courante dans les villes. Les pieds-noirs ont trouvé leurs Zorros. Ils vibrent aux exploits de cette année clandestine qui utilise tous les moyens de la terreur, alors qu'ils ont toujours condamné sans ménagement les actions pourtant généralement moins meurtrières du FLN. (Page 174)
- Les sources
Quelques documents officiels, JJSS, Jules Roy, des publications de déserteurs ou porteurs de valises et surtout : "Dans son livre La Raison d'État (Éditions de Minuit, 1962), Pierre Vidal-Naquet publie un choix remarquable de textes officiels. C'est de ce livre que proviennent les principales citations que nous donnons dans ces pages." (Page 134)

Tout y passe. La légitimation de l'insurrection considérée comme générale et unanime, l'angélisme des combattants de l'A.L.N, les généralisations sur la torture de l'armée française, "les corvées de bois", le verre d'eau bien sur, les brutalités de l'O.A.S.. Les mêmes silences, les mêmes omissions, les mêmes négations du contexte. S'ajoutent en plus quelques contre vérités flagrantes. Et si nous sommes sensibles à certains témoignages parfois poignants rapportés, il en reste un livre comme nous en connaissons beaucoup. Conforme au climat ambiant. Aucun manichéisme, aucune partialité et pas idéologiquement orienté pour deux sous...

 


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