Il quitte cette contrée fin juin 1962, à la veille de l'indépendance, et rejoint sa nouvelle affectation à Châlons-en-Champagne, où il se trouve, dix ans plus tard, à la tête du service de la Sûreté urbaine. En 1972, il prend la direction de ce même service pour le chef-lieu du Lot d'où il part en janvier 1984 pour la Guyane. Il revient d'Outre-Mer après quatre ans, avec une affectation pour Grenoble où il termine sa carrière.
Notre avis : Ce récit est la vision d'un policier, un "Français de France" immergé dans l'Algérie en guerre. Il décrit les investigations et les opérations de police, ses rapports avec l'armée, la difficulté d'action des forces de l'ordre et la vie des autochtones confrontés à la mort quasi quotidiennement. Il montre l'état d'esprit d'une communauté trahie et souvent esseulée et le malaise croissant des représentants de l'ordre et des militaires désabusés, consternés et démoralisés par une politique fluctuante et des déclarations officielles contradictoires. Il dépeint les méthodes du FLN qui augmentait ses effectifs en faisant régner une terreur sans limite, et ses procédés d'attentats aveugles, de tortures, d'exécutions sommaires et de violences barbares rarement attestées. Il expose les inquiétudes qui naissent au fil des jours, les musulmans pro français pris entre deux feux, les joies des PN qui se changeront en un désespoir immense. Cette société des "petits blancs" qui s'accrochera à toutes les solutions y compris celle de la violence pour finalement prendre le chemin de l'exil sans retour. C'est un reportage historique qui a au moins autant de valeur que les pensums pseudo-littéraires qui nous sont imposés comme vérités authentiques. Cependant, ne correspondant pas à la ligne de la pensée unique et exposant un point de vue jugé non conforme, cette chronique est mise sous l'éteignoir et recouverte de la chape de la confidentialité qui l'éloigne des médias par un accord tacite des tenants de l'authenticité certifiée et dogmatique. Pour obtenir la grâce d'une publicité médiatique il aurait fallu décrire les tortures de l'armée française, fustiger le racisme des Pieds-Noirs et représenter une société coloniale coupable de tous les maux. Ce n'est pas le cas. Dès lors, ce témoignage restera dans les oubliettes déjà débordantes d'écrits sanctionnés comme trop préjudiciables à la norme imposée par les justiciers de salon et les théoriciens au sectarisme exacerbé. Un livre à lire donc, ne serait-ce que pour ce qui précède. Car de nos jours les écrits qui ne portent pas le sceau de l'approbation publique autorisée et qui sont relégués dans les profondeurs du "box office" ne peuvent qu'être intéressants et utiles à la manifestation de la vérité.
|