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Harkis,
crime d'Etat. Document. Généalogie d'un abandon
Boussad Azni Editions Ramsay, Paris
2002
L'auteur :
Boussad Azni
Fils de harki, il a été détenu au camp
de Bias de 1963 à 1971.
1l est à l'origine de la création du Comité
national de liaison des harkis,
qui a déposé une plainte contre X pour crime contre
l'humanité, à Paris, le 30 août 2001.
Note de l'éditeur.
De mars à juillet 1962, alors que les troupes françaises
stationnent encore en Algérie, les "vainqueurs"
du FLN se saisissent des harkis, ces "supplétifs"
musulmans français qu'on leur a abandonnés pour
quelques arpents de sable, et les assassinent, eux et leurs
familles.
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Les harkis ont failli être les oubliés de la
guerre d'Algérie. Les rares rescapés du massacre et leurs
enfants, enfermés dans des camps, auraient pu perdre la raison,
et la mémoire. Acculturés, manipulés, ils auraient
pu disparaître définitivement, mais ils se sont battus.
Fiévreusement d'abord, puis plus posément, avec les arguments
du bon droit. Enfin, plus récemment, en déchiffrant les
arcanes du droit international, ils ont déposé une plainte
pour crime contre l'humanité. C'est ce génocide prémédité,
crime de guerre et crime d'État, que raconte ce livre.
Notre avis :
Si certains avaient une quelconque ignorance de l'ignominie faite
aux Harkis, la lecture de ce document devrait y remédier. La
description de la vie au camp de Bias dans le Lot et Garonne (chap
6) à l'écart du monde connu, nous éclaire davantage
sur l'apartheid infâme dont furent sujets ceux qui sacrifièrent
leur terre et leur vie pour servir la France et qui furent entassés
et parqués dans des cabanes précaires et en principe
provisoires qui pour certains seront leur demeure à la fin
d'une longue et dérisoire errance.
Long chemin de croix des " supplétifs ", d'abandons
en camouflages, de fuites en sauvetages, de camps de triage en hameaux
de déforestage. Litanie d'humiliations, de mépris, d'indifférences
et d'hypocrisies. Boussad Azni nous conte ce que fut sa vie. Ses premières
années sur le sol ingrat d'une métropole hautaine et
amnésique qui renia sans vergogne ces " enfants par le
sang versé ". Elle persista à laisser ces "
intrus " pendant des années dans un environnement sans
hygiène et surtout sans avenir.
En parcourant ces lignes, on ne peut rester insensible au long calvaire
de ces hommes détruits par le déracinement, l'insensibilité
d'une patrie d'adoption d'une ingratitude et d'une cruauté
sans limites. Ces soldats qui pour la plupart choisirent la France
et crurent en sa grandeur et sa générosité, contraints
à devenir des mendiants et pour certains d'entre eux, des épaves
brisées. Malheur aussi d'une deuxième génération
sacrifiée sur l'autel de l'oubli. Ceux qui ne furent pas considérés
comme " une chance pour la France " mais comme des témoins
gênants des promesses envolées.
Boussad Azni va plus loin et donne une piste
intéressante (page 92) qui expliquerait l'abjection et la cause
principale du comportement infâme de la patrie des droits de
l'homme à l'égard de ses enfants non désirés.
Nous touchons au sordide. Car à coté des dispositions
connues et officielles concernant l'utilisation de la base de Mers
El Kebir pour une durée de 15 ans et de certaines installations
militaires dans le Sahara notamment, il lève le voile sur le
secret d'état de la base " B2-Namous " qui fut un
des centres d'expérimentation d'armes chimiques à l'air
libre, parmi les plus importants du monde. Une installation ultra
secrète dans le nord du Sahara où jusqu'en 1978 l'armée
française expérimentera en atmosphère, des armements
en principe prohibés et déclarés inexistants.
Cette révélation est attestée par l'ancien ministre
des armées de 1962, M Pierre Mesmer, dans un entretien donné
au " Nouvel observateur " du 23 octobre1997. Cette annexe
secrète aux accords d'Evian participerait pour une bonne part
à l'indifférence calculée sur le sort des Harkis
qui furent utilisés comme monnaie d'échange.
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