Une double imposture.
Par une étrange coïncidence, deux faits qui ne sont pas sans lien, viennent d’illustrer le mépris du gouvernement français à l’égard des français d’Algérie, de leur histoire et de leurs ancêtres. L’étrange, qu’on peine à ne pas associer au sordide des impératifs diplomatiques, vient de ce que, quelques jours après avoir demandé pardon aux algériens pour les répressions sanglantes de Sétif et de Guelma, sans un mot de compassion pour les centaines de victimes européennes, la France vient de prendre l’initiative de raser les cimetières où reposaient certains des français massacrés au cours de cette triste période.
Une telle initiative émanant des autorités algériennes nous aurait peinés sans nous surprendre.
Que ce soit au nom de la France que, par deux fois, la mémoire de nos ancêtres soit profanée confirme que dans la conscience collective, les français d’Algérie demeurent des étrangers sur une terre qu’ils avaient cru être la leur, plus de quarante ans après leur exil.
On peut admettre que, dans une démarche de réconciliation, la France et l’Algérie, se soient retrouvées pour reconnaître respectivement leurs fautes ou leurs crimes, et, respectivement, aient demandé et accordé un pardon qui apaise et réconcilie, comme autrefois, la France et l’Allemagne.
Mais qu’un ambassadeur français, mandaté par son pays commette l’outrage d’oublier les civils européens massacrés femmes et petits enfants égorgés, le 9 mai 1945 et exprime un hommage sélectif et une repentance univoque n’est ni une faute ni une erreur mais la détermination évidente de profaner leur mémoire et de falsifier la part d’histoire qui nous appartient.
Et si dans un élan de compassion sincère, cet ambassadeur avait eu le courage d’associer aux victimes arabes de la répression de 1945, les 80.000 harkis et les milliers de français égorgés après l’Indépendance, nous, pieds noirs, nous aurions applaudi, parce que nous aurions trouvé dans ce début de reconnaissance, la paix que nous recherchons depuis près d’un demi siècle.
Dans une coïncidence où l’intention est manifeste, quelques jours après, l’Etat français, à l’étonnement des autorités algériennes elles mêmes, prend l’initiative de raser une quarantaine de cimetières français, là ou précisément reposent les restes de ce mêmes français massacrés unis à ceux qui le seront, vingt ans plus tard….
Pour faire bonne mesure, s’ajoute la sordide proposition de faire transférer en France, à titre onéreux, les cendres de ces morts dont les descendants seront assez fortunés pour payer…
Je cherche dans ces dispositions révoltantes un peu d’humanité, une expression de cette France généreuse et respectueuse, modèle de justice et mère des droits de l’homme qu’avec foi, les institutrices de mon école de Guelma m’ont présentée comme ma patrie. Je cherche dans l’imagination des génies français, cette part d’invention qui aurait pu proposer d‘unir dans un même transfert, tous ces morts délogés après des décennies de repos pour être ensemble ensevelis dans la même fosse commune, mais sur une terre définitivement française offerte par la France qui la leur devait bien …. Il est des imaginations qui s’inspirent d’un élan du cœur.
Le gouvernement français ne manque pas d‘imagination ; je crains qu’il n’ait pas ce minimum de cœur qui lui aurait dicté des décisions moins indignes.
Guy
Bezzina
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