Lettre envoyée à Madame Aubenas,
restée sans réponse
Nice, le 8 juillet 2005
Madame Florence Aubenas
Libération
115 rue Béranger
75154 Paris cédex 03
Madame,
Je vous avais écrit le 13 juin pour vous inviter à participer à une marche silencieuse, en
mémoire de nos disparus, organisée par trois filles de disparus en Algérie, en 1962.
A ce jour,
je n'ai reçu aucune réponse. Si vous m'aviez répondu que vous étiez très sollicitée, c'eût été
hypocrite mais poli. Si vous m'aviez répondu que nos morts et nos disparus ne vous
intéressaient pas, c'eût été cynique mais honnête.
Mais ce refus du moindre mot de
compassion, à défaut de soutien, en dit long sur les indignations à géométrie variable qui
accompagnent tel ou tel acte de terrorisme, sur les lamentations suscitées par telles ou telles
victimes. La vie de nos otages avait si peu de valeur que personne n'a jamais réclamé de
rançon pour les libérer. Aucun d'entre eux ne collaborait à un journal branché. Il ne s'agissait
que d'enfants, de femmes, de vieillards coupables, simplement, du délit de faciès.
Pour les morts de Manhattan et de Madrid : trois minutes de silence. Pour nos morts et nos
disparus : vingt-deux millions trois cent mille minutes de silence.
C'est long. Surtout pour ceux qui restent. .
Je souhaite que vous vous rappeliez et que vous rappeliez à vos confrères, que les barbares
d'aujourd'hui, à New York, Madrid, Londres étaient vos héros d'hier, à Alger.
Josseline Revel-Mouroz
CENTRE D'ETUDES PIED-NOIR
14, avenue A. de Vigny
06100 Nice