COORDINATION des ASSOCIATIONS de FRANÇAIS D’ALGÉRIE et HARKIS du VAR EST
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Le 25 mars 2005

Cimetières français d’Algérie - Réflexions

Nous avons pris connaissance des dispositions de l’arrêté du Ministère des Affaires Étrangères du 7 Décembre 2004, relatif au « Regroupement des sépultures françaises en Algérie »
Cette affaire, après bien d’autres, ravive dans la communauté des Français d’Algérie, victime d’un déracinement imposé et d’une intégration difficile en métropole, des sentiments d’injustice et d’incompréhension.
La décision de regroupement, devenue impérative et urgente, après de trop longues années d’indifférence et de laisser faire, peut devoir répondre à des nécessités « pratiques » : elle ne doit en aucun cas en négliger l’aspect humain.

Les restes sacrés de nos parents, qui ont échappé pendant quarante-trois ans aux pillages, aux vandalismes, à la haine profanatrice, doivent en effet être préservés, conservés et rassemblés dans des sépultures sûres, décentes et communes.

La tâche immense que représente l’entretien ou la réhabilitation de nos cimetières isolés et délabrés, et en l’absence de toute volonté politique sur place, ne pouvait qu’amener l’Autorité Française à entériner la disparition pure et simple de nos pauvres nécropoles et à envisager le regroupement mentionné dans l’arrêté du 7 Décembre.
Ce repli, aveu tardif de carence sur des projets modestes et facilement réalisables, suppose de tels concours de bonnes volontés, de telles vertus de moralité, de persévérance et d’efficacité concrète, qu’il nous paraît illusoire d’espérer la réelle sauvegarde de ces ultimes lieux de repos et de mémoire dans un environnement indifférent ou hostile, parfois haineux pour des minorités animées de la volonté d’effacer radicalement toute trace du passé français en Algérie.
Il n’en va pas tout à fait de même pour les cimetières des grandes villes, Alger, Oran, Constantine, Bône…plus accessibles, plus visibles et plus faciles à entretenir avec un minimum de coopération inter-états. Nous demandons pour eux des actes forts, publics, transparents, afin de les préserver et de les réhabiliter.
Par ailleurs, l’article 2 de l’arrêté du 7 Décembre 2004 suscite notre indignation et notre réprobation. Il est conseillé aux familles « de faire savoir au Consul Général territorialement compétent si elles souhaitent effectuer le transfert en France, à leurs frais, des restes mortels de leurs défunts »
En d’autres termes moins diplomatiques, la France, après nous avoir chassés de notre terre natale, nous avoir spoliés, nous propose, quand elle les retrouve, de nous vendre nos morts, ou ce qu’il en reste.
Cet article 2 est indécent et inacceptable. La proposition qui nous est faite, très matérielle en une matière si sensible, témoigne de l’immense distance intellectuelle, morale et éthique entre ceux qui l’ont rédigée ou inspirée, ceux aussi qui l’ont signée et promulguée, sans que ne se soulève en eux la moindre interrogation quant à la réaction de ceux qu’ils prétendent satisfaire.
Il s’agirait donc d’acheter quelques ossements anonymes, ratissés çà ou là, de nos parents, ou prétendus parents, qui reposent dans la terre qu’ils ont fécondée et aimée. Le message qui nous est adressé est très limpide « Vous avez abandonné vos tombes lors de votre exode ; venez reprendre vos morts si vous réussissez à les identifier, et payez leur voyage, comme vous avez payé le vôtre il y a plus de quarante ans. »
Il est difficile d’imaginer une attitude plus ironique, plus méprisante, plus provocatrice.
Notre sentiment est bien sûr de sauver et de préserver ce qui peut l’être, dans les cimetières abandonnés et dans ceux pour un temps épargnés. Il l’est aussi de laisser les morts en paix. Ils ont mérité de devenir poussière sur la terre où ils ont vécu, et dont ils n’ont pas connu la douleur de l’arrachement.
Et si l’esprit patriotique et la compassion ont encore un sens dans notre pays, et il vient récemment de le prouver en s’inclinant devant les victimes de la Shoah, alors qu’il agisse, non par diktat et ultimatum, mais en concertation totale, officielle, avec des représentants élus des principales Associations de Français d’Algérie. Certaines sont très au fait de ces problèmes, plus communicatives et plus crédibles que les Assemblées Populaires Communales Algériennes qui, la plupart du temps, ne répondent pas aux courriers adressés.
Que notre pays s’attache avec opiniâtreté et respect à conserver ce qui reste en Algérie de notre passé, sans réclamer aux innombrables victimes, une fois encore, le prix de sa politique et de leur désespoir.


Pour la Coordination,
Le Porte-parole,


Paul BIREBENT



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