La lettre de mon MOULOUD ... du 31/01/05.
(Mouloud est un algérien,
un ‘’arabe’’ que mes parents employaient de temps à autre, là-bas. Il était devenu
un familier et, comme il m’appelait ‘’Jacquoti’’ (mon Jacquot), je l’appelais
mon Mouloud...de son vrai nom Mouloud BEN TSIRAOUTE.
Aujourd’hui, il vit au
pays. C’est devenu un chibani, un ancien, un sage dont on prend l’avis ...
De
temps en temps, il m’écrit...
Jacquoti, je t’écris parce que la grigna (1)
elle me vient, comme ça… Je vais t’expliquer.
Bachir,
le neveu au Bachagha (2) il m’a téléphoné l’autre jour et c’est pour ça.
Tu
sais son fils Ali, il fait des études de l’informatique et il s’est acheté tout
un chouari (3) de pécés et tout le fourbi qu’il va avec. Quand il est venu l’été
dernier en vacances à BENAÏRIA (que c’était FLATTERS, là où il y a la panthère
empaillée à la mairie.) Non, tu ris pas, va, c’est pas pour le maire que je dis
ça. Il y aurait pas que lui qu’il faudrait empailler, ouallah (4), je te jure,
ya Jacquoti.
Bon quand il est venu, il a amené un ordinateur portable qu’il
a dit, avec des piles, sans la prise de courant et il m’a fait comme au cinéma
ou à la télé ! En plus mieux encore ! Avec une machine qu’elle est pas plus grande
que ça !
Et vas-y que je te tape sur les lettres et le pécé il éclaire ! Il
fait même la musique et des films en dévédé, couleur et tout et tout. Tu le vois,
tu le crois pas ! On dirait s’hoûrr !(5)
Bon alors et maintenant, il est revenu
pour l’Aïd… presque en cachette, pourquoi le Bachagha, tu sais bien …
Tu sais
chez nous on dit : Li fêt mêt (6) mais roud balek (7) quand même. M’atâhsiche,
ne crois pas.
Alors, voilà, il m’a fait montrer les messages envoyés en ce
moment pour la loi des rapatriés pour qu’on leur donne des sous enfin qu’ils attendent
depuis … Ya hasraaa (8)… plus de quarante ans !
Ouallah, Jacquoti, y sont
venus tous fous ou quoi, les rapatriés ? Ma parole, les arabes comme les français
pieds-noirs.
Tout le monde y parle à la fois, personne y commande et tout
le monde y commande. Rien qu’ils mettent des lettres majuscules que Âzrinn (9)
même y comprend rien ! Personne qui signe : on sait pas qui c’est qui parle à
qui !
Un bagali tout à fait ! Presque on dit du travail arabe, samahni excuse-moi…
M’khallat mââ krââ el kelb : on dit : mélangé avec une patte de chien !
Y
disent qu’il faut écrire tous aux députés pour qu’ils se mettent coupables eux-mêmes
des malheurs de notre pays et de vous autres en 1962 !
Ya
oulidi, y croient au Père Noël, je te jure !
Tous les grands
chitanes (10) qui ont fait ou qui ont laissé faire, encore ils ont la forsa !
Tant qu’ils meurent pas, jamais ça change que, si on sait la vraie vérité, ouallah,
tous y faut qu’ils aillent fi l’habss oulla (11) à guillotine ! ou le bloton de
douze balles dans la peau, comme aux tirailleurs ! Je te dis.
Et alors, maintenant,
tous les rapatriés y continuent à parler tous à la fois.
Ma parole on dirait
plus la chikaya des arabes que les français y se moquaient…
Tous y veulent
courir en devant les autres pour faire croire il est le plus fort.
Jamais
de la vie ça peut marcher : ils font des associations pour défendre et tout suite,
y refont une autre par-dessus et encore et encore !
Bientôt, hâk rabbi (12),
chacun y fait son association et ada bark ! ça suffit !
Moi, ce que je te
dis, je m’en fous pas mal, tu sais, pourquoi je touche ma pension tirailleur pour
la France en 39 et chez les Indochiens (13), avant la zinzla (14) de 54, alors,
bismillah (15), ça suffit pour je vis bien.
La prochaine fois, tu m’envoies
des cigarettes de France, si te plaît. Je sais, ya oulidi, tu m’as dit que c’est
sûr ça donne le cancer du poumon mais ça fait rien : Mektoub ! Comme ça je fais
jaloux les amis avec le tabac de França !
Si je dois mourir du cancer, eh
bien, même si je fume pas, je meurs quand même ! Alors ?
Ouach n’dirou ?
Rana fi l’yid Allah ! (16) Personne il échappe, va!
Comme les enfants du quartier
y disaient : Allah il est grand et Mohammed y s’en profite, tu te rappelles ?
Ya hasra ! Comme c’était le bon temps tu sais. Mektoub ! Mektoub !
Allez,
à la prochaine.
Tu embrasses bien toute la famille, l’âdjouza (16) Zézette
et surtout, tu oublies pas tes petites filles et Mamar, comme tu dis à Marius.
Inch’Allah (17) je peux les voir moi aussi bientôt.
Talbah ou fil’amine !
(18). Toute mon affection pour vous.
sur le lien de votre choix du menu ci-joint à gauche, merci |