Reste-t-il, aujourd'hui, dans cette communauté rapetissée de Français d'Algérie, que nous persistons de croire bien vivante en dépit de son amenuisement, beaucoup de gens pensant que Jacques Chirac, ses ministres, ses députés ou sénateurs, bref, tous les élus de notre pays, se soucient, réellement, du sort qui est le nôtre ? Qui s'intéresse encore à la manière
dont nous sommes sortis de ce grand drame de 1962/1963, à la
façon dont nous avons traversé ces quatre décennies,
à tout ce qui se cache encore derrière le lourd rideau
de notre exil et de notre ruine, ce qu'occultent volontairement nos
concitoyens de Métropole, lesquels considèrent que «
dans l'ensemble », les rapatriés En ces premières semaines de l'an 2005, quarante-trois
ans après avoir été salement, méchamment,
expulsés de cette province française sur laquelle nous
avions des droits, force nous est de constater qu'au final, c'est
la France entière qui nous a oubliés, sans avoir pris
la dimension de notre détresse et de notre désarroi
lors de la fin terrible du conflit algérien, Constat bien affligeant pour ces centaines de milliers de déracinés que nous sommes, centaines de milliers d'hommes et de femmes si brutalement plongés dans le malheur et découvrant une Mère-Patrie insouciante et bien peu accueillante. Mais il ne pouvait guère en être autrement dans ces années d'obscurantisme national, si opportunément cultivé par un proconsul dénué de toute humanité, de toute compassion, de toute pitié, au point de déclarer, à notre encontre, bien avant notre exode massif : « Ah ! les Français d'Algérie ?... Eh bien, ils souffriront... ». Repliés de force sur la Métropole, ce qui nous a manqué alors, c'était une bonne explosion de colère, à l'instar de celle de mai 1968, laquelle bafoua l'Autorité. Mais nous étions assommés par notre drame, nos deuils, nos disparus, nos familles dispersées, nos liens brisés et, malgré tout, l'impérieuse nécessité de survivre.
Mais, en maints lieux et en maintes circonstances, la revendication de cette différence a joué contre eux et contre l'unité de notre communauté. Nous nous sommes suffisamment expliqués au long de maints et maints articles sur les néfastes divisions qui brisent l'unité du monde rapatrié, donnant naissance à des clans égoïstes, ne jouant qu'à leur propre profit - et le plus souvent pour bien peu - condamnant ainsi notre vaste communauté qui, pour être comprise et entendue, aurait dû parler d'une seule voix ! Un certain nombre des nôtres - dont nous sommes - l'ont compris, tandis que d'autres non. Et, dès lors, l'entretien des divisions et des malentendus nous conduit à ce triste constat : les problèmes des rapatriés - et, en particulier ceux de nos frères Harkis - auraient dû être résolus, depuis longtemps, si nous avions tous su respecter l'union sacrée qui s'imposait ! Se demande-t-on, aujourd'hui, qui a été le grand gagnant de ce désordre dans nos rangs ? Le bon exploitant de toutes nos divisions ? On ne peut y voir que l'Etat français, tous gouvernements confondus, auxquels, par nos querelles et nos scissions, nous avons finalement permis de se jouer de nous !
La lacheté de nos hommes politiques est telle que nous pourrions bien, très prochainement, lire ces excuses en préambule du fameux pacte que nous concote le duo Chirac-Bouteflika pour de toutes nouvelles et fraternelles relations franco-algériennes !... De cela aussi, nous reparlerons... A quelques semaines de distance, un autre sujet nous préoccupe : la déferlante médiatique accompagnant la détention, puis la libération de MM. Chesnot et Malbrunot, nos deux confrères otages détenus depuis quatre mois en Irak. Certes, nous nous réjouissons du retour à la liberté de ces deux hommes, comme nous savons nous réjouir de tout ce qui met fin à l'arbitraire et à l'injustice. Cela dit, nous n'aurons pas l'impudence d'inventorier le troc exact ayant abouti à la libération de ces deux détenus. Peut-être, eux-mêmes, n'en sauront-ils jamais rien, l'essentiel étant que cesse cette affaire, nuisible aux bons rapports franco-irakiens. Nos deux compatriotes sont sains, saufs et libres. Ne retenons que cela. Cependant cette affaire réveille notre colère et notre amertume pour ce qui s'est passé, il n'y a pas si longtemps, en Algérie, puisque nous n'avons pas encore pu faire le deuil de ces milliers de Français - tout aussi français et tout aussi innocents que nos deux journalistes - dont le sort malheureux n'a jamais ému, en France, personne d'autre que leurs propres familles qui les pleurent encore aujourd'hui, comme vient de le prouver le gigantesque colloque organisé en octobre dernier à Perpignan sur nos disparus en Algérie ! Voilà des milliers d'hommes, de femmes, de vieillards et d'enfants capturés, eux aussi, par de soi-disant bandes irrégulières, emmenés on ne sait où sans que nulle autorité officielle ne s'en inquiète, en dépit de ce que devait être la charge première de l'Armée française, demeurée, à cette fin, sur place : la protection des Français, une mission parfaitement précisée dans ces fameux « accords » signés à Evian en mars 1962, qu'osent fêter chaque année, avec entrain, les joyeux drilles de la FNACA ! On sait, aujourd'hui que les Autorités françaises eurent pleinement connaissance de ces faits criminels, ces enlèvements et qu'elles furent même informées du sort impitoyable réservé à ces milliers de captifs dont elles tenaient, politiquement et militairement, la survie entre leurs mains. Il leur suffisait d'intervenir. Mais rien ne fut tenté pour sauver ces milliers de Français innocents, de peur de mécontenter le nouvel allié de la France, le très barbare et très sanguinaire FLN des Bouteflika et consorts... ! Cette série d'enlèvements, de crimes, poursuivis pendant de longs mois, systématiquement minimisés, voire occultés, par la plupart des médias, porte un nom, d'autant plus qu'elle s'amalgame avec le massacre programmé de plus d'une centaine de milliers de Harkis sur lequel tout, ou presque, a été dit: UN GENOCIDE! Oui, à juste titre, nous sommes amers et révoltés en constatant l'énergie, la solidarité exacerbée à tous les niveaux et la médiatisation à outrance pour sauver nos deux compatriotes captifs en Irak, alors que la France de 1962/1963 a refusé de faire le moindre geste pour délivrer les milliers de Français innocents qui, pendant quinze mois durant avant d'être mis à mort, sont restés captifs en Algérie ! Il faudra bien pourtant qu'on nous explique cet odieux refus d'intervention, non pas comme a cru pouvoir se disculper Charles De Gaulle « pour ne pas refaire une guerre d'Algérie » (sic). Ce propos, si digne qu'il soit de son auteur, est, à la fois, lâche et idiot venant de la plus haute Autorité d'un grand pays défenseur des Droits de l'Homme ! Ce crime est un crime d'Etat, avec un premier responsable
et de très nombreux et actifs : complices : l'Histoire de France
de cette époque nous désigne bel et bien le «
Pinochet » et les élucubrations de M. De Gaulle fils
n'effaceront jamais les crimes impunis qui jalonnent si lugubrement
la « carrière » de son illustre « papa »,
ordonnateur cynique d'une tragédie dont on admet aujourd'hui
qu'elle a pu faire, sous la responsabilité directe de la France,
PLUS DE DEUX CENT MILLE MORTS ! Nous avons évoqué deux époques, en même temps que deux drames sans commune mesure : d'un côté, en effet, deux captifs de l'armée islamique irakienne, de l'autre, des milliers et des milliers de « disparus » les uns comme les autres français et innocents, relevant d'une même situation humanitaire, mais il s'en est suivi, pour les uns une mobilisation d'intérêt national et, pour les autres - de loin les plus nombreux et les plus exposés à la barbarie- "On s'en fout... " d'une République sans honneur, fuyant ses obligations commes ses respnsabilités ! A plus de 42 ans du drame des seconds, notre communauté n'a rien, absolument rien oublié et nous souhaitons, une fois de plus, le rappeler à la France et aux Français, en nos coeurs saignera aussi longtemps que justice n'aura été rendue à ces malheureuses victimes et que procès et châtiment n'auront pas frappé les coupables, tous les coupables, y compris ceux dont l'âme damnée a déjà eu à affronter la Justice Divine ! Nous ne pouvons permettre que ces innombrables rapts, viols, tortures et assassinats s'estompent dans l'esprit public, pas plus que nous ne pouvons continuer à porter, seuls, le poids de ces milliers de victimes, sachant que chacune d'elles a subi les plus effroyables souffrances jusqu'à cette délivrance que leur a apporté la mort ! La France, qui exige aujourd'hui que la Turquie reconnaisse le génocide arménien, doit, en priorité, reconnaître, elle-même, sa responsabilité pleine et entière dans le massacre de 200.000 Français, en Algérie, dans les années 1962/1963. Elle doit reconnaître aussi qu'elle a délibérément accepté leur odieuse mise à mort alors qu'elle avait, diplomatiquement et militairement les moyens d'une intervention efficace pour les sauver ! Nous ne pouvons plus tolérer ni le silence sur ce génocide, ni les mensonges pour s'en disculper. En cette année 2005 qui projette une réconciliation franco-algérienne, NOUS EXIGEONS, avant toute autre proclamation, celle de la vérité sur ce manquement criminel de l'Etat gaulliste quant à ses propres engagements ! Un manquement qui a abouti aux mutilations et à la mort atroce de milliers d'innocents, souvent capturés et exécutés au vu et au su de nos forces militaires, interdites d'intervention ! Nous ne pouvons plus accepter qu'après s'être émue et mobilisée pour sauver deux de ses enfants, ce qui était humain et pleinement normal, la France continue de se taire sur sa responsabilité dans les effroyables tueries qui se sont succédé alors qu'elle avait, encore, tous les pouvoirs sur ses trois départements d'une Algérie encore française ! Il n'appartient pas qu'aux seuls Algériens de rendre des comptes sur ces crimes. Ils les ont commis parce que la France, passivement, non seulement les a laissés faire," mais encore a assuré leur impunité ! Notre pays doit la vérité sur ce crime d'Etat à tous ses citoyens, quels que soient les hommes impliqués dans ces événements tragiques qui n'auraient jamais eu lieu sans la perfidie et le manquement à l'honneur du Chef de l'Etat, ceci dans une indifférence nationale des plus condamnables ! Le 5 décembre dernier, lors des cérémonies d'hommage aux Anciens Combattants, nous avons retenu du discours de M. Raffarin : « Après le temps de la douleur, vient celui de la réparation et de la reconnaissance, puis celui de l'apaisement et de la réconciliation. ». Nous avons aussi entendu M. Mékachera : « La guerre d'Algérie a profondément et durablement marqué les consciences. A cet hommage, nous associons les victimes civiles de toutes les confessions. Nos pensées vont vers celles et ceux, civils et militaires, qui ont souffert et souffrent encore des drames et des déchirures provoqués par ces années de violence et de haine. Cinquante ans après le commencement de cette cruelle épreuve, s'ouvrent des temps 'nouveaux...».
« Connaître le passé - nous expliquait Raymond Aron - est une manière de s'en libérer puisque, seule, la vérité permet de donner assentiment ou refus, en toute lucidité. ». Il s'avère que, pour nous, à VERITAS, faire connaître ce passé est une mission sacrée, d'autant plus que la vérité sur notre drame est toujours dissimulée, depuis quarante ans, par des responsables qui s'en sont faussement expliqués pour mieux se dégager des responsabilités auxquelles ils ont lâchement failli. Certes, ce passé est le nôtre, mais il importe, aujourd'hui, qu'il soit connu de tous les ignorants afin qu'ils puissent discerner clairement tous les complices de ce crime d'Etat qui ont cru que le silence et l'oubli effaceraient discrètement leur implication. Dans ce passé si lourd de sang qu'il n'a pu prendre en compte toutes les victimes, il n'y a rien de banal comme ont essayé de nous présenter quelques flagorneurs se disant historiens en prétentdant qu'il ne s'agissait là que d'une "gueguerre" entre deux fratries ! Lorsqu'on regarde l'histoire en face, celle-ci, bien loin de cette piteuse image, nous montre le massacre impitoyable des nôtres sous les ergots rapés d'unvieux coq gaulois jouant les mégères sans tripes et sans âme ! Aux hommes politiques actuels qui voudraient tout connaître de ce passé, nous recommandons de chercher, avant toute autre chose, cette vérité cachée parce qu'elle condamne à jamais un régime gaulliste qui s'est fourvoyé dans le crime, avant de sombrer dans le mépris, le nôtre, au premier chef ! Georges Emile Paul crédit : la lettre de Véritas de fevrier 2005
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