Article repris de la Voix du combattant (Magazine de l'U.N.C) La politique du gouvernement algérien apparaît, vis-à-vis de nous Français, bien paradoxale. Dans le même temps où le président de la République Algérienne revient régulièrement sur la nécessité d'un traité d'amitié avec la France, il n'épargne pas à celle-ci les attaques les plus virulentes et les contre-vérités les plus totales. Les traités d'amitié ont un rôle important, mais ils ne paraissent pas à la mesure de la taille physique ou intellectuelle de monsieur Bouteflika.
Certes, il y a amitié entre quantité de Français et d'Algériens, ne serait-ce qu'entre ceux qui ont construit leur avenir sur les bancs des mêmes écoles pendant près de deux siècles. Ceux-là et leurs descendances conservent les uns pour les autres une nostalgie mêlée à une certaine tendresse. Rien à voir avec monsieur Bouteflika et les gouvernements auxquels il a appartenu : ministre des Affaires Etrangères de Houari Boumediene, il a construit sa politique dans la haine de la France et, devenu un jour président de la République, il a conforté sa position politique en s'appuyant sur tous ceux qui, chez lui, maintenaient à notre égard des ferments de haine. Comment expliquer la destruction systématique des tombes françaises et au demeurant comment sceller une amitié entre les valeurs chrétiennes de respect des morts et les visions photographiques de ce que sont devenus les cimetières de la France ? Quelle illustration ! plus dramatique que le cimetière de Mers el Kébir ! En quoi les tombes des marins français, de passage dans les eaux de Mers el Kébir pour y trouver la mort, pouvaient légitimer la destruction de leur dernière demeure ? Quels rapports avaient ces pauvres dépouilles avec les pseudos méfaits du colonialisme ? Honte à jamais à ceux qui ont perpétré de telles abominations et à qui pourrait-on faire croire qu'il y a lieu de passer un traité d'amitié avec le pouvoir politique qui a laissé faire et qui n'a pas condamné. Les contre-vérités énoncées par mon- sieur Bouteflika au sujet des événe- ments de Sétif sont du même acabit. Elles remontent au 8 Mai 1945, ce jour- là, la population sétifienne s'apprêtait à fêter la fin de la guerre et la signature de l'armistice qui mettait un terme au second conflit mondial. Par définition, elle ne pouvait avoir aucune préoccupation de violence, c'est ce jour-là que choisirent quelques hordes révolutionnaires pour assassiner tous les Français qu'ils pouvaient atteindre. Ainsi furent tués Edouard Deluca, le Maire corse de Sétif, avoué de son état, revêtu de son écharpe tri- colore ; le receveur des postes commu- niste d'idéologie eut les deux bras coupés à la hache pendant qu'il ne ces- sait de répéter «Je vous ai toujours défendu» ; le curé de Chevreul, localité voisine, venu à bicyclette à Sétif prévenir que son village était l'objet de scènes indicibles, fut égorgé, éventré et émasculé. Il y en eut bien d'autres, femmes comprises. Qu'allègue Monsieur Bouteflika pour ce jour-là ? Que les militaires français se jetèrent sur la paisible population algéri- enne et tuèrent des milliers de magrébins. Mensonge ! Il n'y eut le 8 Mai 1945 à Sétif et dans les environs que des victimes françaises. S'il est exact qu'il apparut à l'autorité militaire de l'époque, qui réunissait entre ses mains le pouvoir civil et le pouvoir militaire une répression qui lim- itait les débordements au détriment de la vie de nos compatriotes, la multitude de séditieux armés qui vinrent sur la plage de Djidjelli demander l'aman au Général Duval prouve bien que cette préoccupation n'était pas vaine. Pour des milliers de Français le seul mot « Algérie » restera synonyme de sou- venirs affectifs précieux. Et ces Français-là continueront de vivre sur leur patrimoine. Le gouvernement français serait bien avisé de continuer à en tenir compte pour les rapports qu'il entretiendra avec le pouvoir politique algérien. • PIERRE PASQUINI
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