ENSEIGNEMENT GUERRE ALGERIE A L'ECOLE


http://www.humanite.presse.fr/journal/2005-03-26/2005-03-26-459163
Les trous de mémoire du colonialisme
Mardi 29 mars à Paris, un débat public sera consacré au « négationnisme en histoire coloniale ». Les explications de l’historienne Anne Jollet.

Les Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique organisent, mardi prochain 29 mars, à Paris, de 14 heures à 18 heures, au siège d’Espaces Marx, une rencontre publique intitulée « Le négationnisme en histoire coloniale » (1). Plusieurs historiens (2) interviendront notamment sur les sujets de l’esclavage, des guerres d’Algérie et d’Indochine, mais aussi du Rwanda ou du contenu des manuels scolaires. Anne Jollet, historienne, enseignante à l’université de Poitiers et responsable de la rédaction des Cahiers, nous explique le sens de l’initiative.

La mémoire de l’esclavage, de la colonisation suscitent actuellement d’âpres interpellations sur la scène publique et sans doute une réelle confusion politique. Pourquoi parler de négationnisme à propos du passé colonial, n’est-ce pas excessif ?

Anne Jollet. Il ne s’agit évidemment pas dans notre esprit d’amalgamer des réalités très différentes, d’entrer dans on ne sait quelle concurrence des victimes, ou de mettre sur le même plan la négation criminelle des chambres à gaz avec d’autres manipulations historiques. Il reste que nous avons en France un problème avec la colonisation : c’est encore une histoire qui n’est pas passée, qui « ne passe pas », comme Paxton l’a dit à propos de Vichy. Dans ce silence qui fut longtemps assourdissant, l’État et le pouvoir politique ont joué les premiers rôles. Mais, et c’est la raison d’être de ce petit colloque dont mon collègue Sébastien Jahan assure la coordination, ce déni de la réalité historique peut être aussi le fait d’historiens, d’une certaine historiographie coloniale, qui n’en ont toujours pas fini avec leurs trous de mémoire et leur propension à minimiser, voire à nier l’ampleur de faits connus et avérés - massacres, crimes, déportations, génocides - ou l’impact de la colonisation sur les colonisés.

Vous ne soulevez donc pas seulement une question scientifique ?

Anne Jollet. L’étude scientifique du colonialisme a progressé grâce à l’ouverture de certaines archives, au travail de nouvelles générations de chercheurs interpellés par une demande sociale forte. Il y a des débats et des divergences inévitables. Mais il s’agit aussi de poser le problème de la responsabilité des historiens à l’égard de certaines littératures mystifiantes, de relectures apologétiques, mais plus généralement à l’égard de la société et de l’État. Le fait que la majorité de l’Assemblée nationale se soit crue autorisée à voter tout dernièrement (3) une loi sur les droits des rapatriés prévoyant que l’école enseigne un « rôle positif » de « la présence française outre-mer » me semble poser un grave problème de mélange des genres et de déresponsabilisation politique. Ce retour à une sorte d’histoire officielle de la République exige à mon avis une puissante mise au clair des historiens, comme des citoyens d’ailleurs.

Entretien réalisé par Lucien Degoy

(1) 64, boulevard Auguste Blanqui, 75013 Paris.

(2) Avec la participation de Sébastien Jahan, Marcel Dorigny, Frédéric Régent, Alain Ruscio, Jean-Luc Einaudi, Catherine Coquio, Francis Arzalier, Raphaël Granvaud.

(3) 23 février 2005.
Crédit:JEANLOUISGRANIER@aol.com


retour à Presse Nationale Vers dernières pages
Quitter la page, cliquez sur un
des titres-dossiers du menu ci-contre