La colonisation
"péché" français ?

La colonisation et la France en procès, ce n'est pas nouveau. C'est même un fonds de commerce.
La repentance implique des réparations. Mise au point.


Le procès de la France coloniale, de la colonisation française, instruit depuis le milieu du XXe siècle et qui se poursuit de plus belle en ce début du IIIe millénaire, présente notre aventure passée outre-mer comme une exception historique, monstrueuse évidemment, comme si les Français avaient été le seul peuple colonisateur, pardon, « colonialiste »...

affiche

Or l'histoire du monde, aussi loin qu'on puisse remonter, est tissée du flux et du reflux des conquêtes, invasions, colonisations et décolonisations. Les Celtes eux-mêmes furent en Gaule conquérants et colons, avant d'être submergés (et régénérés) par les envahisseurs romains puis francs. L'expansion est la virilité des peuples. C'est avec le « repli frileux » chez soi que commence le déclin et que, bien des fois, l'ex-colonisateur est à son tour colonisé...
Les Anglo-Saxons des États-Unis, d'Australie ou de Nouvelle-Zélande, si prompts à donner des leçons de décolonisation voire d'anticolonialisme aux Français en Afrique du Nord ou en Océanie, ne sont eux-mêmes que des « pieds-noirs » restés sur le terrain conquis car ils y avaient massacré les indigènes. Mais Vae Victis!.., malheur aux vrais pieds-noirs, ceux de la Mitidja ou de Casablanca qui, par bienveillance, préparèrent sans le savoir leur éviction démographique en guérissant les maladies (malaria, tuberculose, syphilis, pelade) affectant alors peu ou prou presque toute la population arabo-berbère ; en diminuant fortement

la mortalité infantile ; en créant les fameux et justement nommés « médecins de colonisation » qui apportèrent la prophylaxie jusqu'au fond des douars. De la conquête militaire de la Régence turco-arabe d'Alge r par les Français (1830-1847) subsiste encore outre-Méditerranée ce dicton populaire : « La France blesse mais elle soigne!».

Chez Bantous ou Canaques, les Français mirent fin au cannibalisme. Leur reprochera-t-on un jour, si ce n'est déjà fait, cette «atteinte» aux identités autochtones ?
On leur fait honte, en revanche, à propos de la Mauritanie, où ils ne supprimèrent pas l'esclavage des Noirs par les Maures afin, précisément, de ne pas trop heurter des tribus profondément soumises à la loi islamique, laquelle n'interdit pas la servitude, ce que nul ne se risque à rappeler...

Nos administrateurs coloniaux se contentèrent souvent en terre d'Islam, d'y proscrire discrètement les châtiments les plus cruels. « Trente révoltés, désignés au hasard, parmi d'autres, par le sultan, furent amputés d'une main ou d'un pied. Le chef de la fanfare eut la bouche fendue jusqu'aux oreilles et les dents arrachées. La plupart des opérés moururent à l'exception de ceux qui furent pansés par un médecin français» (Récit du docteur Weisgerber sur l'Empire chérifien, juste avant l'établissement du protectorat français en 1912)(1).

Et si, en Algérie, lorsqu'elle était composée de départements français, on trouvait deux collèges électoraux, ce n'était pas par un quelconque ostracisme racial, comme on le claironne aujourd'hui, à l'endroit des Arabo-Berbères, puisque ceux d'entre eux qui renonçaient non pas à leur religion mahométane mais à leur statut juridique coranique (polygamie, répudiation, héritage double pour les mâles), incompatible avec le droit français, pouvaient voter avec les Européens.

Les accusations portées contre l'œuvre coloniale française sont particulièrement récurrentes en Algérie car, depuis l'indépendance de ce pays en 1962, elles servent aux gouvernements islamo-socialistes de la Ville Blanche pour masquer ses très nombreux échecs politiques et économiques.En outre, ces accusations sont relayées dans l'ancienne métropole par les ci-devant « porteurs de valises » ou leurs héritiers idéologiques, décidément incorrigibles dans la francophobie puisque certains vont maintenant jusqu'à excuser le sanguinaire islamisme algérien en invoquant le « traumatisme colonial» - quand ils ne confortent pas l'idée d'un «génocide commis de 1830 à 1962 par la France en Algérie»...

Idée particulièrement cocasse, si on sait que la Régence ne comptait pas trois millions d'âmes en 1830 et que ce chiffre avait triplé un gros siècle plus tard, pendant qu'étaient décuplées la superficie arable et les réserves d'eau...

Quant aux propos hystériques tenus par des médias d'Alger, Bamako ou Abidjan sur le «pillage des colonies», qui aurait permis à la France de financer son développement, ils font rire depuis les travaux de lacques Marseille et de ses émules sur l'Algérie et autres contrées «pillées», montrant que la colonisation a au contraire coûté fort cher au contribuable français et ne lui a guère rapporté,

mais après tout n'est-ce peut-être pas négligeable, que des inspirations littéraires ou artistiques (et quelques satisfactions érotiques...)(2).

De toute façon, la France coloniale a toujours tort : si elle a fait mine de franciser les colonisés, on crie à la « dépersonnatisation» (« les Français d'Algérie faisaient tout pour éliminer l'identité musulmane», a osé dire Dalil Boubakeur(3), recteur de la Mosquée de Paris, né pourtant dans la famille d'un élu «Algérie française»...) ; si elle a scrupuleusement conservé cultures et institutions locales (par exemple, des royautés absolues en Indochine, ou au Maghreb) on la taxe de « passéisme »..

Le courageux et insolite sous-amendement législatif du 23 février 2005, dû à un obscur député UMP du Nord, Christian Vanneste, sur la nécessité d'apprendre aussi désormais à nos écoliers « le rôle positif de la présence française outre-mer», n'a donc actuellement que très peu de chances d'être appliqué.

Des jugements sereins sur ce que réalisèrent les Français dans leurs possessions ou protectorats ne semblent pas pouvoir surgir à présent de chez nous, d'une France intellectuelle s'enkystant chaque jour un peu plus dans un autodénigrement historique et contemporain. En revanche, d'anciens colonisés (ne parlons pas des pauvres hères qui forcent nos frontières tout en nous traitant de « racistes ») ne se gênent pas, à l'occasion, pour exprimer sur la colonisation des opinions peu orthodoxes.

Ainsi Norodom Sihanouk, alors roi du Cambodge et qui, à l'époque mitterrandienne, recevant Catherine Tasca, ministre socialiste de la Francophonie, ne craignit pas de faire sursauter cette dame très « anticolonialiste » (et fille d'un communiste d'origine italienne passé au vichysme pur et simple) en lui déclarant: « Hélas! les 100 ans de paix dus au protectorat(4) de la France sur mon pays ne reviendront jamais... ».
Quant à Hassan II du Maroc, il confia au ministre gaulliste Michel Jobert (né à Meknès) : « II est de bon ton de critiquer l'occupation française mais ces gens, notamment les officiers des Affaires indigènes, ont aimé mon pays, ses habitants, et ont fait pour eux plus que bien des Marocains ne feraient(5) ».
Le président-poète du Sénégal, Léopold Senghor, préférait célébrer « le français, merveilleux outil trouvé dans les décombres du colonialisme». Une fois admis à l'Académie française et retiré en Normandie, l'auteur d'Hosties noires remplaça « colonialisme» par «colonisation»...
Le dictateur du Zaïre, le maréchal Mobutu, fit rire une fois tout un sommet francophone en remerciant les Belges d'avoir colonisé les siens « en français et non pas en flamand...»

Les détracteurs hexagonaux de nos défuntes entreprises ultramarines ne se rendent pas compte, lorsqu'ils mènent aujourd'hui grand tapage en faveur de la « démocratisation» des nations du Sud, qu'ils reproduisent l'idéal, maintenant décrié, de la « mission civilisatrice» de l'Europe d'hier en Africasie...
Léon Blum proclamait alors «le droit et même le devoir des races supérieures [sic] d'attirer à elles celles qui ne sont pas parvenues au même degré de culture».
   

Quant à nos «humanitaires», ils imitent sans s'en douter, mais en coûtant plus cher et avec infiniment moins de modestie, nos bonnes sœurs infirmières jadis parties au secours des colonisés souffrants, à travers brousses et jungles...


Crédit: Peroncel-Hugoz

Spécialiste des pays du Sud au Monde de 1969 à 2004, auteur de plusieurs essais sur ces contrées(Le fil rouge portugais est sorti cette année en "poche" chez Payot, Peroncel-Hugoz est à présent éditeur au Maghreb et chroniqueur à la Nouvelle Revue d'Histoire
Repris de la Nouvelle Revue d'Histoire N°22
(http://www.n-r-h.net)
1. Dr Weisgerber, Au seuil du Maroc moderne, éd. La Porte, Rabat, 1947 et 2004.
2. Jacques Marseille, Empire colonial et capitalisme français, histoire d'un divorce, Albin Michel, 1984.
3. Paris-Match du 28 juillet 2005.
4.1863-1953.
5. Le Monde du 20 novembre 1993.

Orientation bibliographique
» Consulter pour ses photos inédites, plus que pour ses textes, l'album Le Temps des colonies
de Charles-Henri Favrod que l'éditeur lausannois Favre vient de publier (162 p., 38,50€).


Quitter la page, cliquez sur un
des titres-dossiers du menu ci-contre