LE REGARD DE CATHERINE NAY


Le projet de traité d’amitié franco-algérien, censé refonder

Les diplomates s’étaient donc mis au travail. Mais, au printemps dernier, un grand coup de froid est venu contrarier le projet. Raison de la glaciation : la loi votée en février en faveur des rapatriés d’Algérie et des harkis, avec l’amendement mentionnant le rôle positif de la présence française en Afrique du Nord.
Durant tout l’été 2005, Abdelaziz Bouteflika, qui sillonnait son pays en vue du référendum de paix et de réconciliation nationale avec les islamistes (ceux qui ont massacré 150 000 Algériens durant ces quinze dernières années…), a axé toute sa campagne contre la France et le passé colonial en dénonçant une loi “révisionniste” et en qualifiant la guerre d’Algérie de “crime contre l’humanité”, usant même de comparaison avec les méthodes nazies. Des propos d’une rare violence…
Jacques Chirac, en signe d’apaisement, décidait d’abroger l’article incriminé, c’est-à-dire celui reconnaissant le rôle positif de la présence française. Et, au début du mois de janvier, il faisait parvenir un message à son homologue algérien, revenu au pays après avoir passé plus d’un mois au Val-de-Grâce où il s’était fait soigner, pour lui dire qu’il souhaitait relancer le projet dès que possible… Il n’a toujours pas obtenu de rendez-vous… Plus grave encore, la décision récente du président Abdelaziz Bouteflika de fermer quarante-deux écoles francophones, sous prétexte de cohésion nationale, ne peut être interprétée comme un signe favorable.

En accédant au pouvoir en 1999, Bouteflika s’était engagé à

Explication de cette volte-face présidentielle : pris en tenaille entre le FNL et les islamistes de sa coalition, Abdelaziz Bouteflika multiplie les concessions. Jusqu’où va-t-il aller ? Suite au référendum sur la réconciliation, il vient de gracier deux mille activistes qui étaient emprisonnés. On s’interroge : que vont-ils faire en recouvrant la liberté ?
Il offre aussi une nouvelle chance aux irréductibles des maquis, y compris ceux qui ont du sang sur les mains. Peu à peu s’esquisse dans le pays un changement radical. Les imams politiques vont reprendre le contrôle des mosquées jusque-là chapeautées par l’État. Trente mille enseignants, militants du Fis qui avaient été chassés de l’enseignement par les militaires en 1991, vont pouvoir réintégrer leurs postes. Depuis un an, on constate qu’il y a de plus en plus de femmes voilées… Et qui portent le camis, l’habit traditionnel religieux. Celles qui travaillent sont obligées de se voiler et de se vêtir de longues robes grises ou noires qui couvrent le talon… Alors qu’il y a deux ans, Abdelaziz Bouteflika, en matière de vêtements féminins, se déclarait pour la cohabitation du jean et du camis.
Le président vient de sommer les télévisions et les radios d’interrompre leur programme cinq fois par jour pour diffuser les appels à la prière. Autant de gestes de fermeture qui participent à un phénomène inquiétant, celui du repli sur soi des pays musulmans. Dans ces conditions, peut-on parier un dinar sur l’avenir du traité franco-algérien ?

Catherine Nay

crédit:Valeurs Actuelles n° 3615 paru le 10 Mars 2006
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