CONCERT-BASILIQUE DE NOTRE-DAME D'AFRIQUE / L’orgue à pleins tubes

Samedi après-midi, la basilique de Notre-Dame d’Afrique aura vécu une élévation musicale, en prime de son autre hauteur, la superbe vue imprenable et marine de la baie d’Alger. L’on s’est «bousculé» au portillon de la basilique. Et ce n’était guère un jour du seigneur. Cette maison de Dieu était bondée de monde. Des chrétiens, des musulmans, des anonymes...

Tous se sont fédérés pour assister à un... concert d’orgue à la basilique. Et pour cause ! L’inauguration d’un orgue centenaire restauré pendant dix-huit mois par deux facteurs d’orgue avignonais, venus spécialement de France, au chevet de cette véritable œuvre d’art. Une sorte de baldaquin massif et une espèce d’énorme boîte à musique.
Un juke-box de 1500 tuyaux
Un précieux présent légué, en 1930, à titre gracieux, par un mécène, Mme Weddell, alors veuve d’un riche Anglais, Weddell, établi à Alger. Weddell, épris d’El Bahdja, acquerra une résidence au 47, rue du Télemly (actuellement Krim Bekacem) et mélomane dans l’âme, il commandera la fabrication d’un orgue original de plus de 1500 tuyaux et ce, sous l’impulsion du célèbre organiste Saint-Saëns (enterré au cimetière chrétien de Bologhine, juste en contre bas de la basilique), au grand facteur d’orgue, Charles Mutin. Le résultat : un orgue de 26 jeux, à la touche organique arabesque, calligraphique et aux sonorités arabes et orientales. Un orgue complexe de 1000 pièces, trois claviers manuels, 56 touches et un clavier de 30 pédales que Sals et Henry présenteront à l’auditoire, en guise de master class vulgarisant les mécanismes musicaux de ce «juke-box séculier». Ce tandem d’organiers étaient fébriles et un tantinet anxieux. Car c’était le grand oral, pour ne pas dire le grand choral, pour eux. Il allait de la réception officielle de l’orgue et de la qualité de sa facture. Et ce concert avait valeur de test. Le concert donné par Michel Collin, organiste, concertiste et professeur d’orgue à Hyères et Saint-Raphaël (France) a donné «le certificat de conformité» à l’orgue de Mutin. Ainsi les «ouailles» mélomanes se sont vu offrir un récital d’un grande qualité acoustique. Les enceintes des églises et des cathédrales sont connues pour leur son bien filé.
Point… d’orgue
Au menu du programme figuraient des partitions de Johann Sebastian Bach (Choral du Veilleur, Fantaisie en sol mineur) et son jeu ample, expressif, dramatique et grandiose ; Léon Boellman (Suite gothique, Toccata) et des étendues liturgiques, festives et romantiques, Camille Saint-Saens (Marche religieuse, Elévation, Rêverie à Blida, Prélude en mi b majeur) et sa nappe sentimentale, foraine, mélancolique et romantique. César Franck (3e Choral) à la construction classique et messianique d’une grande profondeur. Et puis Charles-Marie Widor (Andante cantabile de la 4e symphonie, Toccata de la 5e symphonie) à l’humeur «valsante», planante et très enjouée. Mgr Augustin Kasujja, ambassadeur du Vatican soulignera le caractère fraternel et culturel de cet événement : «Cette église accueille ceux qui recherchent la paix. Qu’ils soient chrétiens ou musulmans. Et ce dans un esprit de rencontre et de dialogue culturel...» Ce qui est sûr, c’est que, samedi à la basilique, il n’y eut... point d’orgue!?


Par K. Smaïl
   http://www.elwatan.com/journal/html/2002/06/17/sup_html.htm


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