Djanet et l’amitié (texte intégral)



Amar Saâdani n’est pas un attaché de presse du chef de l’Etat français. Il est président de la Chambre basse du Parlement algérien. Mais Amar Saâdani se donne des allures inquiétantes qui lui font dire que le traité d’amitié entre l’Algérie et la France, projet jeté à la corbeille depuis des mois, sera signé avant la fin du dernier mandat de Jacques Chirac. A-t-il été informé par le palais de l’Elysée ?

Est-il dans les secrets de la diplomatie française ? Amar Saâdani, qui termine une législature presque nulle à l’APN, était samedi en virée touristique sous le soleil de Djanet avec son invité, le président de l’Assemblée française, Jean-Louis Debré. « C’est possible, si la France fait des efforts », a dit Saâdani, repris par l’agence française AFP, sur cette signature.
D’un confident surprise de Chirac, il passe, comme un papillon, au rôle de ministre algérien des Affaires étrangères. Jusque-là, les milieux politiques avaient pris l’habitude d’accorder peu d’attention aux sorties publiques du chef de l’APN, toujours attaché aux discours en carton.
Comme ils ignoraient ses nombreux voyages à l’étranger, sans grand apport à la politique extérieure de l’Algérie. Mais Amar Saâdani est entré dans une zone sensible, là où, théoriquement, il ne devait pas mettre les pieds. A-t-il agi par absurdité ?
Le comble est que Jean-Louis Debré a déjugé dans la soirée d’hier Amar Saâdani disant que la question du traité d’amitié n’était pas du ressort du Parlement.
Comme la France est en pleine campagne électorale, à 90 jours de la présidentielle, il paraît évident que le dossier de ce traité d’amitié est renvoyé.

Probablement, à une date lointaine. La droite française, celle que représente justement Jean-Louis Debré, et son parti, l’UMP, n’est pas encore prête pour aborder avec sérénité la problématique de la mémoire et des crimes de la colonisation.

L’UMP, qui aspire à monopoliser le pouvoir à travers son candidat médiatique à la présidentielle, Nicolas Sarkozy, a été à l’origine de la fameuse loi du 23 février 2005 sur le « rôle positif » de la colonisation.

L’Assemblée nationale que préside Jean-Louis Debré n’a revu le texte qu’après intervention de Jacques Chirac. Donc, sur le fond, rien n’a changé.

L’UMP n’aime pas qu’on parle de « repentance ». Que le président de l’Assemblée française dépose une gerbe de fleurs au sanctuaire des Martyrs à Alger ou que le président Abdelaziz Bouteflika offre un fastueux déjeuner au Palais du peuple à un visiteur qui n’est pas de son rang, ces faits ne peuvent faire oublier qu’entre les deux pays rien n’est réglé en matière de mémoire.

Officiellement, l’Algérie exige de la France de demander pardon sur les crimes commis durant la colonisation.

La France, elle, ne veut pas en entendre parler.
Preuve en est, le problème a été ignoré par Jean-Louis Debré, dont le père, Michel Debré, était hostile à l’indépendance de l’Algérie.
Hostilité exprimée dans le célèbre journal Le Courrier de la colère. C’est simple, « les efforts » qu’a attendus M. Saâdani n’ont pas été fournis à Alger.


Faycal Metaoui

Crédit: El watten du 22/01/2007