La
disparition de ce site superbe et complexe nous accable tous. Un demi-siècle bientôt,
depuis notre indépendance, nous n’avons ni pu, ni su sauvegarder La Casbah, ni
mettre en valeur ce patrimoine extraordinaire, ni également améliorer la qualité
de vie de tous ceux qui y travaillent ou y habitent.
Peut-être faudra-t-il attendre que nos petits enfants jouent sur les ruines de
La Casbah pour pousser un soupir de regret et d’amertume, nous culpabiliser d’avoir
abandonné cette El Mahroussa. Oui, on doit nous en vouloir, nous montrer du doigt,
cracher sur nos tombes pour n’avoir pas sauvé ce pan de notre algérianité et de
notre histoire. Où sont les palais ? Les mosquées ? Les fontaines ? Les saints
? Les maisons historiques ? Mettons-nous d’accord pour une fois pour dire que
notre nation n’a jamais existé avant 1962, et ensemble prenons des pioches et
des pelles pour démolir la preuve d’un passé glorieux pour arracher définitivement
une page de notre histoire. Ne faisons pas semblant de ne pas voir ce, qui se
passe. Depuis l’indépendance nous avons perdu plus de 700 maisons que nous ne
pourrons jamais reconstituer et leur redonner leur valeur morale et sentimentale.
Il est difficile d’ignorer sa présence. Elle a de tout temps été une variante
architecturale ; un modèle dans son genre. Elle a été peinte, dessinée, filmée,
photographiée, chantée et immortalisée. Alger la Blanche n’a pas de «visage» sans
cette Casbah. Il suffit de se promener dans La Casbah pour prendre toute la mesure
du drame qui guette cette cité. En voyant toutes ces ruines, quelque chose est
en train d’apparaître et de naître, qui n’a pas encore dit son nom. Peut-on se
permettre aujourd’hui de parler de notre Casbah? Le mouvement associatif a fait
de son mieux pour susciter une volonté politique, hélas sans résultat. Certes,
aucun combat n’est jamais ! achevé, mais parfois il est trop tard. C’est le cas
de notre Casbah. Je tiens, pour terminer, à rendre responsables tous ceux qui
ont eu la charge de protéger et de préserver cette Casbah, qui ont failli à leur
noble mission.
Par Ali Mebtouche
Membre de la Fondation
http://www.elwatan.com/journal/html/2003/10/21/sup_html.htm
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