Chronique (Lundi 20 Mars 2006) Liberté Algérie
Texte intégral

Algérie-France : encore un retour à la case départ


Par : Mustapha Hammouche

Il paraît que le projet de “traité d’amitié” entre l’Algérie et la France est à l’arrêt. Vicissitude diplomatique ou destin prévisible, voire programmé, d’un leurre de conjoncture ?

Les deux capitales se murent dans un silence qui leur est coutumier quand il leur arrive, si régulièrement, de mener leurs relations à l’impasse. Surtout qu’en l’occurrence, les deux capitales se réduisent à El-Mouradia, d’un côté, et à l’Élysée, de l’autre.

Le débat médiatique a tenté de suppléer la panne diplomatique, mais fallait-il encore que l’opinion eût une idée de la teneur d’un accord tant attendu parce que d’avance célébré. Il en ressort que Algérie aurait posé la condition d’une repentance française au sujet de son passé colonial comme préalable à la signature du traité, et la France aurait riposté par l’exigence d’une repentance algérienne au sujet du traitement infligé aux harkis au lendemain de l’Indépendance.

L’alternance est récurrente : les relations bilatérales sont confisquées par les plus hautes autorités des deux pays, dans le secret des palais, mais une fois l’échec de leur démarche constaté, la polémique par presse et officines interposées prend le relais de la concertation officielle.

Cette fois-ci, les rapports algéro-français ont été littéralement personnalisés. Bouteflika et Chirac en ont fait un domaine exclusif. Ils lui ont imprimé le rythme partagé qu’ils impriment à leur démarche : un immobilisme politique que voudrait compenser un bruyant et répétitif cérémonial de cour. Là-bas on a le souci des harkis ; ici, on a le souci des islamistes. Quelle place alors pour une approche globale d’un destin, au moins partiellement, partagé ?

C’est ainsi que tout a été dit sur ces “retrouvailles” historiques. Nous sommes passés de “la refondation” de nos relations au “partenariat d’exception”, mais nous n’avons pas pu passer de “l’accord d’Alger” au “traité d’amitié”. Parce que là, nous aurions dû y mettre, enfin, du concret.

En sept ans de chassés-croisés ministériels et de tête-à-tête présidentiels, nous en sommes pratiquement au point de départ. Au plan des engagements comme au plan des réalisations. Rien de spectaculaire en termes d’accords diplomatiques et consulaires ; rien de significatif en termes de coopération. Si l’on exclut l’historique unité de Michelin, les investissements français se limitent à quelques marchés publics, quelques franchises et des représentations commerciales. Si, malgré la pauvreté du bilan, la volonté politique y est, il y a donc nécessairement une erreur de démarche.

En fait, les conditions qui ont amené à l’abrogation de fait des Accords d’Évian n’ont pas encore été dépassées. En voulant leur substituer leur propre texte, Bouteflika et Chirac ont-ils indirectement convenu que certains sujets ne pouvaient pas, pour l’heure, être abordés ? Ce qui nous ramène à la case départ.

M. H.

Crédit: Pabarizain

NDLR: Cet article essentiel fait bien le point.

1/ Ce traité est un leurre inventé par deux protagonistes en fin de parcours: Chirac et Bouteflika, pour redorer leur blason, le premier brigue peut-être un prix Nobel de la Paix et l'immunité que confère cette auréole, l'autre une dimension internationale. Pour le moment, mis en veilleuse, ce traité peut nous éclater à la figure d'un moment à l'autre.

2/ Nul ne sait ce qu'il cache. En effet, à quoi sert un traité d'amitié s'il ne contient pas de clauses secrètes ? Et l'éditorialiste le dit bien: il viendra clore en droite ligne, les Accords d'Evian qui n'ont d'ailleurs été appliqués qu'en sens unique: par la France. Et les clauses secrètes d'Evian, c'était " on sacrifie les Français d'Algérie de souche européenne et et de souche Nord Africaine, on sacrifie même les soldats prisonniers, mais vous nous laissez le monopole du pétrole -gaz saharien". La suite est connue: Boumedienne a biffé le tout.

3/ L'éditorialiste, intoxiqué par 43 ans de haine de l'Algérie Française, pèse dans les plateaux de la même balance les Harkis et les Islamistes. Il ne veut pas voir que la libre circulation de ce qui reste des supplétifs concerne des plus de 65 ans, qui n'ont pas eu les mêmes motivations que le GIA ou GSPC, qui obéissaient à une autorité légale et dont les salaires faisaient vivre des villages entiers, y compris les familles de ceux qui étaient "partis dans le maquis". Les Islamistes, même "repentis", sont en place, aidés de l'extérieur, jeunes, et forts dans leurs convictions.

Ce traité dont on ne sait rien, est donc très inquiétant. Les Parlementaires prendraient une lourde responsabilité devant l'Histoire si, comme en 1962, ils laissaient faire la "cellule élyséenne" sans contrôle, par lâcheté, en s'abritant derrière une Constitution dont la lettre et l'esprit n'ont cessé d'être modifiés au gré des convenances du moment.

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