Un Noël discret pour les chrétiens d’Algérie

 

Les chrétiens d’Algérie ont fêté dans une relative discrétion les fêtes de Noël. Une célébration qui remet en lumière les libertés religieuses en Algérie et une certaine ferveur commerciale pour les musulmans.

Messes, cérémonies religieuses, cadeaux pour les enfants, dîners et sapins de Noël ont rythmé les festivités d’un Noël vécu comme une occasion de rapprocher les communautés religieuses. Si la communauté juive est strictement en voie de disparition, la communauté chrétienne cultive une discrétion et une réserve conformes aux traditions algériennes. «l’Algérie respecte dans ses largeurs la liberté religieuse même si elle gagnerait que sa législation aille plus nettement vers une certaine laïcité», indique Père Nicolas de l’Archevêché d’Alger. Le constat politique est appuyé sur des blocages d’ordre psychologique de la société algérienne. «C’est la mentalité populaire qui est mal préparée à accepter les différences religieuses», ajoute le représentant de l’Eglise. Et pourtant, à voir les magasins de jouets qui réalisent un chiffre d’affaires effarant et des marchés pris d’assaut, on croirait même que les fêtes de Noël sont fêtées chez les musulmans. Mais ce mimétisme de consommation durant des fêtes, martelées par les télévisions françaises ne résiste pas au constat que la dimension de tolérance de cette fête est totalement occultée. «Nous n’avons pas fait de bûches de Noël mais nous allons nous rattraper pour le Réveillon», indique un pâtissier connu d’Alger pour les queues interminables d’amateurs de bûches. Une ferveur commerciale qui fait réagir l’épiscopat. «Si Noël est fêté pour ces notions de paix, de respect de l’autre, d’aide aux démunis et que les non-chrétiens s’y associent. C’est tant mieux. Mais il me paraît qu’il s’agit davantage de consumérisme qui sert d’abord les commerçants à profiter des fêtes».

 Cette amertume repose sur le fait que les libertés religieuses en Algérie sont préservées et tolérées par les pouvoirs publics sans pour autant qu’il y ait des avancées dans le respect cultuel des autres communautés. «Il paraît inconcevable dans une société moderne de continuer à privilégier un Islam dans le droit positif et à vouloir ailleurs ce qu’on ne respecte pas chez-soi». L’allusion de l’Eglise à Alger concerne le paradoxe de la situation de l’Islam en France et du Christianisme en Algérie. Avec l’affaire du foulard islamique, la polémique sur les signes ostentatoires, le rapport Stasi, la discrimination positive de Sarkozy, l’offensive de Tariq Ramadane et le discours sur la laïcité de Chirac, les effets de ce débat religion-laïcité se sont faits ressentir en Algérie. «Je suis frappé par le fait qu’on s’indigne sur ce qui se passe en France et qu’on estime tout à fait normal qu’un chrétien n’est pas de droit ici», estime Père Nicolas en référence aux blocages inhérents aux mariages entre chrétiens et musulmanes qui sont interdits par le droit positif algérien.

 Liberté mineure en Algérie, l’expression religieuse, quoique préservée par les pouvoirs publics algériens -signataires du pacte international relatif aux droits civils et politiques et la déclaration sur l’élimination de toutes les formes d’intolérance et de discrimination fondées sur la religion et la conviction, demeure en recul par rapport aux voisins maghrébins. Les communautés juives et chrétiennes sont protégées au Maroc et en Tunisie alors que l’Algérie qui a été précurseur dans le respect des religions et prône un dialogue de civilisation, se retrouve à la traîne. Une analyse qui placerait l’Algérie dans une catégorie assez enviable, tout de même, selon le rapport sur les libertés religieuses du département d’Etat américain diffusé le 18 décembre dernier qui fait le commentaire suivant sur l’Algérie: «pays tolérant, bien que l’Islam est religion d’Etat. Le gouvernement algérien fait de son mieux pour laisser libre exercice des cultes: non-fermeture des synagogues et églises». Reste que si le gouvernement algérien préserve au mieux les intérêts religieux des communautés dites «minoritaires», c’est au niveau du débat de société que la tolérance semble la moins ancrée.

Mounir B.

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Rue Ben M’hidi à travers les âges / Noël et la caverne d’Ali Baba

Les fleuristes de la capitale renouent avec les traditions du passé, si chères à la communauté de confession chrétienne. Ils proposent des sapins artificiels ornés de belles parures, comme ils le faisaient autrefois.

Seulement, c’étaient d’authentiques petits sapins taillés dans les arbres de nos forêts. Certes, les pâtissiers... «bûchent» dur pour être au rendez-vous. Seulement rien n’est venu effacer de la mémoire collective le rituel indéniable du Milk-Bar d’El Biar et de la boulangerie La Parisienne de la rue sergent Addoun (ex-rue Monge). Ces maîtres-pâtissiers exposeraient à pareille époque des bûches géantes enrobées de chocolat, qui faisaient saliver les fins gourmets. Les enfants s’agglutinaient et caressaient la barbe blanche du père Noël affublé de sa hotte surprise au rayon des jouets du Monoprix et du Bon Marché de la rue Larbi Ben M’hidi. Les photographes immortalisaient ces instants au grand bonheur des parents.   La préférence allait incontestablement aux Galeries algériennes pour les achats des fêtes de fin d’année. La clientèle valsait sur le plancher ciré du deuxième étage de ce fabuleux édifice, sur la magnifique symphonie andalouse interprétée par l’orchestre philharmonique de la défunte RTA. Le père Noël était suspendu au plafond dans son magnifique traîneau tiré par des rennes au pas de galop. Le souk el fellah n’existait pas et les pénuries n’étaient pas là.

Tolérance

Les vitrines des magasins spécialisés dans le prêt-à-porter, tels le Festival de Venise, le Prestige, la Kahina, Brummel, sans oublier La Mascotte de Bab Azzoun pour ne citer que ceux-là, n’avaient rien à envier aux devantures de l’autre côté de la rive. La tolérance et l’acceptation de l’autre cohabitaient dans l’harmonie. Pour preuve, «la crèche de noël» enjolivait La Librairie des saintes écritures bibliques située à côté du cinéma Le Régent. Aujourd’hui, en dépit des efforts de ses promoteurs tapis encore dans la clandestinité, l’image du père Noël est en chute libre et son effigie est écornée. A ce sombre tableau est venue s’ajouter la perte d’audience des vitrines aux enseignes borgnes. La rue Larbi Ben M’hidi a été fermée à la circulation à l’occasion de la célébration du vingtième anniversaire du recouvrement de la souveraineté nationale pour devenir piétonnière. Des sommes faramineuses ont été englouties jusque sous les rails de l’ancien tramway d’Alger. «Le mieux étant l’ennemi du bien», ces travaux d’aménagement ont précipité cette artère dans la clochardisation. En somme, un coup d'épée dans l’eau du moment que cette rue a retrouvé sa vocation initiale. Les trottoirs budgétivores sont devenus lépreux. Aucune pancarte ne laisse deviner l’existence du cinéma Le Régent. La Librairie des saintes écritures est fermée. Le Monoprix est entouré d’une clôture de chantier. La façade du Bon Marché est devenue un urinoir public et les Galeries algériennes rebaptisées EDGA unité 501 renvoient une caricature de désolation, malgré l’écriteau portant réfection des lieux par l’entreprise Ecostar. Les matériaux de construction et les gravats s’entassent sur la chaussée et les travaux de réhabilitation des édifices ébranlés par le dernier séisme vont cahin caha. L’emplacement de l’immeuble n° 18 rayé depuis peu du patrimoine immobilier est ceint de grillage et nous plonge dans l’horreur du roman d’Auguste de Breton, Les Hauts Murs. Le contribuable ne croit plus au père Noël, euh pardon, aux promesses des pouvoirs publics. La génération actuelle redécouvre le père noël et ses petits lutins. Ils ont réapparu en forme de figurines que l’on trouve sur le marché... informel. C'est un exploit de nos jours ! Le sapin artificiel a aussi le mérite d’exister même s’il a usurpé au pied levé le beau sapin roi des forêts. «Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté» Joyeux Noël !

Par Nazim Djebahi  http://www.elwatan.com/journal/html/2003/12/24/sup_html.htm

 

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