Les tramways d'Alger
Instantané / Le Cafard since 1925
La première carte de transport urbain d'Alger, date de 1908, à travers le réseau
d’une compagnie des chemins de fer régionaux et urbains (Cfra). Cette compagnie
de transport assurait les dessertes de la Pointe Pescade (Raïs Hamidou) jusqu'au
Caroubier.
La seconde carte du réseau des liaisons,
élaborée en 1941, est venue pour organiser davantage le trafic, notamment avec
l'ouverture des lignes d'autobus pour le transport urbain. Avec son concurent
les Tramways algeriens (TA), le Cfra avait contribué, pour une grande partie à
la construction d’un réseau de transport urbain dense. Cela lui a valu en 1939
la distinction honorifique du «réseau le plus moderne du monde». Donc, au lendemain
de l'indépendance, l'Algérie disposait d'un réseau de transport très étoffé avec,
notamment, la fusion des Tramways algeriens (TA) et les Chemins de fer sur routes
d'Algérie (Cfra), sous les couleurs ciel et blanc de la Rsta, actuellement l'Etusa.
Que gardons-nous de cet héritage ? Sinon rien ! puisque ces moyens sophistiqués
ont disparu du paysage urbain et le métro n'est pas au bout du tunnel. Est-ce
à dire que «notre avenir est dans le passé» ? Apparemment oui ! Aucune étude n'a
été engagée pour élaborer un système de transport en parfaite harmonie avec le
plan urbanistique de la capitale, comme c'est le cas à Lisbonne et à San Francisco.
Il y a urgence à engager une réflexion pour pallier les insuffisances nées au
lendemain de l'ouverture du secteur du transport au privé. La participation de
ces opérateurs privés n'a pas donné les résultats escomptés. Au contraire, elle
a contribué surtout à mettre à nue la fragilité de la nouvelle configuration du
transport urbain bien que nos moyens de transport «contemporains» soient trop
modestes.
Par Nazim Djebahi
Transport
dans la capitale / Notre avenir est dans le passé
Plusieurs
projets ayant trait au transport dans la capitale existent au niveau de la wilaya
d’Alger. C’est le cas du projet du métro dont les travaux ont démarré au début
des année 1980, mais qui n’ont jamais été achevés.
Et c’est le cas aussi du projet du tramway dont le dossier avance à pas
de tortue. Mais, élément de taille, ces projets n’ont rien d’une nouveauté car
ils existent depuis l’époque coloniale. Et aujourd'hui, ironie du sort, on n’arrive
même pas à les concrétiser. A travers ce dossier, nous avons tenté de faire une
rétrospective sur les différents moyens de transport utilisés avant, durant et
après la révolution 1954-1962. A ce titre, nous avons travaillé sur des archives
online qui retracent d’une manière détaillée ce qu'étaient le transport d’alors,
son organisation et sa richesse. Les photos illustrant ce dossier sont aussi tirées
d’Internet, car nous avons jugé utile de les reproduire pour une information complète,
mais aussi afin de permettre au lecteur de faire une comparaison entre le passé
et le présent. Les premiers réseaux routiers et les chemins de fer ont été réalisés
par l’administration coloniale au tout début de l’occupation. Celle-ci avait commencé
d’abord par ouvrir des lignes de chemins de fer. Ainsi, le premier tronçon réalisé
par l’administration coloniale fut celui d’Alger-Blida s'étendant sur une distance
de 50 km. Les travaux avaient démarré en 1858 et l’ouvrage a été inauguré le 15
août 1862. Bon à savoir, ce tronçon entrait dans le cadre du plan de Napoléon
III qui comptait, à travers ces réalisations, exploiter les ressources de l’Algérie
colonisée. Au niveau de la banlieue algéroise, le tronçon reliant Maison Carrée
(Mohammadia) au centre-ville d’Alger était exploité pour le transport de marchandises
mais aussi celui des voyageurs. La gestion de ce tronçon fut confiée à la société
Chemins de fer sur routes de l’Algérie (CFRA) gérante depuis 1892 des trois réseaux
de tractation à vapeur : ceux d’Alger, de Blida et de Kabylie. Les CFRA étaient
financés par l’Omnium lyonnais, créé en 1896 et spécialisé — précision de taille
— dans l'électrification des réseaux. Car il sera question plus tard de projet
d'électrification des réseaux tramway et trolleybus d’Alger. Dans cette phase
que nous appellerons l'époque de la vapeur, le réseau ferroviaire d’Alger s'étendait
sur 27 km. Il reliait le centre-ville d’Alger à Aïn Taya avec un parc de 49 locomotives
assurant la tractation des trains à vapeur. En 1898, les CFRA décidèrent d'électrifier
la partie urbaine de leur réseau. C’est-à-dire entre Deux Moulins et Maison Carrée.
En 1905, la même entreprise décida de construire une antenne (point de correspondance)
se détachant de la ligne Maison Carrée au lieu-dit Champs de Manœuvres, (1er Mai).
Cette ligne traverse Belcourt (Belouizdad aujourd’hui), le Ruisseau pour arrêter
à Kouba.
L'avènement des tramways et autobus
D’abord, il y a la Société des tramways algériens (STM) fondée en 1898 sous le
nom de la filiale Houston-Thomson et qui disposait de trois lignes sur les hauteurs
d’Alger à raison de 40 motrices et 60 locomotives. Il y avait également les Tramways
et messagerie du Sahel (TMS) fondée en 1901 par la famille Aubry avant qu’elle
ne soit reprise par les CFRA en 1935 dans la foulée de la rude concurrence à laquelle
elle ne pouvait faire face. En 1908 déjà, le tramway comme moyen de transport
desservait la Pointe Pescade (Raïs Hamidou aujourd’hui), Bab El Oued, Ben Aknoun,
Ruisseau, Kouba et Mohammadia. Les passages qu’empruntaient les tramways existent
toujours au niveau de la capitale. C’est le cas par exemple du passage de Ghermoul
situé en face du ministère de l'Energie et des Mines et qui sert aujourd’hui de
parking au ministère de l’Habitat. En 1935 apparurent les premiers autobus à Alger.
Ils assurèrent la navette Port Saïd, Maison Carrée. Ils sont plus rapides que
les tramways. D’ailleurs, ils ne tarderont pas à les concurrencer, voire à les
achever. Pour l’histoire, il faudra noter que le premier bus ayant fait son apparition
dans la capitale était nommé le Cafard. C'était un Berliet de 25 places. Les bus
seront généralisés dans la capitale à partir de l’année 1959. Charles de Gaulle,
alors président de la République française, créa à travers le Plan de Constantine
une filiale de la société Berliet à Rouiba. Cette entreprise sera nationalisée,
quelques années après l'indépendance, pour devenir Sonacome puis Snvi. Le bus
allait, petit à petit, prendre la place du tramway. Dans la même année (1959),
la fusion du réseau des Tramways algériens (TA) avec ceux du CFRA a donné naissance
à la Régie syndicale du transport algérois (RSTA) actuellement l’Etusa. Les bus
de cette compagnie ont toujours gardé l'ancienne couleur: Le bleu et blanc. Ainsi,
au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale en 1939, le réseau des Tramways
algériens était considéré comme le plus moderne à l'échelle mondiale.
Ascenseurs et téléphériques
Parallèlement aux moyens
de transport que nous avons cités plus haut, les tramways à vapeur et électriques
ainsi que les bus et les trolley bus, la société Tramways, algériens (TA) avait
entrepris en 1936 la construction de trois ascenseurs à Alger. Le premier reliait
la rue d’Isly (actuel Larbi Ben M’hidi) au quartier Bérthezène, (rue Dr Saâdane).
Ce moyen de transport existe toujours sous le nom de l’Ascenseur Saâdane. Il comptait
alors deux cabines. L’une d’une capacité de 30 personnes et l’autre de 12. Aujourd’hui,
l'ascenseur est fermé aux usagers et on ignore si les cabines y sont toujours
! Le deuxième ascenseur était érigé entre le Carrefour du millénaire sur le boulevard
de l'ALN et la Chambre de commerce et d’industrie. Cet ascenseur appartenait d’ailleurs
à cette administration. Aujourd’hui, il n’est plus utilisé, voire il n’existe
plus. Enfin, un troisième ascenseur était aménagé au Square Port-Saïd pour relier
l’actuel boulevard Che Guevara à la place du Square. L’ouvrage existe toujours
et est géré par l’Etusa. Mais il est fermé au public à cause des fissures engendrées
par les séisme de 1989 et du 21 mai dernier. Au cœur de la révolution algérienne,
la société Tramways algériens (TA) avait construit, en plus des ascenseurs précités,
le téléphérique reliant Belcourt (Belouizdad) à Clos Salembier (El Madania) en
1956. Et suivant ce modèle, un autre téléphérique fut construit après l'indépendance
(1975) pour relier Bologhine à Notre-Dame d’Afrique. De la sorte, les trolleybus
furent remplacés, sur les hauteurs de Zghara, par les téléphériques.
Notre avenir est dans le passé
Plus de quarante ans
après l'indépendance, la capitale n’a pas su sauvegarder ce patrimoine d’une grande
valeur. Le tramway fut suspendu et ses passages goudronnés. Les bus fonctionnant
à l'électricité et qui étaient, de surcroît, non pollueurs ont disparu et seuls
les poteaux électriques les alimentant témoignent encore de cette époque. Quant
au métro dont l’idée a germé à la fin du XIXe siècle, il n’est pas encore au bout
du tunnel. Il va sans dire que, véritablement, notre avenir sur le plan transport
est dans le passé. Car si l’on considère que le seul moyen de transport dans Alger
en 2003 se limitait à des bus avec les catégories grands et minis et les taxis,
indépendamment bien sûr du train, on peut affirmer que nous avons régressé. Dans
plusieurs capitales du monde, le tramway et le métro sont des moyens de transport
urbains indispensables. C’est le cas par exemple en France, en Belgique et même
en Tunisie, notre pays voisin. Chez nous, à défaut de les ressusciter, les locomotives
des tramways et les anciens bus sont parqués dans les entrepôts de l’Etusa à Ghermoul.
Si au moins on les avait exposés dans un musée qu’on pourrait dédier à l’histoire
du transport urbain !
Par Hakim Amara
http://www.elwatan.com/journal/html/2004/01/01/sup_html.htm
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